1989/2009 Début des événements en 1989

L’Afrique en 1989 : un espoir de démocratie

Nelson Mandela, président de la République d’Afrique du Sud ; copyright : picture-alliance ; photo : Sven SimonPour l’Afrique, l’année 1989 marque un tournant décisif. En effet, avec la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide, la promesse d’une démocratie est plus forte que jamais. Une promesse qui a provoqué sur le continent un enthousiasme uniquement comparable à l’euphorie des mouvements africains pour l’indépendance dans les années 1960 et à la jubilation suite à la libération de Nelson Mandela en 1990.

Partout en Afrique, les gens ont le nouvel espoir que la démocratie leur apportera les droits de l’hommes, la fin des dictatures, une renaissance des sociétés civiles et des systèmes multipartites. Tout comme à l’apogée des mouvements d’indépendance dans les années 60, les Africains croyaient de nouveau qu’ils pourraient désormais déterminer eux-mêmes leur destin politique et entammer un nouveau chapitre de leur histoire. Mais l’Afrique a vécu également l’année 1989 comme celle du triomphe du néolibéralisme et du capitalisme incontrôlé, au cours de laquelle les services de santé publique, l’enseignement et les entreprises publiques furent anéanties et privatisées. Ceci explique également la déformation populaire des mouvements démocratiques après 1989 comme „demo-crazies“.

Cauchemar d’un long siècle

Le fait de prétendre que nous ayons atteint la fin d’un „siècle court“ (de 1914 à 1989) et que tout ce qui est bon pour les gens de l’ancien bloc de l’Est et d’Europe de l’Est doit également l’être pour les gens en Amérique latine, en Asie et en Afrique, revient à réduire l’histoire du monde à une histoire de l’Occident. En ce qui concerne la lutte contre le colonialisme et l’impérialisme, la plupart des gens du Tiers Monde ne se voient pas dans un siècle court, mais dans le cauchemar d’un long siècle de guerres contre leurs cultures et leurs religions. Ils ont vu leurs économies nationales dévastées puis des murs s’élever afin d’empêcher leur migration vers le Nord. Concernant l’Afrique, on devrait peut-être plutôt dire que ce long siècle a commencé en 1885 avec la conférence de Berlin sur le partage de l’Afrique et est encore loin d’être terminé.

Partisans de Robert Mugabe, chef de l’Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU), lors d’un événement électoral, 1980 ; copyright : picture-alliance / imagestate / HIPLe Kenya et le Zimbabwe sont deux bons exemples pour représenter les effets de „1989“ sur l’Afrique : c’était une époque d’espoir, empreinte du sentiment qu’une deuxième ère de libération attendait l’Afrique. Il en a résulté de nouveaux espaces de liberté pour l’organisation des sociétés civiles et pour les débats entre les camps politiques sur un avenir commun. Avec la fin de la guerre froide, l’Occident a perdu son intérêt stratégique pour le soutien des systèmes de parti unique comme celui de l’Union nationale africaine du Kenya (KANU), qui s’opposait principalement à ses voisins approvisionnés par les Soviétiques, l’Ethiopie et la Tanzanie. Arap Moi, l’homme fort du Kenya et jusque là un allié très apprécié de l’Occident, est de plus en plus critiqué en raison de la corruption au sein de son appareil d’État et de la répréssion brutale des opposants.

Les choses ont évolué très différemment au Zimbabwe : alors que le système à parti unique d’Arap Moi au Kenya était déjà sensiblement affaibli par le retrait des subsides occidentaux, Robert Mugabe et son parti, l’Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU) continuaient d’étendre leur pouvoir sur l’État. À peine un an avant la chute du mur de Berlin et alors que le tournant démocratique à venir s’était déjà évaporé dans toute l’Afrique, Mugabe accentua encore sa politique dictatoriale en décembre 1988. Son populisme profite encore aujourd’hui de l’échec des Britanniques à résoudre à temps la question nationale du problème de la démarcation élitiste d’une petite minorité blanche dans le pays.

Le libre cours du fondamentalisme

De jeunes hommes sont dans l’eau jusqu’aux genoux dans une mine de diamants à Koidu dans le district de Kono au Sierra-Leone et lavent le sol argileux à la recherche de diamants, novembre 2004 ; copyright : picture-alliance/ ZB ; photo : Thomas SchulzeD’un côté, 1989 a marqué le début de la fin de la guerre froide dont le monde avait eu besoin pour fermer les yeux face à la brutalité du régime de l’apartheid en Afrique du Sud et aux crimes contre l’humanité commis ailleurs. Entre-temps, il est clair que les événements de 1989 ont été l’un des facteurs décisifs de la légalisation de l’ANC en Afrique du Sud, de l’indépendance de la Namibie, du retrait des Cubains de l’Angola, de l’affaiblissement des systèmes à parti unique ainsi que du départ ou de la chute de dirigeants tels que Mobutu Sese Seko, Mengistu Haile Mariam ou Moussa Traore. Après 1989, les nouveaux mots à la mode en Afrique sont „société civile, modernisation et démocratisation“, „système multipartite“ et „Commission de vérité et de réconciliation“. D’un autre côté, une rupture s’est produite après 1989 concernant les coutumes tribales „primitives“ et les fondamentalismes religieux (islamiques et chrétiens). Le „nouvel ordre mondial“ a apporté les guerres civiles, les enfants soldats et les diamants sanglants partout en Afrique.

Les événements de cette année ont causé au moins trois ruptures épistémologiques : tout d’abord, 1989 a été un nouveau départ pour l’autodétermination politique de l’Afrique, pour le respect des droits de l’hommes et pour un travail sérieux à la construction de sociétés démocratiques modernes. Deuxièmement, 1989 a été un signal pour les Européens et les Américains leur indiquant qu’ils pouvaient oublier l’Afrique en tant que région importante au niveau géopolitique et nécessitant des investissements infrastructurels. Troisièmement, 1989 a marqué le retour d’un soi-disant „nouveau“ racisme du 19ème siècle longtemps refoulé. L’Afrique était de nouveau représentée comme une formation rigide et incorrigible dont la seule utilité était ses richesses naturelles (huile, coltan, or, diamants, cacao, etc.).

Ces textes se trouvent plus détaillés dans la publication paraissant en septembre 2009 : Susanne Stemmler, Valerie Smith, Bernd M. Scherer (Hg.) : 1989 – Globale Geschichten Abwesenheit. Göttingen : Wallstein Verlag 2009, env. 290 pages.

Manthia Diawara
est auteur, réalisateur, historien de l’art et théoricien cinématographique et littéraire et vit aux Etats-Unis. Il est directeur du « Africana Studies Department » de l’Université de New York.
Traduction : Matrix Communications AG

Copyright: Goethe-Institut e. V., Online-Redaktion
juillet 2009

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