Histoire et situation actuelle de l’enseignement bilingue des disciplines non linguistiques en Allemagne

L’enseignement bilingue a commencé à se développer en Allemagne au début des années 1960. Ce fait est à mettre en rapport avec les efforts de la France et l’Allemagne d’asseoir leurs relations politiques sur l’amitié entre les deux pays.
Le traité de coopération franco-allemande signé le 21.01.1963 entré, depuis, dans les annales sous le terme de traité d’amitié franco-allemande contient une série de propositions concernant une collaboration intensive dans le domaine de l’éducation. Entre autres mesures, il prévoit d’augmenter le nombre d’élèves allemands apprenant le français et, inversement celui de jeunes français apprenant l’allemand. Cela conduit à l’ouverture de lycées franco-allemands en France et de deutsch-französische Gymnasien en Allemagne. En Allemagne, le principe de l’enseignement bilingue des disciplines non linguistiques (DNL) dans ces établissements - dont le premier est le Hegau Gymnasium à Singen – consiste à ce que les élèves reçoivent un enseignement en français, la langue cible, dans trois DNL au plus. Le nombre de ces « Gymnasien » s’élève à 25 en 1987. Il est important de souligner qu’en Allemagne, les débuts de l’enseignement bilingue sont étroitement liés au français comme langue d’enseignement et non à l’anglais.
Land pionnier : la Rhénanie-Du-Nord-Westphalie
Ce n’est qu’au début des années 1990 que l’anglais devient langue d’enseignement dans un grand nombre d’écoles et de sections bilingues d’Allemagne. Dans la seule année 1990, des sections bilingues sont ouvertes dans 16 écoles de Rhénanie-Du-Nord-Westphalie, dont un nombre assez important de Realschulen (secondaire I) et Gesamtschulen (secondaire I et II). L’évolution est bien plus lente dans le reste de l’Allemagne, de sorte que l’on peut, aujourd’hui encore, qualifier la Rhénanie-Du-Nord-Westphalie de pionnière dans ce domaine. On compte aujourd’hui en Allemagne plus de 800 écoles proposant un enseignement bilingue, dont plus de 200 en Rhénanie-Westphalie. Il va de soi que ce sont de loin les écoles dispensant un enseignement anglophone qui tiennent aujourd’hui la tête: la Rhénanie-Westphalie comptait, en 2006, 162 écoles bilingues anglais contre 23 en français. Mais on voit aussi émerger d’autres langues d’enseignement comme l’italien, le grec moderne, le russe, l’espagnol et le néerlandais.En raison de leur souveraineté culturelle, les länder allemands ont naturellement vu naître différents modèles. Mais étant donné que leurs principes restent très voisins, nous renoncerons à en souligner les différences dans ce qui suit. En règle générale, les élèves entrent en section bilingue dans leur cinquième année de scolarité (c’est-à-dire à la sortie du primaire). Dans les 5e et 6e classes, les DNL ne leur sont pas encore enseignées dans une langue étrangère, mais ils reçoivent un enseignement renforcé dans la langue destinée à devenir langue d’enseignement. Celle-ci est généralement la première langue vivante qui bénéficie jusqu’à sept heures de cours hebdomadaires. Il est encore difficile de prévoir dans quelle mesure l’enseignement précoce de l’anglais va changer la donne. C’est ensuite dans la 7e classe que débute l’enseignement bilingue d’une DNL, il s’agit souvent de la géographie ou de l’histoire. Dans la 9e classe, soit vient s’ajouter une deuxième DNL, c’est-à-dire que l’enfant apprend désormais deux DNL dans une langue étrangère, soit la première DNL est remplacée par une autre. La décision dépend de l’équipement de chaque école. Dans les sections bilingues, les élèves ont le choix parmi tout un éventail de DNL jusqu’à l’Abitur, mais, généralement, seules au maximum deux DNL sont enseignées dans une langue étrangère.
Où en sont les programmes scolaires ?
Les programmes scolaires étant le reflet abstrait de ce qui devrait se dérouler en classe, ils permettent de conclure ce que sont les concepts méthodologiques et didactiques sur lesquels repose l’enseignement bilingue. Au-delà des habituels décrets officiels, il n’existe que dans quelques länder allemands des documents ministériels ayant caractère de programmes. Le plus avancé d’entre eux, on l’aurait deviné, est la Rhénanie-Westphalie. Pour la plupart des combinaisons DNL-langue en vigueur, ce land a formulé des recommandations valant programmes. Leur structure reprend la forme habituelle des programmes scolaires du land : tâches et objectifs, contenus et organisation didactique et évaluation des résultats. Beaucoup de recommandations renvoient aux programmes « normaux » des langues et des DNL qui – du moins en Rhénanie-Westphalie – contiennent des indications sur l’apprentissage bilingue. Toutes ces recommandations sont accompagnées, en annexe, de fiches de travail spécialisées, d’exemples de suites de cours et d’autres matériels.
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est professeur émérite en linguistique à la Bergische Université de Wuppertal. . Parmi ses dernières plus importantes publications sur l’enseignement bilingue des DNL, il y a le volume coédité avec David Mersh : « Diverse Contexts – Converging Goals : CLIL in Europe » Francfort/Main : Peter Lang 2007
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Novembre 2007















