CLIL en Europe

CLIL en Europe

David Vogel, Benjamin Wolf: Languages are bridges; Copyright: Europaschule BornheimL’enseignement bilingue des disciplines non linguistiques (DNL) est également devenu une priorité de la discussion pédagogique européenne au cours de cette dernière dizaine d’années.

La raison réside dans le fait que la Commission européenne réclame enfin aujourd’hui avec force moyens que tout citoyen européen sache parler deux langues autre que sa langue maternelle. Pour satisfaire à cette exigence, de nombreux pays de l’Union européenne misent, depuis quelque temps sur les formes intégrées d’enseignement d’une langue et d’une discipline non linguistique et l’introduisent dans leur système scolaire. En raison des différentes traditions pédagogiques et des différents contextes linguistiques, l’Europe a vu naître différents modèles d’enseignement bilingue. Donnons-nous la peine de les comparer, car c’est en connaissant les autres modèles que l’on constate les forces et les faiblesses du sien. Par manque de place, nous nous contenterons de n’en examiner que quelques aspects.

Les informations sur la situation actuelle de CLIL en Europe ont pris de l’ampleur. Notamment quatre études complémentaires donnent ensemble un bon aperçu de la question : il s’agit des publications de Marsh (Profiling European CLIL Classrooms, 2001; CLIL/EMILE: The European Dimension, 2001) commanditées par la Commission de l’Union européenne, le rapport Eurydice de la Commission européenne de 2006 et le Länderbericht publié dernièrement par le Conseil de l’Europe (Maljers et autres, 2007). Nous soulignerons ci-dessous deux aspects majeurs de ces publications : l’extension de CLIL dans les systèmes scolaires européens et l’organisation de l’enseignement selon CLIL en Europe.

CLIL est maintenant implanté à l’échelle européenne

Il est surprenant de constater avec quelle rapidité CLIL s’est conquis une place dans le contexte scolaire européen. Alors qu’avant 1980, ils n’étaient que quelques pays à connaître l’apprentissage intégré des DNL et d’une langue étrangère, et ce le plus souvent - en vertu de longues traditions - dans les écoles réservées aux élites, on peut aujourd’hui estimer qu’à quelques exceptions près, CLIL est proposé dans toute l’Europe sous sa forme définie. Parmi les exceptions, il y a le Danemark, la Grèce, la Lituanie, le Portugal et Chypre. Comme il ressort du rapport Eurydice, CLIL se trouve soit ancré dans les systèmes scolaires des autres pays soit il est au moins présent sous forme de projet temporaire. Cela dit, ce sont 3 à 30 % des élèves – garçons et filles – du primaire et du secondaire qui bénéficient d’un tel enseignement. Le Luxembourg et Malte sont les seuls pays où tous les élèves reçoivent un enseignement dans au moins deux langues.

Le rapport Eurydice donne une liste détaillée des langues utilisées dans le contexte de CLIL. Outre des langues étrangères, on trouve des langues appartenant à des minorités régionales ou d’autres langues officielles des différents pays. Dans la plupart des pays qui proposent CLIL, les langues utilisées sont aussi bien des langues étrangères que des langues parlées par des minorités. Par exemple en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, les langues utilisées dans le cadre de CLIL sont aussi bien des langues minoritaires que des langues étrangères.

L’anglais en tête

Outre le rapport Eurydice, d’autres rapports antérieurs ainsi que celui du Conseil de l’Europe donnent une liste détaillée des langues employées dans le cadre de CLIL. Comment on pouvait s’y attendre, l’anglais vient de loin en tête des langues étrangères dans tous les pays, suivi du français et de l’allemand. Certains pays citent aussi l’espagnol, l’italien et le russe. Parmi ceux-ci, on compte par exemple la Hongrie et la Tchéquie. Dans les pays officiellement multilingues sont naturellement utilisées les autres langues officielles respectives, donc le flamand dans la partie francophone de la Belgique, l’irlandais en République d’Irlande, le suédois en Finlande. Dans de nombreux pays de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe, CLIL fait également intervenir des langues minoritaires : par exemple le breton, le catalan, l’occitan en France, le russe en Estonie, le same en Norvège ou l’ukrainien en Roumanie.

Notons dans ce contexte que quelques-unes de ces langues ont un statut purement minoritaire (p. ex. le frison aux Pays-Bas), d’autres, par contre, sont également des langues majoritaires généralement des pays limitrophes (comme le slovène en Autriche qui est la langue majoritaire en Slovénie). Comme l’a révélé le sondage, les positions des apprenants (et de leurs parents) divergent en regard de telles langues. Les langues minoritaires qui ne sont majoritairement parlées dans aucun autre pays ne sont généralement acceptées que par des groupes linguistiques parlant une de ces langues minoritaires dans leur entourage personnel ; par contre, une langue minoritaire ayant caractère de langue majoritaire dans un pays voisin est souvent acceptée par des gens ayant un lien culturel avec cette langue, p. ex. l’allemand dans l’Est de la France. Soulignons particulièrement la situation de la Roumanie, où, selon Eurydice, l’allemand est la langue utilisée dans les écoles bilingues, mais où, en revanche, elle trouve accès en tant que une langue minoritaire dans des écoles de la minorité allemande. Dans un grand nombre de pays, CLIL est proposé aussi bien dans le primaire que dans le secondaire. Dans certains pays, par exemple en Belgique, Espagne, Italie, Finlande, Grande-Bretagne et Roumanie, on pratique déjà des activités dans une autre langue au niveau de la maternelle. Dans quelques pays, comme la Pologne et la Roumanie, on propose dès le primaire des langues régionales aussi bien que minoritaires. Dans la plupart des pays, cependant, CLIL reste l’apanage de l’enseignement secondaire. Alors que l’enseignement CLIL peut généralement durer jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire et pourrait donc théoriquement s’étendre sur dix années, sa durée est en réalité très variable et s’achève, dans beaucoup de pays, avec la fin de l’enseignement secondaire (Abitur, Baccalauréat, A-Levels).

L’organisation de CLIL dans le contexte européen.

Unterricht nach dem CLIL-Ansatz; Copyright: EurydiceComme nous l’avons vu précédemment, jusqu’ici CLIL n’a été introduit nulle part dans la totalité d’un pays. D’où la première question qui se pose : sur quels critères repose la sélection des élèves qui participent à un programme CLIL ? Tandis qu’au début, ce problème se réglait pour ainsi dire de lui-même par l’offre et la demande, un certain nombre de pays ont depuis établi des critères d’accès allant de tests de connaissance en général aux tests de langue. Ainsi, les élèves de la République tchèque, de Slovaquie et de Bulgarie qui veulent participer au programme CLIL doivent passer des examens d’entrée où l’on teste leur culture générale, leur savoir en mathématiques et leur connaissance de leur langue maternelle. En France et en Roumanie, par contre, on teste les connaissances et aptitudes dans la langue cible avant d’accorder l’accès à l’enseignement CLIL. Dans des pays comme la Hongrie, les Pays-Bas et la Pologne, les tests concernent autant la connaissance générale que les aptitudes linguistiques dans la langue cible. Les tests d’admission sont écrits, mais comportent aussi des examens oraux. Néanmoins, dans la majorité des pays européens il n’existe pas, jusqu’ici, de conditions d’accès à l’enseignement CLIL.

La discussion autour des disciplines appropriées

Dès le début, la question primordiale de la discussion autour de CLIL a été celle de savoir quelles disciplines se prêtent le mieux, lesquelles moins bien à être enseignées dans une langue étrangère. On distingue normalement trois groupes de disciplines : celles appartenant aux sciences humaines et sociales (histoire, géographie, instruction civique), les matières scientifiques (mathématiques, physique, biologie) et les matières visant le développement individuel (dessin, sport, musique). Généralement, les enquêtes montrent clairement que peu de pays ont établi de véritables réglementations concernant certaines matières ou groupes de matières. Elles sont presque inexistantes dans le primaire, c'est-à-dire que n’importe quelle discipline ou n’importe quel domaine pédagogique peut être enseigné dans une autre langue, exception faite de l’Estonie et de la partie germanophone de la Belgique, où seules les matières artistiques devraient être enseignées dans une autre langue. Dans le secondaire, de nombreux pays laissent aux écoles le choix des matières, c’est le cas en Espagne, en France, Italie, Irlande, Angleterre et Pays de Galles, en Pologne, Hongrie et Autriche. Dans d’autres pays, en Tchéquie et en Roumanie par exemple, le choix est limité aux matières scientifiques et sociales. En Suède et en Finlande, mais aussi aux Pays-Bas et en Bulgarie, ce sont les matières scientifiques et humaines, mais aussi artistiques qui passent au premier plan.

Les matières scientifiques généralement citées sont, par ordre de fréquence, les mathématiques, la biologie, physique, chimie et technologie. Les disciplines relevant des sciences humaines et sociales les plus souvent en question sont l’histoire, la géographie et l’économie, pour les disciplines artistiques ce sont la musique et l’art plastique.

Le nombre des heures de cours est déterminant

Le nombre d’heures de cours mis à la disposition de CLIL est un indicateur important du degré d’intégration de ce programme dans les différents systèmes scolaires. Dans toute une série de pays, l’Exposure time n’est absolument pas fixé et dépend de chacune des écoles, par exemple en Finlande, Italie et Slovénie. D’autres pays émettent des recommandations approximatives comme la partie francophone de la Belgique, la Tchéquie, l’Autriche et l’Allemagne ; d’autres pays, à leur tour, donnent des chiffres très précis, comme c’est le cas dans quelques régions autonomes d’Espagne, la France, les Pays-Bas, la Pologne. Malte et le Luxembourg, qui en raison de leur statut particulier restent exclus de cette enquête, affectent la moitié à deux tiers des heures de cours à un enseignement dans une autre langue.

Littérature sur le sujet

Marsh, D. (2002): CLIL/EMILE – The European Dimension: Actions, Trends and Foresight Potential. Bruxelles: The European Union.

Marsh, D., Maljers, A. & Hartiala, A.-K. (2001): Profiling European CLIL Classrooms – Languages Open Doors. Jyväskylä: University of Jyväskylä.

Wolff, D. (2007): "Bilingualer Sachfachunterricht in Europa: Versuch eines systematischen Überblicks". Erscheint in FluL (« L’enseignement bilingue des DNL en Europe : essai d’aperçu systématique ». Paraît dans FluL)

Dieter Wolff
Professeur émérite en linguistique à la Bergische Universität de Wuppertal. Parmi ses dernières publications sur l’enseignement bilingue des DNL est paru le recueil publié en coopération avec David Marsh :

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