Robert Henke : « Il s’agit d’un immersion dans un autre monde »

En février 2012, le Goethe-Institut Brüssel s’associe au label musical belge meakusma pour vous offrir une soirée électro qui atteindra son paroxysme avec « Monolake Live Surround », un spectacle de l’artiste allemand Robert Henke. Il y emmène son public à la découverte de nouvelles sphères sonores dans le noir complet.
Monsieur Henke, vous êtes considéré comme un artiste sonore. Qu’est-ce que cela signifie exactement ?
En général, quand on parle de musique, on pense d'abord à la mélodie, au rythme et à l’harmonie. Le son, quant à lui, est considéré comme une simple caractéristique liée au fonctionnement des instruments. Dans mon esprit, c’est le contraire : je m’intéresse avant tout au son ainsi qu’à la façon dont il est créé et façonné. Cependant, bien que les progrès de l’informatique soient d’une aide précieuse, cette vision de la musique basée sur les sonorités n’est pas une invention du 21e siècle : les compositeurs s’y sont intéressés à bien des époques.
Votre concert à Bruxelles place le public au centre d’une sortie à six canaux. Qu’est-ce qu’on y ressent ?
On connait les sorties à plusieurs canaux grâce au cinéma : on entend les voix devant nous, la musique est jouée en stéréo à gauche et à droite et le bruit du trafic vient de toutes les directions. Dans le cas de la musique électro par contre, il n’existe pas de ligne directrice bien définie en ce qui concerne la répartition des sons, j’en suis toujours à l‘expérimentation. Les sons vont se déplacer et des espaces où les sons s'attardent seront créés. Lors du spectacle, je diffuse un grand nombre de sons très semblables à partir de différentes sources pour donner un sentiment de densité, de multitude sonore. L’idée est de créer une immersion, de plonger le spectateur dans une autre dimension.
A la rencontre du public
Pendant le concert, vous n’êtes pas sur scène mais vous descendez littéralement à la rencontre du public. Cette démarche a-t-elle aussi un sens figuré ? C'est un choix tout à fait pragmatique : je veux entendre exactement ce que le public entend pour pouvoir y adapter mes manipulations. Le plus simple est donc de jouer en plein milieu du public, de la salle. Vous avez fait le choix d’une salle plongée dans le noir complet. Qu’est-ce que vous avez voulu apporter au concert ? Le visuel est très important pour moi. Soit j’intègre sciemment des éléments visuels choisis, soit j'essaie de faire disparaître au maximum la salle pour que le public puisse se concentrer sur le son. Dans les clubs bruxellois, travailler avec des vidéos est utopique, d’où le noir.
Vous travaillez aussi en tant que photographe et artiste en installation, souvent en collaboration avec des artistes visuels. Qu’est-ce qui vous fascine tant dans l’expérience audiovisuelle ?
Je m’intéresse aux structures, aux couleurs, aux formes et aux motifs. Ils existent dans la musique et les sons, mais aussi dans les paysages et même dans les canyons d’immeubles qui traversent nos métropoles. C’est pourquoi je suis fasciné par la photographie ainsi que la combinaison d’images et de sons en mouvement. Les sons renforcent ou relativisent le contenu d’une image, ils suscitent des émotions. Et que dire du plaisir de ressentir la même stimulation exactement au même moment à partir de plusieurs sens : des stimulations acoustiques et visuelles, mais aussi les vibrations, c’est à dire le toucher, le son et l’image. C’est un medium artistique très puissant.
N’existe-t-il pas un risque d’interférence entre les différentes expériences sensorielles ?
C’est effectivement le danger. Il faut bien réfléchir avant de faire quelque chose, sinon on détruit l’effet et le spectacle devient quelconque et artificiel.
Durabilité et changement
Le nouvel album de Monolake, « Ghosts », vient de sortir. Vous y insistez sur des « éléments sombres et mauvais ». Pourquoi ?
En musique, j’aime les couleurs sombres. Elles laissent plus d’espace pour la dynamique et l’interprétation. D’ailleurs, les instants plus lumineux ressortent bien mieux sur un arrière-plan sombre. Je trouve que les concepteurs de musique électronique dansante sont obnubilés par les sensations immédiates – de la « musique utilitaire » en quelque sorte, qui plaît aujourd'hui mais qui, demain, sera tombée dans l’oubli. J'aimerais plutôt réaliser des choses que quelqu'un pourrait encore trouver intéressantes dans 10 ans.
En plus de votre engagement artistique, vous enseignez aussi à la Berliner Universität der Künste. Que conseillez-vous aux étudiants dans un domaine qui évolue à une telle allure ?
La technologie offre désormais une quantité inimaginable de possibilités à exploiter. Ce qui compte, ce n’est donc plus comment je fais quelque chose, mais plutôt ce que je fais et pourquoi je le fais. Tout le reste n'est que mise en oeuvre.
L’Allemagne a une longue tradition de musique électro. Selon vous, comment en est-on arrivés là ?
Grâce à une rencontre fortuite entre de bons ingénieurs et les jeunes qui ont introduit une nouvelle forme artistique dans le monde de la musique après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le besoin impérieux de créer quelque chose de radicalement nouveau s’est manifesté chez un certain Karl-Heinz Stockhausen, par exemple : il était à la recherche d’un monde différent de celui qu’il connaissait. En fait, la musique est toujours un excellent indicateur du changement social.
Connaissez-vous aussi la scène belge ?
La première chose qui me vient à l’esprit en parlant de la Belgique, ce n’est un artiste en particulier, mais plutôt un label très important, R&S Records, qui rassemble une quantité appréciable de musiques électroniques jouées dans les clubs.
Biographie
Robert Henke, né en 1969 à Munich, travaille comme compositeur, designer sonore, développeur de logiciels, artiste en installation et interprète audiovisuel. Le groupe Monolake, qui était composé à l’origine de Gerhard Behles et Robert Henke, influence les sonorités de la musique électro depuis vingt ans. En 1999, les deux artistes fondent avec Bernd Roggendorf une société de création de logiciels, Ableton. Depuis, Henke continue l’aventure Monolake en solo et a sorti un nouvel album en 2012 : « Ghosts ».
Robert Henke, né en 1969 à Munich, travaille comme compositeur, designer sonore, développeur de logiciels, artiste en installation et interprète audiovisuel. Le groupe Monolake, qui était composé à l’origine de Gerhard Behles et Robert Henke, influence les sonorités de la musique électro depuis vingt ans. En 1999, les deux artistes fondent avec Bernd Roggendorf une société de création de logiciels, Ableton. Depuis, Henke continue l’aventure Monolake en solo et a sorti un nouvel album en 2012 : « Ghosts ».
Cordula Singer
est l’auteur de cette interview.
Elle travaille comme rédactrice Internet au Goethe-Institut Brüssel
Copyright : Goethe-Institut Brüssel
Février 2012
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Février 2012
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