L’état du marché du livre en Italie
Introduction : le décalage entre l’offre et la demande
De toute évidence la richesse du panorama littéraire contemporain a également des effets positifs sur le marché du livre. L'industrie italienne du livre a toujours été très productive, mais dans les quinze dernières années le nombre de titres produits par an n'a fait qu'augmenter.
Cependant la situation du marché du livre en Italie se distingue de celle des autres pays fondateurs de l’Union européenne par un considérable décalage entre la demande (le pourcentage des lecteurs) et l’offre (la production). Pour cerner la cause profonde de ce décalage, il est utile de confronter les données qui photographient la production italienne avec celles qui concernent le marché français et allemand. Cette comparaison montrera clairement que les problèmes qui affectent le marché italien du livre ne dépendent pas d’une production trop faible ou excessive, mais uniquement d’une demande qui n’augmente que très lentement.
Une production florissante
De 1995 à aujourd’hui les titres produits par l’industrie italienne du livre ont augmenté à un rythme progressif et constant. En 2006 (la dernière année pour laquelle on dispose de données officielles) plus de 61.000 titres sont entrés dans le marché italien, dont le 61% sont des nouveautés. Si l'on considère que le record atteint par le marché allemand a été de 86.000 titres (en 2004) et que le dit marché s’adresse à un public d’un tiers plus vaste que le public italien , il en résulte que l’industrie du livre en Italie n’a rien à envier, quant à la production, à l’industrie allemande.
L’édition italienne est en bonne santé du point de vue productif aussi parce que l'on ne publie pas une quantité excessive des titres. En effet une production surabondante entraînerait un déséquilibre entre l’offre et la demande. Encore une fois la comparaison avec d’autres pays européens considérés « en bonne santé » montre que les difficultés du marché italien ne dépendent pas du secteur productif. En 2003 en Italie le rapport entre la quantité des titres produits et la population est à peu près le même que celui que l’on signale pour la France et pour l’Allemagne.1
Une demande insuffisante
Le décalage entre l’offre et la demande qui caractérise le marché italien du livre dépend exclusivement de la modestie de la demande. Selon les résultats d’une analyse sur la lecture faite en 2008, seulement 43,1% des italiens lisent au moins un livre par an. A ce pourcentage un peu décourageant, on peut ajouter les 10,8% des lecteurs dits "souples", ceux qui lisent exclusivement romans d’amour ou policiers, manuels de cuisine ou de jardinage, guides de voyage, etc.
Cependant si on confronte la situation actuelle avec celle de 2000 (une des années où on a enregistré le taux de lecture le plus bas) on est partiellement réconforté : en 2000 uniquement 38,6% des italiens avaient lu un livre dans l'année précédente.
Une autre donnée positive concerne l'âge des lecteurs. Alors que le pourcentage des lecteurs âgés est inférieur à la moyenne européenne, plus de 70% des enfants et adolescents lisent au moins un livre par an, sans prendre en compte les lectures scolaires.
L'organisation du marché italien du livre
L’Association Italienne des Éditeurs
Toutes les données dont nous nous sommes servis dans les paragraphes précédents ont été tirées des rapports sur l’état de l’industrie du livre rédigés par l’Associazione Italiana Editori (Association Italienne Éditeurs). Cette association réunit les industries des contenus qui opèrent en Italie ou qui publient en langue italienne. En plus de rédiger tous les ans un rapport sur la situation du marché du livre, l’association protège les intérêts des éditeurs, organise la participation des éditeurs aux plus importantes foires nationales et internationales et propose des cours de spécialisation. Plus de 90% des éditeurs italiens adhérent à l’A.I.E.
Les maisons d’édition et les lieux de distribution
En Italie, il existe presque 3.000 maisons d’édition, dont juste un tiers a une présence organisée dans le marché. On considère qu’une maison d’édition a une présence organisée dans le marché lorsqu’elle produit au moins un titre par mois, qu’elle a un plan éditorial et qu’elle a au moins 100 titres commercialement vivants. Le marché italien est donc caractérisé par des petites et moyennes maisons d’édition. Quant à la distribution, le secteur le plus florissant est celui de la grande distribution organisée, qui comprend les hypermarchés, les supermarchés, les média store etc. Dans les dernières années, ce type de distribution a été privilégié ainsi que la distribution à travers des chaînes des librairies . Un autre canal qui est de plus en plus utilisé est celui des librairies on-line, tandis que la vente dans les kiosques à journaux (qui avait enregistré un très fort accroissement depuis 2002) est en diminution depuis 2005.
Outils de promotion de la lecture
Pour captiver les Italiens à la lecture, plusieurs événements ont été mis en place, dont la plupart a été financée par l'État. En 2006, l’A.I.E a présenté un « Manifeste pour les politiques du livre » où elle a demandé aux institutions la création d’un « Centre national du livre » tel qu’il existe en France.
En 2004 et en 2006, l’A.I.E a réuni « les États généraux de l’édition », une manifestation qui vise à mettre en contact les industries du livre avec les institutions et à souligner les avantages économiques qui dériverait d’une politique de promotion de la lecture. Étant donné que l’A.I.E défend les intérêts de la catégorie des éditeurs, elle estime qu’une promotion de la lecture passe forcément à travers la défense du droit d’auteur.
Aux antipodes de cette conception, il y a la position des ces écrivains qui refusent de publier en copyright, car ils pensent que la meilleure manière pour motiver les italiens à la lecture c’est de garder la culture en dehors des dynamiques du marché. L’exemple le plus intéressant c’est celui du collectif d’écrivain Wu Ming. Ces quatre écrivains bolognais publient leurs romans chez des grandes maisons d’édition (Einaudi, Rizzoli), mais il est possible aussi de télécharger leurs romans gratuitement sur leur site.
Pour conclure, il est opportun de mentionner certaines manifestations culturelles qui visent à promouvoir la lecture. L’événement le plus reconnu est, sans aucun doute, le « Salon international du livre » de Turin, la foire du livre qui a eu le plus grand nombre de visitateurs en Europe dans les trois dernières années. Très renommée c’est aussi la Fiera del libro per ragazzi de Bologne, qui s’occupe de la littérature pour les enfants et les adolescents.






