Cinéma

Berlin, Ville-film

Potsdam (Brandebourg): le 4 juillet 2000, des visiteurs contemplent une reproduction du Mur de Berlin aux Studios Babelsberg. La reconstitution du mur a coûté 3 millions de deutschemarks et a gagné en popularité auprès des producteurs de cinéma. Érigé à l’origine pour le film de Leander Haußman 'Sonnenallee', ce mur servit ensuite de décor à Volker Schlöndorf pour son film de la Berlinale 'Die Stille nach dem Schuss' (Les trois vies de Rita Vogt)  et à Roland Suso pour le drame 'Der Tunnel' (Le tunnel); 
Copyright: picture-alliance / ZBPartout dans Berlin, quelques-uns déroulent des câbles, d’autres se promènent, caméra à l’épaule, et les services de traiteur se préparent à recevoir des gens. La métropole allemande, reconnue pour sa grande diversité, est transformée en une véritable star dans le domaine de la production cinématographique et ce, autant sur le plan national qu’international.

Depuis la chute du mur, la capitale sert non seulement de lieu de tournage et de décor aux productions, mais elle est redevenue le centre cinématographique de l’Allemagne.

«Action!» Par un froid matin de novembre, les habitants d’une rue transversale, habituellement peu fréquentée, donnant sur la Kurfürstendamm sont tirés du sommeil par le bruit d’une génératrice électrique et la lumière des projecteurs. À quelques coins de rue de là, des patients essayent tant bien que mal de se frayer un chemin à travers l’équipe de tournage qui achève les derniers préparatifs dans un chic appartement situé dans un immeuble ancien, juste en face du cabinet de leur dentiste. La confusion règne à Savignyplatz; deux équipes de production se sont fait remorquer leurs véhicules par les policiers. Navré pour le malentendu! On ignorait que deux tournages avaient lieu en même temps, au même endroit.

'Herr Lehmann'; Copyright: Delphi-FilmQuatre tournages à Berlin, tous pour des productions totalement différentes. Il ne s’agît là que d’un autre jour ordinaire dans le quartier huppé de Charlottenburg. Un jour durant lequel les habitants du quartier trébuchent d’un plateau de tournage à l’autre. Ils n’y portent pas trop attention, pas plus qu’ils n’en portent au nombre impressionnant de célébrités du cinéma qui envahissent les bistros et bars de la ville et ce, non seulement durant la Berlinale. Ils prennent d’assaut le Florian, le Adnan, le Paris Bar ou encore le petit le restaurant italien du coin de la rue.

Le cinéma est omniprésent à Berlin

Le cinéma est aujourd’hui omniprésent à Berlin, ville qui présente la plus riche tradition cinématographique d’Allemagne; alors que plusieurs ne connaissaient rien encore à la production de films, Berlin comptait déjà plus de studios que partout ailleurs. La présence du cinéma dans la métropole allemande ne cesse de s’accroître. Chaque année, 300 productions de toutes sortes sont tournées à Berlin – allant du vidéo-clip aux séries télévisées, en passant par les longs métrages internationaux.

Depuis la chute du mur, la ville s’est bâti une excellente réputation autant sur le plan national qu’international. Cette popularité, elle la doit avant tout à sa grande diversité. Avec son architecture provenant d’époques les plus diverses, ses déserts de béton et ses idylles rurales, ses lofts chics ou ses arrières-cours en piteux état, Berlin est un paradis pour tous les dénicheurs de lieux de tournage. En cette journée du 16 janvier 2001 aux studios de Babelsberg, des artisans s’affairent à reconstituer les facades historiques des rues du ghetto de Varsovie pour le film de Roman Polanski, 'Der Pianist' (Le pianiste).
Copyright: picture-alliance / ZBDe plus, de vastes infrastructures se sont développées dans le domaine cinématographique. Près de 800 entreprises de production de films et de télévision, 50 studios, halls et ateliers ainsi que 15 entreprises de doublage se sont installés à Berlin. Située en pleine ville, la MediaCity Adlershof, qui est sur les terrains de l’ancienne société de télévision de la RDA, s’est entièrement modernisée. De plus, les légendaires studios de Babelsberg, bâtis aux portes de la ville dans le land du Brandenburg, sont rapidement accessibles. Deux écoles de cinéma - la DFFB de Berlin et la Konrad Wolf, établie sur les terrains des studios de Babelsberg - ainsi qu’environ 35 programmes reliés aux médias et aux communications offerts par les collèges et les universités forment la relève dans ce domaine en pleine croissance.

De Au revoir, Lénine! à V pour Vendetta

Selon Kirsten Niehuus, directrice générale du «Medienboard» Berlin-Brandenburg, il s’est développé au cours des dernières années dans la capitale allemande un potentiel à la fois créatif, artistique et productif comme on n’en retrouve guère ailleurs en Allemagne. 'Was nützt die Liebe in Gedanken'; Copyright: X Verleih AGCe qui a déjà donné naissance à un grand nombre de succès cinématographiques : Cours Lola Cours (Lola rennt), Au revoir Lénine! (Good bye, Lenin!), Was nützt die Liebe in Gedanken et Monsieur Zucker joue son va-tout (Alles auf Zucker), pour ne nommer que ceux-là. Leurs producteurs, couronnés de succès, collaborent tous à X-Filme. Ils mûrissent leurs idées dans un bureau quelque peu banal d’un arrière-bâtiment de Schöneberg. La compagnie Boje/Buck, qui a pignon sur rue dans Kurfüstendamm, a produit Tous les moyens sont bons (Wir können auch anders), Sonnenallee, Berlin Blues (Herr Lehmann) et NVA. Le film de Margarethe von Trotta, Rosenstraße, a été produit par Regina Ziegler, la première productrice allemande et sans aucun doute la plus reconnue. The Edukators (Die fetten Jahre sind vorbei) du jeune réalisateur Hans Weingartner fut tourné à Berlin. Il fut le premier film allemand à être présenté à Cannes depuis des années.

Filmstadt Berlin','L’acteur Detlev Buck (1), dans son rôle d’officier de police est-allemand, se tient aux côtés des autres acteurs alors que débute le tournage du film 'Sonnenallee' le 30 septembre 1998 dans les studios Babelsberg de Potsdam.
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Depuis que Jean-Jacques Annaud y a tourné Stalingrad (Enemy at the Gates), de plus en plus de productions américaines sont filmées à Babelsberg et sur les rives de la Spree. Le Pianiste (The Pianist) de Roman Polanski, Bobby Darin (Beyond the Sea) de Kevin Spacey, Ripley's Game mettant en vedette John Malkovich, Le Tour du monde en 80 jours (Around the World In 80 Days) avec Jacky Chan ou encore La Mort dans la peau (The Bourne Supremacy) avec Matt Damon et Franka Potente : tous ont eu recours pour leurs décors aux studios et à l’ambiance des rues de Berlin. Jody Foster y a tourné Plan de vol (Flightplan); le lauréat d’un Oscar, Paul Verhoeven, est venu y filmer Black Book et les créateurs de la Matrice (Matrix), Macher Larry et Andy Wachowski, s’y sont donné rendez-vous pour tourner V pour Vendetta (V for Vendetta).

L’an passé, le domaine du cinéma et des communications fut le secteur économique ayant enregistré la plus forte croissance dans la région, avec une augmentation de 3,1 % au niveau du nombre d’emplois créés et de 3,6 % au niveau du nombre de nouvelles entreprises, fait remarquer Kirsten Niehuus. Elle calcule que chaque euro investi dans l’aide à l’industrie cinématographique – que ce soit pour la technique ou la main d’œuvre - génère à son tour 2,6 euros.

À Berlin et Brandenburg, plus de 13 000 employés travaillent dans le domaine cinématographique, ce qui engendre un chiffre d’affaires annuel d’environ 800 millions d’euros. Mais le marché international est concurrentiel. Jusqu’à maintenant, la région était reconnue par les producteurs américains comme étant particulièrement bon marché. Mais cela ne les empêche pas de se tourner de plus en plus vers l’Est. C’est ce qui est arrivé avec Retour à Cold Mountain (Cold Mountain) qui a été tourné en Roumanie. De son côté, Roman Polanski a opté pour les studios Barrandov de Prague lors du tournage de Oliver Twist. De telles décisions ne sont pas sans inquiéter Berlin.

Markus Münch: Drehort Berlin. Wo berühmte Filme entstanden; Be.bra Verlag, Berlin, 2007, ISBN 9783814801544.

Regina Aggio: Filmstadt Berlin 1895 - 2006; Verlag Jena 1800, 2007; ISBN 978-3931911348.

Sabine Pahlke-Grygier
est journaliste indépendante et auteure. Elle écrit, entre autres, pour des quotidiens et des magazines.

Traduction: Julie Poliquin
Copyright: Goethe-Institut, Online-Redaktion

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Décembre 2005

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