Théâtre

Le théâtre de marionnettes en Allemagne

Théâtre de marionnettes Wilde und Vogel: Lear; Foto Copyright: Meike Lindek
Théâtre de marionnettes
Wilde und Vogel
Selon l’éditeur de la revue théâtrale die deutsche bühne (N° de décembre 2007), le théâtre de marionnettes allemand se trouve dans une
« situation étrange ».

Il veut parler de l’existence à l’écart que mène toujours cette forme de théâtre, novatrice et vivante, en dépit de tout ce qu’elle a conquis au XXe siècle, des grands festivals et des nombreuses possibilités de formation. Et de fait, on exploite rarement les ressources de ce média sur les grandes scènes, qui le feraient connaître à un plus large public. Les travaux du metteur en scène Tom Kühnel avec la marionnettiste Suse Wächter, ou de Jarg Patakis qui, lui aussi, met en scène des marionnettes, restent des exceptions – peut-être porteuses d’avenir.  

Sur la voie du "théâtre de marionettes artistique" Le théâtre de marionettes allemand jusqu'en 1945

Hohnsteiner Kasper – Wandervogelkasper; Kopf: Wolfgang Berger, Kostüm: Marion Baudisch; Cop: Jens Welsch
Wandervogelkaspar

Le terme même de « théâtre de figures » reflète le combat mené, depuis la fin du XIXe siècle, pour présenter ce genre comme un art théâtral pour adultes, autonome et de même valeur que le théâtre traditionnel, et pour le distinguer des marionnettes des fêtes foraines. En référence également aux expériences réalisées par les symbolistes et, plus tard, par les dadaïstes et le Bauhaus, on proclama l’existence d’un « théâtre artistique de marionnettes », où la forme privilégiée de figure est celle à laquelle Kleist et Craig ont donné leurs lettres de noblesse, entre autres avec Paul Brann à Munich, et Harro Siegel à Berlin – sans oublier les marionnettes à main du Hohnsteiner, le théâtre de Guignol de Max Jacob, dont l’influence stylistique s’étendit jusqu’à l’après-guerre. Le national-socialisme utilisa sciemment le théâtre de marionnettes à des fins d’endoctrinement politique.

Des voies nouvelles : jeu ouvert, théâtre de matières et d’objets, performances

Si, jusqu’en 1945, les marionnettistes travaillaient avec des marionnettes traditionnelles (à main, ou, plus rarement, à tiges), et en se dérobant généralement au regard du public, de nouvelles techniques de jeux vont bientôt faire leur apparition. Dans le « jeu ouvert », le spectateur voit le manipulateur qui intervient aussi comme acteur. Contestée dans un premier temps avec ses possibilités de distanciation, cette forme de jeu fut portée à la perfection dans les théâtres de marionnettes de l’Allemagne de l’Est. Dans les années 1970, de nombreux marionnettistes eurent, en RFA surtout, une nouvelle approche de leur matériel de base. Des objets du quotidien, dont il s’agissait de révéler le langage propre, vinrent remplacer les personnages anthropomorphiques et s’emparèrent de la scène : le théâtre d’objet de matériel voyait le jour – en même temps que s’éloignait le théâtre littéraire. Collages, performances et théâtre narratif remplacèrent les structures dramatiques classiques.

Une évolution différente : les ensembles contre les artistes solistes

Augsburger Puppenkiste; Cop: picture-alliance / dpa/dpaweb
Augsburger Puppenkiste
Les différences esthétiques évoquées entre le théâtre de marionnettes de RDA et de RFA sont conditionnées structurellement. À l’exemple du théâtre de marionnettes dans le bloc de l’Est, on vit se tisser en RDA un réseau très dense d’ensembles. En 1990, on comptait 17 ensembles municipaux et nationaux qui présentaient des spectacles de marionnettes littéraires, techniquement brillants et fortement marqués par le réalisme socialiste. Les troupes traditionnelles ambulantes n’étaient pas officiellement reconnues par les autorités. En 1971, on créa, à la Hochschule für Schauspielkunst Ernst Busch à Berlin-Est (École supérieure des arts du spectacle), une section de formation à ce genre théâtral, qui existe encore de nos jours.

En RFA, le Deutsches Institut für Puppenspiel de Bochum (Institut allemand du théâtre de marionnettes), dispense, depuis les années 1950, une fomation à cet art. Mais ce n’est qu’en 1983 qu’un cercle de marionnettistes regroupés autour d’Albrecht Roser, réussit à créer un cursus « Théâtre de marionnettes » à la Staatliche Hochschule für Musik und darstellende Kunst de Stuttgart (École supérieure de musique et d’arts figuratifs).

Étant donné les maigres subventions accordées par l’État au théâtre de marionnettes, ce sont surtout des petits groupes indépendants et des marionnettistes solistes qui réussirent à s’imposer, jouant principalement pour les enfants et les jeunes. Peu d’entre eux osèrent se lancer dans les mises en scène pour adultes. Citons toutefois le « Literarisches Figurentheater Steinmann »

La scène marionnettiste « Augsburger Puppenkiste », avec ses adaptations de la littérature pour enfants, connut un très large succès, grâce surtout à sa présence à la télévision ouest-allemande. Quelques scènes traditionnelles, comme par exemple, le « Münchner Marionettentheater » réussirent de même à se maintenir.

Les festivals internationaux – Du courage pour innover

Theater Handgemenge: Arzt wider Willen, Komödie in drei Akten nach Moliere; Cop: Theater Handgemenge. www.handgemenge.com
Theater Handgemenge

Le paysage ouest-allemand du théâtre de marionnettes est marqué par de grands festivals internationaux. Le Festival de Bochum, créé en 1958 et rebaptisé « Figurentheater der Nationen » en 1973 (FIDENA), est sans doute l’un des plus anciens. Tout comme le Festival international de théâtre de marionnettes des villes de Nuremberg et Fürth (qui existe depuis 1979), il est garant de mises en scène audacieuses, qui n’hésitent pas à dépasser les frontières entre les genres. À ceux-là s’ajoutent, un peu partout en Allemagne, des festivals de moindre importance, souvent à thèmes ou genres spécifiques.

Le théâtre de marionnettes après 1990 : centres de théâtre de marionnettes, théâtres établis, groupes indépendants

Après le tournant de 1989, le Stuttgarter FITZ (Zentrum für Figurentheater) et la Berliner Schaubude devinrent les centres du théâtre de marionnettes les plus importants en Allemagne, et ce n’est pas un hasard s’ils sont implantés dans les lieux de formation à cet art. Outre un programme bien établi, le FITZ présente chaque année, en alternance, un festival des nouveaux venus et un festival international. Le Théâtre de marionnettes de Tübingen et l’Ensemble Materialtheater font également partie des groupes présents à Stuttgart. Avec son festival « Versuchungen », la Schaubude encourage, quant à elle, les jeunes marionnettistes. Des festivals thématiques enrichissent le programme, dont, récemment, « Alles Kasper ! », un festival qui témoigne de la résurgence de la marionnette à main en Allemagne. La scène berlinoise du théâtre de marionnettes est multiple. Citons, entre autres, le Theater Kasoka et le Theater Handgemenge.

Théâtre de marionnettes de Halle: Amadeus; Cop: Théâtre de marionnettes de Halle/Foto: Falk Wenzel
Théâtre de marionnettes de Halle
De nombreux ensembles est-allemands ont pu se maintenir en théâtres municipaux après le tournant politique, en dépit des restrictions budgétaires. Le théâtre de marionnettes de Halle, celui de Magdebourg et le théâtre Waidspeicher à Erfurt, entre autres, disposent d’un vaste et ambitieux répertoire littéraire. Par ailleurs, avec « Synergura » à Erfurt et, plus récemment, « Blickwechsel » à Magdebourg, les festivals ont atteint un rang international.

Wilde & Vogel, le théâtre de marionnettes de Stuttgart a créé un nouveau centre au théâtre Lindenfels de Leipzig, avec le « Westflügel ». Ces centres sont importants, car ils permettent aux groupes indépendants de se produire régulièrement. En effet, en dehors des festivals, les lieux d’intervention sont encore rares, surtout pour les plus grands spectacles. Une situation que l’on essaie de contrer avec un réseau national et international, mais qui reste préoccupante. Une situation « étrange ».

UNIMA Zentrum Bundesrepublik Deutschland: Das andere Theater ‚spezial’ (all./engl.), Verlag W. Nold, Francfort/Main, 2004, ISBN 978-3935011532 (avec de nombreuses illustrations sur le théâtre de marionnettes)

Manfred Wegner (Hg.): Die Spiele der Puppe; Prometh-Verlag, Cologne, 1989, ISBN 3-922009-92-1 (contributions sur l'aventur artistique et sociale du théâtre de marionnettes aux XIXe et XXe siècle)

Mascha Erbelding

Directrice artistique du Festival international de marionnettes de Munich, chargée de cours à l’Université Ludwig Maximilian de Munich, auteur de Mit dem Tod spielt man nicht. Funktion und Gestalt des Todes im Figurentheater des 20. Jahrhunderts (2006)

Traduction : Martine Bloch et Marie-Lys Wilwerth
Mars 2008

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