
Mädchenmörder. Ein Liebesroman
Manhattan, 2008
333 pages
(Janine Bourlois)
" Le meurtrier en série" ou quand la victime raconte … le syndrome de Stockholm
Julia, 19 ans, attend l'autobus de nuit pour rentrer chez elle quand une voiture s'arrête : le conducteur la fait monter de force, et elle se retrouve nue dans une cave où il la séquestre pendant plusieurs jours. Il la bat, l'humilie, et il s'avère qu'il a déjà assassiné plusieurs jeunes femmes. Julia oscille entre la certitude de devoir bientôt mourir et une forte volonté de survivre. Quand la police sonne à la porte, il décide de la tuer dans le marais voisin. Sa tentative échoue, et il entraîne Julia dans sa fuite à travers la Belgique, la France et l'Espagne, un périple parsemé de nouvelles victimes. Elle seule en réchappe. Au bout de deux semaines, il la laisse partir, et elle décide d'écrire un livre sur ce qu'elle a vécu, parce que, dit-elle, les médias " n'ont fait que raconter ce qu'ils voulaient raconter. Mais je suis la seule à savoir ce qui s'est réellement passé pendant ces deux semaines de septembre. C'est pour cela que je suis la seule qui a le droit de raconter mon histoire. " Pourtant, plus son récit avance, plus la question se pose : Julia a-t-elle vraiment été un simple otage, ou s'est-elle peu à peu transformée en complice ?
Coup de cœur :
Thea Dorn est une auteure que j'apprécie tout particulièrement, et dont j'ai eu le plaisir de traduire " La Reine des cerveaux " aux éditions du Serpent à Plumes. Animatrice d'une émission littéraire à la télévision allemande, elle est maintenant connue en France par l'émission " Paris-Berlin ", diffusée sur Arte.Dans un récit à la première personne, elle aborde ici un sujet des plus délicats avec beaucoup d'audace et de raffinement. Comme à son habitude, elle mène l'intrigue avec brio et, avec une écriture ciselée, elle entraîne le lecteur qui se laisse prendre dans cette histoire sombre où elle évite savamment les descriptions sordides et le pathos. Surtout, derrière l'argument dramatique - on pense bien sûr à des faits récents comme l'affaire Fourniret ou le cas de Natacha Kampusch -, c'est à une véritable satire des médias et du goût du public pour le sensationnel qu'elle se livre. Un excellent roman qu'on n'oublie pas de sitôt et dont on sort doublement bluffé, comme l'a voulu Thea Dorn : que croire, et surtout qui croire ?
La critique :
" C'est à un jeu captivant et très méchant avec le lecteur que Thea Dorn ose se livrer dans ce thriller raffiné. " (welt.de) - " Thea Dorn s'intéresse énormément à tout ce qui est mal, et elle a un flair pour toutes les incertitudes qu'elle discerne en chaque être humain : c'est la meilleure condition pour écrire vraiment de bons romans policiers. " (SWR) - " La catégorie d'auteur représentée par Thea Dorn, intelligente et divertissante, se rencontre rarement dans la littérature allemande. " (Frankfurter Allgemeine Zeitung)









