
Die hässlichste Frau der Welt
Nagel & Kimche, 2009
190 pages
(Delphine Piquet)
La femme la plus laide du monde » - un conte poétique sur la part d’ombre de la nature humaine
Au milieu du 19e siècle, à une époque où la population se passionne pour les bêtes de foire et autres monstruosités engendrées par la nature, Theodor Lent sillonne les routes d’Europe pour présenter la vedette de son spectacle à sensation : la « femme-singe ». Julia Pastrana. Un nom qui ne tardera pas à faire le tour du monde et des cabinets de curiosités. De petite stature, velue de la tête aux pieds et la mâchoire proéminente, cette créature décrite comme mi-humaine mi-animale défraye la chronique. Car Julia sait aussi broder, chanter, danser et parle plusieurs langues. Les directeurs d’établissements se l’arrachent, le bon peuple se rue pour venir la voir, les médecins s’emparent du phénomène. Bientôt, le cas Pastrana divise les communautés tant religieuses que scientifiques. La femme-singe devient l’incarnation des interrogations de l’époque. Punition divine, vengeance de la nature, nouvelle espèce ? Un certain Charles Darwin s’intéressera aussi à son cas.
Theodor Lent est un homme sans scrupule, mû uniquement par l’appât du gain. Pour rendre son spectacle plus lucratif, il a créé de toutes pièces le pendant parfait de sa femme-singe : Rosie la Belle, dans un numéro de danseuse de charme. La jeune fille est censée être le faire-valoir de Julia, elle deviendra surtout son assistante et sa confidente. Entre les deux femmes ne tarde pas à se tisser un lien très fort. Toutes deux sont des cartes à jouer. Toutes deux sont enfermées dans leur rôle. Toutes deux éprouvent un curieux sentiment de soumission et de fascination pour leur mentor. Finalement, toutes deux sont victimes de leur apparence à leur manière. Deux âmes jumelles.
Dans sa soif de sensationnel, l’impresario ira même jusqu’à épouser sa créature qui donnera naissance à un enfant aussi velu qu’elle. Elle mourra en couche à 26 ans, quelques jours après son bébé. Elle sera restée un objet d’études jusqu’à la fin de sa vie et même au-delà.
Coup de Cœur:
Dans son troisième roman historique, Margrit Schriber nous livre un conte à la limite du réel et du fantastique. Tout comme dans son roman Die falsche Herrin (voir notre présentation), elle nous propose un double destin de femme. Deux destins croisés. Deux destins brisés.
Si le récit repose sur des faits historiques avérés (Julia Pastrana a bel et bien existé), avec le personnage de Rosie, Margrit Schriber fait basculer le roman dans la fiction et lui confère le charme de sa Suisse natale. Le lecteur suit les pas de cette jeune rêveuse un brin naïve dans un destin qui la mènera des montagnes suisses jusqu’en Angleterre. De retour dans son village alpin, elle raconte. Grâce à cette belle histoire d’amitié, Margrit Schriber rend finalement un hommage plein de tendresse à Julia Pastrana et la réhabilite comme une personne à part entière, douée de sentiments et de sensibilité.
Il y a de la poésie dans l’écriture de Margrit Schriber, il y a un rythme particulier qui fonctionne par séquences, presque comme des séquences cinématographiques, des tableaux qui se succèdent les uns aux autres par un enchaînement subtil.
La critique:
«Dans son roman, Margrit Schriber joue sur notre curiosité et notre voyeurisme, et réussit en même temps à redonner toute sa dignité à cette «femme-singe» sensible. Délicat et passionnant à lire» (Sandra Steffan / Julia Bendlin pour Kulturzeit)
«’La femme la plus laide du monde’ est à lire absolument pour tous les curieux du verbe. Ce livre se lit de la même façon que le public regardait autrefois la «femme-singe» : avec indiscrétion – ne nous le cachons pas. Mais grâce à la tendre description des sentiments de Julia Pastrana, notre ndiscrétion se transforme en une douce contemplation de cet être au cœur bon» (drs)


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