
Die Reise zum Horizont. Nouvelle.
Haymon, 2010 (automne)
104 p. (Domaine Suisse)
(Alexia Valembois)
Le voyage vers l'horizon, une nouvelle
« Le monde a commencé sans l'homme et il s'achèvera sans lui »
Claude Lévi-Strauss
La toile de fond de ce récit est la catastrophe aérienne du vol Fuerza Aerea 571, en 1972, à l'issue de laquelle 16 des 45 occupants ont survécu, après être restés isolés pendant 72 jours dans les neiges éternelles de la Cordillère des Andes. Les circonstances de ce drame réel sont très largement connues et ont déjà été relatées, notamment dans le film « Les Survivants », lui-même adapté du best-seller de Pears Paul Read. Ici, c'est la photo en couverture qui permet au lecteur d'établir le lien, avant même d'avoir ouvert le livre.
On l'aura compris, le projet de Jürg Amann n'est pas de nous raconter à nouveau en détail cette tragique aventure. S'il choisit la forme courte de la nouvelle, c'est pour atteindre un but sans s'attarder sur la description du lieu ou des individus, un « nous » impersonnel et collectif étant d'ailleurs le point de vue adopté. L'auteur s'appuie donc sur cet événement pour construire une parabole sur les derniers retranchements de l'humanité, à savoir jusqu'où l'homme peut-il aller, physiquement et moralement, pour rester en vie sans perdre ce qui fait de lui un être humain, son « âme », pour ainsi dire, au-delà de l'acception religieuse du terme.
Le combat que doivent livrer les survivants pour rester à la fois en vie et humains est retranscrit dans un style tranchant dont l'aspiration ultime semble être la justesse et l'intégrité. On reconnaît en l'auteur ce virtuose dans l'art de s'en tenir à l'exacte description (« virtuose Beschränkung auf die genaue Beschreibung ») comme l'a dit le célèbre critique allemand Marcel Reich-Ranicki à propos de Jürg Amann.
Coup de cœur :
Un texte bref et saisissant, comme un courant d'air glacé, qui, certes, s'absorbe d'une seule traite mais continue pendant des jours et des jours à tourmenter son lecteur ...
Traduction de l'extrait en quatrième de couverture : « Pour rester des êtres humains, nous devions manger. Oui. Tout bêtement : manger. Mais manger quoi ? Il ne restait plus rien de comestible. Ce que nous avions eu était épuisé. Nous étions à bout. Il ne restait plus rien. À part les morts. Nos morts. On n'avait pas le droit de le dire tout haut. Pas même de le penser. Nous le pensions quand même »


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