
Andernorts. Roman.
Suhrkamp Verlag, 2010
285p. (Domaine autrichien)
(par Marianne Viader)
Autre part : un Woody Allen littéraire sur la question de l'identité
Ethan Rosen est un universitaire à cheval entre deux cultures : né en Israël, il a grandi en Autriche. Ses parents, survivants des camps, habitent désormais Tel Aviv. Enseignant à Vienne les sciences humaines, il possède la nationalité israélienne, et parle couramment l'hébreu. Il est reconnu dans les deux pays. Certains n'hésitent cependant pas à affirmer, s'appuyant sur sa notoire grande maîtrise des langues, que ses travaux universitaires ne sont rien d'autre que des traductions : il serait en quelque sorte un représentant d'import-export dans le domaine des idées. Parallèlement à sa carrière universitaire, il rédige régulièrement des articles pour divers journaux, dans lesquels il concentre toutes les émotions qu'il ne peut exprimer dans un cadre plus académique. Mais ces deux activités vont se télescoper : l'un de ses articles est dirigé contre un universitaire autrichien, Rudi Klausinger, qui va se révéler être un concurrent direct pour le poste universitaire espéré par Rosen. S'ensuit une polémique médiatique aboutissant à la remise en question de la supériorité de la candidature de Rosen.
L'atmosphère devient lentement de plus en plus étrange. Des phénomènes pour le moins inattendus se produisent, qui viennent mettre en évidence les éléments parasitant le débat entre les deux universitaires. Le lieu d'expression semble changer le sens des propos : certaines opinions soutenues en Israël peuvent paraître antisémites en Autriche. L'origine des auteurs est tout aussi importante : s'il se révélait que Rudi Klausinger avait bien un père Juif, comme il l'affirme, l'accusation d'antisémitisme tomberait d'elle-même. Comment se fait-il qu'une même opinion puisse être perçue de manière aussi différente, selon le lieu d'émission ou l'émetteur ? Ce sont avant tout les problèmes d'identité qui sont au centre du récit, et celle d'Ethan Rosen devient de plus en plus problématique à mesure qu'il se déroule. Klausinger se révèle n'être pas seulement un concurrent sur le plan professionnel, et ce n'est plus seulement l'impossibilité de désigner un pays comme le sien, mais la question de la famille qui se pose avec acuité. Ethan Rosen est-bien celui qu'il croit être ? Et qu'est-ce qui détermine l'identité ?
Coup de cœur :
Une histoire rocambolesque, des rebondissements inattendus tiennent le lecteur en haleine. On est chaque fois surpris et amusé par l'audace de l'auteur et on se demande comment tout cela va se conclure. L'atmosphère rappelle assez les films de Woody Allen. Le milieu universitaire autrichien est représenté à travers la concurrence pour le poste espéré par Rosen, tout comme la vie de famille et ses secrets, ainsi que les problèmes des enfants de survivants des camps.
La critique :
« Rabinovici offre au lecteur des coquetteries à mourir de rire et des roques fantastiques, jusqu'à ce qu'à la fin même le plus infatué de lui-même reconnaisse que la patrie n'est qu'une illusion » (Der Stern) « Avec un comique aux multiples facettes, l'écrivain viennois né en Israël… Rabinovici jongle si habilement avec les considérations juives sur soi-même et sur l'étranger, qu'on se sent sans cesse en lisant pris en flagrant délit. » (TAZ) « Le roman « Andernorts » de Doron Rabinovici oscille entre Vienne et Tel Aviv, entre présent et passé, prouvant la grande forme des écrivains autrichiens. (Die Welt) « Rabinovici a réussi un merveilleux roman, qui montre que le bonheur est toujours justement là où nous ne sommes pas, effectivement « autre part ». (Neue Osnabrücker Zeitung) « Dans l'ensemble un livre formidable, avec en sus quelques composantes originales et sympathiques » (literaturhaus.at) « Enfant chéri et bâtard : avec une histoire absurde et une légèreté ambiguë, Doron Rabinovici démêle les questions de l'origine et de l'appartenance. » (Cicero)


Biographie





