
Bilder von A.
Hanser Verlag, 2011
138 pages
(par Marianne Viader)
Tableaux d'A. : A pour Adolf dans une histoire d'amour à la Arendt
Une histoire d'amour naît entre le metteur en scène A. et la narratrice. Peintre et spécialiste de Kleist, elle lui a été présentée par un ami commun, car il travaille à un projet de mise en scène du dramaturge. Rien que de très ordinaire, à ceci près que les nouveaux amants souhaitent précisément tenir leur histoire à l'écart des trivialités du quotidien. Pas de petits déjeuners pris ensemble donc, excepté lors d'un voyage à Moscou, leur unique semaine de vie commune. D'ailleurs A. est marié.
Dans cette RDA des années 70, Kleist est partout (Christa Wolf publiera « Aucun lieu. Nulle part » quelques années plus tard), et permet aux deux romantiques de mettre en scène leurs doutes vis-à vis du régime politique. Partageant une même passion pour Kleist, une certaine distance critique à l'égard du communisme, ils vont cependant peu à peu sentir tout ce qui les sépare. La judaïté de la narratrice va en effet prendre pour elle une place de plus en plus grande, et se glisser ainsi entre eux. Même amoureuse, elle ne peut imaginer porter l'enfant d'un Allemand non juif. D'autant plus qu'il est grand, blond, et porte le prénom honni. Après le départ de A. vers l'ouest, elle se rapproche encore d'une communauté juive et apprend l'hébreu, ce que A. ne parvient pas à comprendre. Peu à peu, la distance s'accroît, et leur relation si singulière, qui avait perduré sous forme épistolaire, prend fin. La narratrice apprend finalement la mort de A. dans le journal.
Ce roman, en réalité autobiographique, raconte l'histoire de Barbara Honigmann et du metteur en scène Adolf Dresen. On pourrait presque penser (malgré quelques divergences significatives – A. n'est pas antisémite) à Arendt et Heidegger : les histoires d'amour entre Juifs et Allemands sont lourdes d'une Histoire difficile à surmonter. Malgré cela, le livre reste relativement léger, en ouvrant une porte sur le monde du théâtre en ex-RDA.
Coup de coeur :
L'écriture est concise et agréable. Le ton reste léger malgré tout. Le monde artistique de la RDA y est bien décrit, et le malentendu entre Honigmann et Dresen s'exprime dans un dialogue imaginaire, dans lequel Honigmann peut enfin s'expliquer et justifier son retour vers sa judaïté.La critique :
« 'Bilder von A.'est un livre léger, plein d'humour même, pour l'univers de Honigmann, et ce malgré une histoire(Deutschlandradio Kultur)


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