L’amour de la sagesse – la philosophie fait de nouveaux adeptes !

Nous passons tous notre vie à philosopher d’une façon ou d’une autre. Dès le moment où nous nous demandons si une action est juste ou justifiée, nous faisons de la philosophie pratique… comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Et quand nous nous interrogeons sur les desseins ou le sens de nos actes, nous soulevons de vieilles questions philosophiques. C’est d’ailleurs cette capacité à nos poser ce genre de questions qui nous différencie des animaux.Et selon l’effort consacré à cette réflexion, on arrive vite à des questions auxquelles il est fort difficile de répondre. Nous sommes donc nombreux à interrompre ce processus de réflexion au profit de l'action – une approche plus utile au quotidien. D’autres reviendront par contre sans cesse sur ces questions ouvertes. Désireux d’en savoir plus, ils lisent des livres, se plongeant parfois dans les grands classiques de la littérature philosophique. Autant de lectures qui soulèvent à leur tour bien des questions.
Une tendance voit le jour depuis un certain temps en Allemagne : les gens sont de plus en plus nombreux à philosopher ensemble. Non pas, comme on pourrait le croire dans les auditoires des facultés de philosophie mais dans des clubs de débat et des cafés philosophiques. Les cours du soir et les émissions philosophiques diffusées à la télévision ou à la radio connaissent eux aussi un succès croissant. Bref, la philosophie a le vent en poupe. Ce dont on ne peut que se réjouir à une époque où d’aucuns se plaignent d’un abêtissement de l’humanité. Peut-être s’agit-il aussi d’une réaction à la superficialité de la culture populaire.
On ne s’étonnera donc pas que les défenseurs de la philosophie académique fassent la grimace (ce qui en déçoit d’ailleurs beaucoup), estimant que ce n’est tout simplement pas de la philosophie. Une réaction dans une certaine mesure compréhensible étant donné que les sciences ne s’exercent pas pour les profanes et n’utilisent pas leur langue. Si c'est le cas pour les sciences naturelles, l'approche est quelque peu différente pour la philosophie. Et cela s’explique par ce que la philosophe a longtemps représenté …Qu'est-ce que la philosophie ?
Littéralement, le terme philosophie signifie « amour de la sagesse ». Et depuis les Grecs en effet, la philosophie est considérée comme une vertu ou une capacité particulière à réfléchir. Les hommes sages seraient ceux qui essaient d'éclaircir les grandes questions existentielles, celles qui vont plus loin que celles qu’on se pose au quotidien, dans un but pratique. Une réflexion qui utilise parfois il est vrai une langue quelque peu énigmatique, pas toujours compréhensible par le plus grand nombre.
Le caractère toujours plus scientifique de la philosophie
Avec les Temps modernes, le processus de scientifisation de la philosophie s'accélère. Kant parle de rétrécissement de son champ à la « définition académique ». Cette nouvelle évidence trouve clairement son expression dans le manifeste du « Cercle de Vienne ». «La conception scientifique du monde se caractérise uniquement par la connaissance d’objets divers par l'expérience et l'approche analytique qui utilise la logique et la mathématique. »
Une possible interprétation au-delà de la philosophe académique
La philosophie enseignée dans les universités et la soif de connaissance du grand public ont emprunté des chemins séparés. Les sujets sur lesquels le profane aime « philosopher » concernent précisément le plus souvent les questions que les philosophes professionnels ne considèrent plus comme des questions, à savoir les questions philosophiques. Celles-ci sont soit axées sur des détails de l’exégèse des classiques ou sur des modèles mathématiques de la logique. Le besoin d’interprétation n’est ainsi pas satisfait. Or, en ces temps modernes, ce besoin n’a jamais été aussi important. Notre époque est empreinte d'un pluralisme des valeurs, une perte des certitudes métaphysiques et une dévalorisation de la tradition. La civilisation moderne produit en permanence des conséquences et des problèmes qui nous confrontent à de difficiles questions d’éthique. Et à côté ces incertitudes spécifiques à notre époque moderne, il existe naturellement encore le canon classique des questions existentiellement importantes.
est agrégé de philosophie et professeur de philosophie politique à l’Université Ludwig-Maximilian de Munich. Il a écrit plusieurs ouvrages dont les deux volumes de l’essai - « Politische Theorie » (UTB, 2e édition 2010).
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Août 2011
Traduction : Goethe-Institut Brüssel
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