Économie / social

Crise monétaire : un tournant pour l’Europe

© Colourbox.com© Colourbox.com L’introduction de la monnaie unique était censée renforcer l’intégration de l’Union européenne. Mais aujourd’hui, la crise monétaire menace de faire éclater l’Union européenne. Les causes sont multiples. Pourtant, le « vice de construction » à la base de la construction européenne était connu dès le départ.

Les États membres auraient sûrement remplacé un jour ou l’autre leur « unité de compte » (l’unité de compte européenne, UCE, rebaptisée écu en 1979) qui existait depuis le début des années 1970 par une « vraie » monnaie commune, avec des billets, des pièces et tous les moyens de paiement associés. Une décision qui aurait été prise lorsque le processus d’intégration européenne aurait été suffisamment avancé au point que les compétences de décision dans le domaine des politiques clés des affaires financières, économiques et sociales soient « communautarisées ». Autrement dit que le pouvoir de décision est transféré des gouvernements et des parlements nationaux à l'Union européenne. Mais au début des années 1990, aucune Union politique de ce type n'était encore en vue. Et le chemin vers l’introduction d’une monnaie unique paraissait pratiquement interminable lui aussi.

Belgische ECU-Sondermünze 1987; Foto: Münzstätte Brüssel Au début des années 1990, la réunification allemande et l’effondrement du bloc soviétique vont cependant changer la donne de la politique européenne – y compris dans le domaine monétaire. François Mitterand, qui était à l’époque Président français, percevait le D-Mark - la monnaie d'une Allemagne réunifiée – comme une menace. Craignant une hégémonie d'abord économique et puis finalement politique de l'Allemagne, la France, surtout, fit pression pour accélérer l’introduction d’une monnaie unique, même si tous les États membres n'allaient pas vouloir ou pouvoir participer d'emblée à cette ébauche d'Union monétaire. Les États prenaient ainsi le contrepied de l'opinion qui prévalait jusqu'ici, à savoir qu'une union monétaire devait être précédée par une union politique complète : c’est donc l’Union monétaire qui allait à présent devoir accélérer l'intégration et faciliter la réalisation de l'Union politique - en dépit des disparités économiques qui existaient encore.

C’est ainsi qu’en 1993, le traité de Maastricht fixait des critères de stabilité extrêmement stricts pour cette nouvelle monnaie et pour l'indépendance de la Banque centrale européenne. La nouvelle monnaie allait en effet devoir être aussi stable que le Mark allemand. Mais ce furent précisément l’Allemagne et la France qui utilisèrent leur pouvoir combiné pour assouplir les critères de stabilité. Il faut dire que les deux pays dépassaient le seuil de 3% fixé pour la part des emprunts nets dans le produit national brut.

Une crise bancaire (ou des crises) qui met le feu aux poudres

Rettungsschirm; © Atelier W. – Fotolia.com Le taux élevé d’endettement public était déjà un grave problème bien avant la crise bancaire de 2007. Et pas uniquement en Grèce, qui avait réussi à adhérer à l’euro, uniquement, il est vrai (ce qu’on sait aujourd’hui) grâce à des bilans truqués (Theo Weigel). Et lorsqu’en 2077/2008, après la crise américaine des subprimes, de nombreuses grandes banques ne durent leur salut qu’aux aides de l’État, cette aide financière vint accélérer l’endettement public. Il fallut en effet non seulement affecter des sommes considérables au sauvetage des établissements bancaires et de crédit défaillants mais aussi, par le biais de mesures structurelles elles aussi très coûteuses, soutenir l’ « économie réelle », qui menaçait de s’effondrer, suite à la crise bancaire. À lui seul, le sauvetage des banques a coûté à ce jour aux contribuables allemands la coquette somme de 39 milliards d’euros. Des sommes à financer avec des budgets nationaux déjà profondément dans le rouge !

Qu’importe de savoir que, si tout se déroule bien, les sommes injectées dans le sauvetage du secteur bancaire feront peut-être des petits lorsque les banques, si elles le font, rembourseront leurs dettes avec des intérêts en échange des garanties données. Espoir de toute façon mis à mal avec la menace, cet automne, d’une nouvelle crise bancaire, alors que l'économie est encore en convalescence. Et le fait qu’entre-temps, seuls les États lourdement endettés de la zone euro, comme la Grèce et l'Espagne, pourraient réaliser un petit profit suite au sauvetage de leurs banques, étant donné qu’elles ne détenaient pas tellement de titres toxiques avant la crise ne change rien à la situation difficile des budgets nationaux. Mais pour les États, appelés aujourd’hui à les aider en cas de faillite, les risques sont d'autant plus grands.

La crise de l'euro accélère-t-elle l'unité de l'Europe ?

© openwater – Fotolia.com L’histoire de l’Union européenne est émaillée de crises maîtrisées. Jusqu’ici, chaque crise a été suivie d'une phase de renforcement de l'intégration. Cependant, l’Union européenne n’a jamais connu une crise aussi profonde que celle de la dette, suivie de la crise de l'euro en 2011. En cas d’abandon de l’euro, c’est l’Union européenne toute entière qui risque de s’effondrer. Mais comment une consolidation des budgets nationaux et de l’euro pourrait-elle être possible dans une zone euro qui compte plus d’une dizaine de ministres des finances? Comment serait-elle possible dans une communauté affichant une telle divergence des comptes courants qui, selon les derniers chiffres, s’établissent comme suit : Pays-Bas (+5,4%) et Allemagne (+5,0%) d’une part et Portugal (-10,3%) et Grèce (11,2%) d’autre part ?

Dans leur configuration actuelle, l’UE et les pays de la zone euro ne peuvent prendre des mesures pour tenter de venir à bout de la crise qu’avec l'accord de tous les gouvernements nationaux participants. Un tel fonctionnement n'est bien sûr pas tenable sur le long terme. L'Europe se trouve donc à un croisement. Un gouvernement économique européen semble inévitable désormais. Un tel gouvernement pourrait être le début d’un processus qui ferait de l’UE un État à part entière. Quant à savoir si cette nouvelle Union serait à même de rectifier les vices structurels de plus en plus apparents du capitalisme mondialisé, qui inquiète aujourd’hui les citoyens de l’UE mais aussi du monde entier, c’est une autre histoire. Quoi qu’il en soit, une telle évolution permettrait à l'Europe de peser davantage sur la scène internationale.

Andreas Vierecke
dirige le Südpol-Redaktionsbüro Köster & Vierecke à Munich. Il est aussi rédacteur en chef de la revue « Zeitschrift für Politik ».

Copyright: Goethe-Institut e. V., Internet-Redaktion
Novembre 2011

Traduction : Goethe-Institut Brüssel

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