Arts plastiques

De droite ou de gauche Monsieur l’artiste ? Entretien avec Artur Żmijewski, curateur de la 7e Biennale de Berlin

Artur Żmijewski explique pourquoi, par un Open Call de la 7e Biennale de Berlin, les artistes ont été interrogés sur leurs opinions politiques. Et, en réponse à cet Open Call, nous lançons un Open Call pour vous demander, à notre tour, votre opinion!

Né en 1966 à Varsovie, Artur Żmijewski, artiste polonais, s’est surtout fait connaître grâce à ses travaux photographiques et à ses vidéos sur des thèmes sociétaux et socio-politiques. En novembre 2010, après avoir été nommé curateur de la 7e Biennale de Berlin (2012), il crée la surprise avec un Open Call : les artistes ne sont pas seulement appelés à produire « un matériel artistique destiné à la recherche », mais aussi, dans ce contexte, « à livrer leurs opinions politiques ». Martin Conrads s’est entretenu avec Żmijewski à l’expiration de la date de dépôt des candidatures.

Monsieur Żmijewski, la date butoir de l’Open Call vient d’expirer. Pouvez-vous nous dire combien de candidatures vous avez reçues ?

Jusqu’à maintenant environ 7 000. La plupart d’entre elles nous ont été envoyées par Internet.

C’est beaucoup! Comment allez-vous procéder? Y a-t-il une équipe chargée de s’occuper de ces envois ?

Oui, nous disposons d’un bureau artistique dont la tâche est d’organiser la Biennale de Berlin.

Faire une sélection parmi 7 000 candidatures

C’est tout de même un sacré défi pour un curateur de garder une vue d’ensemble sur ce que l’équipe a retenu parmi les 7 000 candidatures. Avez-vous votre propre stratégie pour maîtriser ce nombre ? Un plan ?

Nous voulons examiner chaque candidature et opérer ensuite un classement alphabétique. Ce plan est déjà mis en œuvre.

L’appel lancé invitait également les artistes à mentionner leur couleur politique. Les envois que vous avez reçus vous permettent-ils de déduire la tendance qui prédomine ?

Je ne peux pas encore le dire, car nous n’avons pas encore archivé toutes les candidatures. Nous avons commencé par les fichiers numériques que la plupart des artistes nous ont envoyés via Internet. Je pense que nous en aurons terminé dans deux ou trois mois. Et certainement, une tendance se dessinera. À mon avis, elle est en général assez évidente chez les artistes : nous nous comportons comme des gens de gauche et nous pensons à gauche. En matière d’art, les idées politiquement orientées à gauche trouvent un large écho.

« D’ordinaire, on n’affiche pas ses opinions politiques »

Pensez-vous que la majeure partie des artistes candidats de gauche se définissent comme tels dans leur réponse, ou bien pourrait-il y avoir des stratégies qui consisteraient à masquer son inclination politique par des formulations plus ou moins abstraites ou compliquées ?

D’ordinaire, on n’affiche pas ses opinions politiques. C’est pourquoi on a explicitement interrogé les artistes dans l’Open Call. Bien que l’expérience permette de classer plutôt à gauche le point de vue politique des artistes, on ne le montre pas ouvertement. En général, un artiste n’étale pas directement ses idées politiques. Mais il y en a, par exemple, qui s’intéressent aux exclus de la société. Rechercher des solutions pour l’intégration des exclus est une question qui intéresse la gauche.

Quelle est à votre avis la raison pour laquelle les artistes sont à gauche, comme vous le pensez ?

C’est une question intéressante. Je pense qu’on est plus ou moins obligé, quand on est artiste, de penser à gauche, même si on crée dans l’abstraction. C’est vraiment intéressant de connaître d’autres inclinations politiques. C’est pourquoi nous avons organisé cet Open Call

« L’objectif de l’Open Call est d’apprendre ce que font les artistes et comment ils travaillent »

En quoi cela peut-il être intéressant pour nous de savoir que la plupart des artistes sont – si vous avez raison – orientés à gauche, et d’en avoir la «preuve»? Et, d’une manière générale, quel serait l’avantage de connaître la couleur politique des artistes ?

L’objectif général de l’Open Call est d’être informé sur ce que font les artistes et sur la manière dont ils travaillent. Par ailleurs, nous voulons créer une atmosphère où l’on peut parler ouvertement de sa position politique et de ce à quoi on s’identifie. Je crois qu’on doit faire quelque chose, dans le milieu artistique et avec l’art, pour développer une atmosphère où l’on peut échanger ouvertement des convictions politiques.

Tous les envois vont-ils être publiés ?

Oui, c’est ce que nous envisageons.

Dans vos propres travaux, les thèmes de l’exclusion et de l’intégration jouent souvent un rôle. Vous définiriez-vous vous-même comme un artiste politique ?

Habituellement, un artiste qui se définit comme artiste politique se contente d’avoir des idées politiques et ne fait rien de plus que ce que font les politiciens. Or, j’attends davantage d’un artiste politiquement ou socialement engagé. De moi-même aussi d’ailleurs.

Idées privées, politique active

Dans la déclaration de votre Open Call, il est question d’information à caractère « secret » qui devrait être rendue publique. Lorsque vous dite qu’un artiste politique devrait agir autrement ou faire davantage, pouvez-vous être plus explicite sur ce que pourraient être les choses et sur ce qui vous retient ? Que veut dire « autrement » ? Qu’est-ce qui se cache derrière votre travail quotidien d’artiste ?

Le « privé » dont je parle est lui-même politique. Mais il n’existe que comme imagination « privée », et non comme politique active. La politique, c’est la manière dont agissent les gens, la manière dont ils créent une réalité. Je crois que l’art peut lui aussi créer des réalités.

Dans l’Open Call, on a répertorié une liste de quelques tendances politiques, comme « de gauche », ou « masculiniste ». Si l’on vous interrogeait, comment définiriez-vous votre inclination politique ?

De gauche et masculiniste.

Que signifie pour vous « masculiniste » ?

Un masculiniste est quelqu’un qui réfléchit sur les droits des hommes. Comme une féministe est quelqu’un qui réfléchit sur ceux des femmes.

Réponse publique à l’appel public

Dans la réponse publique à l’appel public, nous vous invitons à exprimer votre avis (en un millier de signes) : les artistes sont-ils « de gauche » dans leur majorité ? Partagez-vous la conviction d’Artur Żmijewski selon laquelle on n’échange pas aujourd’hui publiquement ses opinions politiques dans l’art ? L’art doit-il être politique ou rester politiquement neutre ? Et puis aussi : Que pensez-vous de cet Open Call qui interroge les artistes sur leur couleur politique ? Merci de remplir simplement le formulaire en ligne. Nous en attendons un grand débat international.

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Entretien mené par Martin Conrads, auteur indépendant, Berlin.
Traduction : Marie-Lys Wilwerth et Martine Bloch, Goethe-Institut Paris

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Février 2011

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