Cinéma

Le crowdfunding, un vrai pactole.
Faire son film, un rêve qui devient réalité

Crowd funding gives filmmakers independence.  Photo: Nathan Jones © iStockphotoLe Crowdfunding assure l’indépendance des réalisateurs de films. Photo: Nathan Jones © iStockphotoC’est une idée créative qui nous arrive une fois de plus des États-Unis et qui a fait son chemin jusqu’en Allemagne : il s’agit du crowdfunding, un système de financement participatif, grâce auquel de nombreux mécènes peuvent soutenir un projet. Ce système assure l’indépendance des réalisateurs de films et permet à des débutants de faire un premier film.

Le principe est simple : Si plusieurs personnes soutiennent financièrement un projet créatif, parce qu’ils en sont convaincus, on aura au bout du compte une somme qui permettra au rêve de devenir réalité. C’est un accord gagnant-gagnant. Par le biais d’une plate-forme internet, des réalisateurs de film, des musiciens ou des personnes socialement engagées présentent leur projet en l’accompagnant si possible d’un petit vidéoclip ou d’un commentaire écrit qui en explique les circonstances : ils trouvent de cette façon des personnes qui appuient leur idée et qui sont prêtes à faire don de sommes plus ou moins grandes. On appelle cela le « crowdfunding », ou « crowdfinancing », ou encore « crowdsponsoring ». Toutefois, il ne s’agit pas tout à fait de « don ». En effet les sponsors du projet reçoivent généralement quelque chose en retour, et cela est précisé au préalable. Dans la branche du film, cela pourrait être un DVD de l’oeuvre avec dédicace, un exemplaire du scénario, une mention dans le générique ou encore une journée sur le plateau.

Conjuguer idées et argent

«Les sponsors reçoivent généralement quelque chose en retour. Photo: Nathan Jones © iStockphoto Nous y travaillons pour que de beaux projets ne meurent faute de financement », explique Nadine Auschütz de my sherpas, une des premières associations à servir d’intermédiaire entre idées et argent. Les six premiers mois, cette agence a collecté rien moins que 60 000 euros. 500 euros ont été accordés à Markus Sparmberg qui travaille sur un petit western Spattertown. Dix pour cent restent dans les mains de l’agent, la clef de voûte du gagnant-gagnant.

Très bientôt, ce sera au tour de Walter Steffen. Neuf jours avant la fin de la période de collecte de fonds, il a déjà 4 139 euros. C’est même un peu plus que ce dont il a besoin pour réaliser le film Gradeaus Daneben (juste en marge), un documentaire sur les non-conformistes, les rêveurs et les poètes. En neuf portraits, il veut présenter des gens qui vivent en marge des normes et qui pourraient donner envie à Monsieur tout le monde d’expérimenter quelque chose de nouveau. Ce film convient donc bien à cette forme de financement qui, bien qu’encore inconnue en Allemagne, n’en est pas moins innovante.

Tout ou rien

Il y a tout de même un bémol dans cette histoire : c’est le principe du tout ou rien. En d’autres termes, seuls les projets qui auront recueilli la somme nécessaire en l’espace de 90 jours recevront l’argent. Des montants partiels ne seront pas versés, ils retourneront aux donateurs. Et cela arrive plus souvent que le contraire. Il importe par conséquent de faire la publicité de son projet et de faire connaître cette forme de financement. Par là même, il est chaudement recommandé de se brancher sur les plateformes de réseaux sociaux. Konrad Lauten de la plateforme inkubato.de commente l’approche la plus couramment utilisée : « Le tout ou rien doit inciter à garder le budget aussi bas que possible afin de se donner la chance de le réaliser quand même. Le montant visé doit être le plus petit montant avec lequel le projet pourra aboutir ».

L’approche de la plateforme Startnext est la même. Les acteurs réunis autour de Tino Kreßner se voient comme des promoteurs de projets. Leur plateforme est surtout utilisée par des étudiants en multimédia qui veulent trouver un financement pour leurs travaux (notamment pour leurs travaux de fin d’études). Ainsi trois étudiantes de l’École supérieure des médias ont obtenu 550 euros pour tourner leur documentaire Heimsucht (mal du chez soi) sur deux jeunes réfugiés.

Une liberté absolue

Les fondateurs d'inkubato.  Photo: © inkubatoLa plateforme Inkubato.de a, à son palmarès, le plus grand projet de film réalisé ainsi en Allemagne. On a rassemblé pas moins de 26 991 euros pour le film Bar 25 - der Film, un film qui porte sur un secteur délaissé de Berlin qu’une communauté alternative a exploité et transformé en un monde merveilleux et imaginatif pour y accueillir des méga-parties et des événements qui firent couler beaucoup d’encre. Le film se trouve présentement dans la phase de montage. Sans le budget alloué à la postproduction grâce au crowdfunding, ce film n’en serait pas là, car la Société de soutien des films avait toute prête une réponse négative puisque le film avait déjà été tourné; en effet, on ne finance que les films en phase de préparation.

Les participants au crowdfunding n’ont pas à se préoccuper de tout cela; sur le plan contenu du film, ils sont également totalement libres. « Je voulais jouir d’une liberté absolue pour faire le film que je voulais », précise la réalisatrice britannique Franny Armstrong qui en six ans a recueilli 450 000 livres sterling pour son drame environnemental The Age of Stupid - Warum wir nichts tun (L’Âge de la stupidité). Armstrong est convaincue que personne ne devrait se laisser dicter ce qu’il doit penser ou filmer. Elle est d’avis que « les films indépendants sont le meilleur moyen pour susciter chez le spectateur les émotions les plus puissantes.» Voilà précisément le point fort du Crowdfunding. Seules les idées qui rencontrent un intérêt suffisant ont une chance de se réaliser. Un produit de qualité moyenne n’a pas d’avenir - comme dans la vraie vie.

Theresia de Jong
est membre fondateur de l’association d’auteurs Wortwexxel, écrivaine et journaliste.

Copyright: Goethe-Institut e. V., Online-Redaktion
Août 2011

Traduction: Éliane Morillon Räkel

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