Littérature

© Fred Furgol© Fred Furgol

Comment naissent les histoires ?
Un projet de littérature en classe bilangue

« Le vivant émerge de son histoire. Tout ce que nous percevons, pensons, imaginons, apprenons est biographique. »
Francisco Varela


Les histoires naissent dans un entre-deux entre le vécu et l’imaginaire, entre la personne qui les crée et les autres individus de son entourage, avec son environnement. Les histoires se racontent dans un langage, parfois avec des mots dans une langue, parfois sans – elles sont alors couleurs, sons, odeurs, rythmes, souffles.  Elles voyagent , se partagent et se transforment au rythme d’autres personnes, d’autres langues, d’autres coutumes, d’autres univers.
Dans ce projet mené dans un collège en classe bilangue pour la journée européenne des langues, une auteure illustratrice, Katharina Grossmann-Hensel, est venue raconter ses histoires avec toutes ses langues : l’allemand, sa langue maternelle, l’anglais, la langue qu’elle a adoptée lorsqu’elle est allée vivre aux Etats-Unis, le français, qu’elle a appris lors de son long séjour à Paris et qu’elle parle aujourd’hui en famille.

Pourquoi inviter une auteure-illustratrice pour raconter des histoires en classe ?

Les artistes sont des médiateurs. Ils sont des interprètes du monde. L’auteure est entrée en dialogue avec les enfants dans toute l’authenticité de sa personne, en passant par toutes ses langues et par le récit de sa propre biographie. La communication n’était pas programmée mais réelle, une rencontre s’est faite entre les jeunes, l’artiste et les enseignants des deux disciplines, présents et actifs dans ces moments et au-delà. Les enseignants ont ensuite prolongé le vécu émotionnel des enfants dans leurs cours, faisant le lien entre le ressenti émotionnel en langues et les apprentissages de langues.

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Pourquoi les enfants ont-ils aussi parlé dans toutes leurs langues, donc dans d’autres langues que l’allemand ou l’anglais ?

L’artiste a fait découvrir son univers de création aux enfants. Les mots et leur sonorité y ont trouvé leur place. En se racontant, Katharina Grossmann-Hensel s’est reliée aux enfants qui eux aussi, ont plusieurs langues en eux. Celles-ci les constituent et vont influencer leur rapport à l’apprentissage. Les enseignants ont accepté et même valorisé les langues des familles et le français. En accueillant les enfants dans leurs langues, on ouvre un passage entre l’école et les familles, on leur fait prendre conscience qu’eux aussi ont déjà des connaissances installées.

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« L’acquisition du langage ne peut pas être analysée en tant que seul processus cognitif, mais elle est toujours incorporée dans des situations concrètes de nature sociale, historique et individuelle. L’acquisition langagière est fortement déterminée par les émotions. Les initiatives individuelles et émotionnelles des individus interagissent avec des structures sociétales, qui soit soutiennent, soit empêchent ces initiatives. »
(Hans-Jürgen Krumm)


Les enfants ont ensuite cherché leur idée de création. Ils ont permis aux langues encore étrangères d’émerger dans un univers connu, celui de leurs langues familiales et du français. Ils ont dessiné et à partir du dessin, de l’idée, de la création graphique, ils ont accueilli le langage écrit, puis ils ont raconté, créé en langues. Ils se sont racontés à leur tour via l’imaginaire, à la quête des mots et phrases dans toutes ces langues qui deviennent leurs, comme l’allemand et l’anglais.

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