Glavinic, Thomas : un maître du suspense

© Ingo Pertramer
Il serait difficile de classer Partie remise, le premier roman de Thomas Glavinic paru en France (Maren Sell, 2001), dans la littérature policière. Mais à travers cette histoire de joueur d’échec indécis et incapable de mener une partie à la victoire, Thomas Glavinic (né en 1972, venu au roman après avoir exercé divers métiers hétéroclites) montrait déjà sa maîtrise du suspense. C’est dans L’homme à la caméra qu’il l’a appliquée, avec brio, au thriller : quatre amis sont réunis dans une petite maison en forêt, lorsqu’ils apprennent qu’à proximité de chez eux, un sadique s’en est pris à trois enfants, et que la police est à la recherche du criminel. L’homme à la caméra a filmé ses crimes abominables, où il plonge les enfants dans des abîmes d’angoisse et de terreur, et le premier ressort de ce thriller hors normes – la police mettra-t-elle la main sur ce monstre ? – se double d’un deuxième suspense : la télévision va-t-elle ou non diffuser ces images abominables ?

Dans la petite maison, la panique s’empare peu à peu des habitants, au fur et à mesure que les médias leur apprennent que le tueur d’enfants a été repéré près de chez eux. Pris entre le voyeurisme du téléspectateur moyen et la peur ordinaire, les quatre amis, deux femmes, deux hommes, finissent par prendre peur du moindre bruit, de l’ombre la plus furtive. Et si c’était surtout d’eux-mêmes qu’ils devaient avoir peur ?

On ne révélera pas, bien entendu, la conclusion de ce roman assez terrifiant. Disons simplement que Glavinic, dans une écriture glaciale, y montre admirablement son art de la tension, et une froideur très littéraire. Et que chez lui, l’intrigue policière laisse une très large place à l’observation impitoyable de notre époque, où les criminels ne sont pas forcément ceux que l’on croit.
(Olivier Mannoni)