Kettenbach, Hans Werner – Le maître du doute

Foto: Copyright © Regine Mosimann / Diogenes Verlag
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© Regine Mosimann
Attention, si vous ouvrez l’un des romans de cet homme-là, vous ne serez jamais plus sûr de rien. Ancien journaliste, né en 1928, passé au roman policier dans les années 1970, Hans Werner Kettenbach sait mieux que personne vous entraîner dans des hypothèses en forme de dédales, vous lancer sur d’évidentes fausses pistes, vous perdre dans vos propres supputations. Prenez ce pauvre professeur Kestner, par exemple, un brave homme qui, dans La vengeance de David, reflète la conscience paisible et vigilante de l’Allemagne d’après-guerre. L’arrivée annoncée d’un collègue géorgien va bouleverser sa vie et celle de sa famille, renverser jusqu’aux dernières de ses certitudes : David, le géant caucasien, est-il revenu pour se venger ou pour nouer contact avec l’extrême-droite allemande ? Quel rôle mystérieux joue le fils du professeur, qui multiplie les provocations ? Dans ce labyrinthe d’hypothèses, le lecteur s’égare avec délice. Mais est-il bien sûr qu’il retrouvera la sortie ?

Dans Minnie, Kettenbach joue avec les possibilités : ce représentant de commerce allemand aux États-Unis embarque dans sa voiture une jeune fille noire, crasseuse, paumée. S’en débarrasse. La retrouve sur son chemin, la chasse, la rattrape. Est-ce une gamine perdue ou une criminelle ? Qui a besoin de qui ? Qui est le riche, qui est la pauvre ? Dans ce road roman à l’américaine, Kettenbach montre qu’il manie tous les genres. Il s’essaie d’ailleurs encore à une autre spécialité, le polar à énigmes, avec Verglas noir. Dans ce roman-ci, c’est un pauvre sexagénaire opprimé tant par son épouse que par son patron qui est en proie au doute : la riche héritière qui détient son entreprise a-t-elle vraiment glissé sur une plaque de verglas, ou bien sa mort n’avait-elle rien de naturel ? Là encore, Kettenbach manie admirablement les différentes facettes de ses personnages, sème le doute, le rire, et provoque quelques grincements de dents : l’homme européen d’âge mûr ne sort indemne d’aucun de ses livres…
(Olivier Mannoni)