Wagner, Jan Costin : la froideur de la mort

© Dennis Yenmez
Ce n’est sans doute pas un hasard si un souffle glacial parcourt le premier roman policier de Jan Costin Wagner publié en France, Lune de glace. On plonge dès les premières pages dans l’engourdissement de la mort : celle, paisible, sereine, de Sanna, une jeune femme qui arrive au terme de sa longue maladie, l’épouse d’un inspecteur de la police finlandaise, Kimmo Joentaa, un professionnel fin et compétent, passionné par son métier.

La froideur de la Finlande, la chaleur du tempérament du policier : voilà sur quoi joue Jan Costin Wagner dans Lune de glace, un livre qui reflète le regard exceptionnel de cet ancien journaliste, né en 1972, formé à la littérature et à l’histoire. Dans ce roman, le policier tente à la fois de porter le deuil de son épouse et de mettre la main sur un tueur qui, au fil des pages, se met à lui ressembler. L’ignoble salopard qui étouffe une jeune femme chez elle et prend un verre de vin avant de repartir, puis un jeune père de famille suédois et une jeune femme avec laquelle il vient de faire l’amour, est un homme lui aussi rendu fou de douleur. Ces deux hommes blessés jouent au chat et à la souris jusqu’à la fin : c’est la fragilité du policier qui lui permettra de découvrir le criminel. Wagner, avec ce roman, a inventé le polar feutré, porté par une remarquable écriture.

On retrouve ces qualités dans Le silence, ainsi que le même commissaire en proie aux démons du passé : trente années avant le récit, une adolescente a été retrouvée dans un lac. Et c’est la découverte, au même endroit, d’un vélo rouge, laissé là par une autre jeune fille elle aussi disparue, qui va relancer l’enquête. Là encore, Jan Costin Wagner manie avec un talent glacial le suspense, la peur, la tragédie des sentiments humains.
(Olivier Mannoni)