« Celui qui ne fait qu’organiser le quotidien n’avance pas »

Pour la quatrième fois consécutive, la Niedersächsische Staats- und Universitätsbibliothek Göttingen (SUB : Bibliothèque d’État et Universitaire de Basse-Saxe à Göttingen) occupe la première place du palmarès des bibliothèques BIX. Nous avons discuté avec Norbert Lossau, le directeur de la bibliothèque, de ce succès et de ses projets d’avenir.
Monsieur Lossau, comment vous expliquez-vous le succès durable de votre bibliothèque ?
L’un de nos piliers les plus solides est le domaine « Obtention de financements extérieurs et spécifiques ». De plus, nous sommes très soucieux de la satisfaction de l’usager et avons élargi nos horaires d’ouverture : du lundi au vendredi de 7h à 1h du matin, le samedi et le dimanche de 9h à 21h. Cela joue certainement un rôle essentiel dans la bonne évaluation de BIX.
Rien que l’année passée (2006), vous avez obtenu presque 8 millions d’Euros de financements extérieurs ou spécifiques. Ce montant est plus de six fois supérieur à celui obtenu en moyenne par les bibliothèques universitaires de même structure. Comment y parvenez-vous ?
C’est une combinaison de différents facteurs. Premièrement, il est nécessaire d’avoir toujours des personnes qui, par leurs idées, imaginent l’évolution future des services et du paysage bibliothéconomique en général. Si l’on ne s’y confronte pas et que l’on ne se consacre qu’à l’organisation du quotidien, on n’avance pas dans ce domaine.
Cependant une bonne idée ne se suffit pas à elle-même. On veut également la financer. C’est pourquoi on doit – c’est là le deuxième point –se familiariser avec les structures et les programmes de subventions et observer ce qui se passe de ce côté-là.
Le troisième aspect : lorsqu’on mène un grand nombre de projets comme nous, on a besoin d’une coordination plus forte. Notre département « Recherche et développement », le centre de numérisation tout comme nos collègues responsables des domaines d’acquisition particuliers, des collections historiques etc. sont, chez nous, les « incubateurs » pour les nouveaux projets réalisés avec des financements extérieurs.
D’autre part nous avons également dans le domaine des acquisitions des collègues actifs qui ont fait leurs preuves dans l’acquisition de financements spécifiques – par exemple au sein du programme de licences nationales et du consortium Basse-Saxe.
Vous avez déclaré dans le passé que développer des prestations faisait partie des missions prioritaires d’une bibliothèque de recherche moderne. Où se situent les points forts de vos activités dans ce domaine ?
Nous sommes en train de métamorphoser nos bibliothèques physiques en des mondes de l’apprentissage. Ainsi nous installons, en collaboration avec nos étudiants en médecine, un environnement d’apprentissage – avec un centre d’entraînement, un centre de ressources avec des salles de travail en groupe et un assortiment de livres et de services multimédia.
D’autre part nous nous soucions déjà depuis longtemps du thème de la maitrise de l’information. Nous voulons travailler à offrir plus que de simples formations à la recherche. Et nous nous efforçons de faire en sorte que nos services soient, à l’avenir, intégrés à un projet universitaire d’acquisition des compétences clefs.
En outre, nous souhaitons offrir aux scientifiques une infrastructure de publication. Il y a déjà la maison d’édition de l’université qui bénéficie d’un très bon accueil. Parallèlement, dans le domaine numérique, nos efforts portent sur le développement et l’exploitation de serveurs de publications et de documents et sur les dépôts institutionnels, pour que les résultats de recherche de notre université soient visibles et disponibles pour tous, même en dehors de l’université.
Quels sont à votre avis les plus grands problèmes que doivent combattre les bibliothèques de recherche ?
Notre plus grand problème concerne les finances, parce que le budget général des universités est de plus en plus maigre et les luttes pour la répartition de plus en plus âpres. En ce moment ce sont les coûts des revues électroniques qui nous posent problème.
Début octobre votre bibliothèque et l’éditeur scientifique Springer ont signé un accord portant sur la publication en ligne, sans frais, de littérature scientifique. Qu’y a-t-il de particulier dans cet accord ?
La particularité réside dans l’utilisation de notre contrat d’abonnement existant comme volume financier pour atteindre cet accord. C’est-à-dire : que nous ne versons qu’un supplément minime par rapport au prix de l’abonnement, et nous permettons ainsi à nos auteurs de publier gratuitement au lieu de devoir payer les 3 000 dollars habituels.
C’est un moyen pour nous d’atteindre, à long terme, l’objectif de l’accès libre – et ainsi de réaliser ce que les organisations scientifiques exigent de nous avec la déclaration de Berlin.
En juin 2007, la Deutsche Nationalbibliothek (DNB), la Société pour le traitement des données scientifiques à Göttingen, IBM Allemagne et la SUB se sont engagées à vouloir continuer, à longue échéance, la coopération dans le domaine de l’archivage numérique à long terme. Qu’y a-t-il encore à faire ?
D’une part, des développements techniques sont encore nécessaires car le projet actuel Kopal ne traite pas tous les formats. D’autre part, ce qui a été développé dans ce cadre a été conçu pour le workflow, c’est-à-dire la gestion électronique des processus, de la DNB et de la SUB Göttingen. Il s’agit maintenant de l’adapter à d’autres.
Mais le plus important est d’instaurer un modèle de service et d’affaire qui définisse, à l’avenir, les organismes en charge de l’archivage à long terme. Il est question de répartir la responsabilité et la mise en application entre plusieurs institutions sous la direction de la DNB. En outre, la question du financement reste totalement floue.
Que souhaitez-vous pour l’avenir ?
Oh, la liste pourrait être longue ! D’une part, je souhaiterais que les bibliothèques universitaires soient totalement intégrées dans la planification des infrastructures universitaires – ce qui implique tout d’abord qu’une telle planification existe de manière systématique.
D’autre part, j’aimerais dans l’évolution des services numériques que le travail soit partagé. Ces services seraient versés dans un grand catalogue de prestations que chacun pourrait utiliser. Pour le référencement des ressources électroniques, un service en amont des bibliothèques serait également souhaitable. Il est absurde que dans toutes les filiales nous devions recommencer plusieurs fois l’acquisition de licences et le recensement des mêmes documents.
Une plus grande transparence des coûts chez les éditeurs serait également souhaitable. Et enfin, j’aimerais une coopération plus intense entre la bibliothèque, les chercheurs et les étudiants. De manière plus assidue que dans le passé, nous devrions observer les conditions et les procédés de travail réels pour pouvoir faire de nouvelles propositions aux étudiants et aux chercheurs et ainsi mieux les accompagner.
travaille comme rédactrice indépendante à Bonn.
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Février 2008










