Danse

De l’avant-scène à la scène

Soirée 2008, William Forsythe, Palucca Schule Dresden © Costin RaduAuditions à la Palucca-Schule de Dresde © picture-alliance/ ZBIl y a bien du chemin à faire avant de pouvoir monter sur les planches - le pas que franchit le danseur quand il se produit en public est une étape vraiment décisive dans sa vie. Mais n’a-t-il pas fallu prendre une grande respiration avant de choisir cette formation professionnelle? L’admission au programme d’études en danse, des années d’études, les examens finaux...tout cela suppose une foule de compétences et beaucoup de motivation. Mais qu’arrive-t-il après?

En Allemagne, onze institutions offrent un programme d’études en danse : il s’agit d’établissements d’études supérieures spécialisés dans les arts, de deux Écoles professionnelles et d’une Académie. Jusqu’ici, la fin des études était sanctionnée par des certificats ou des diplômes. Dans les années à venir, ces institutions vont se convertir aux programmes du Bachelor ou du Master. Les formations dans les branches artistiques sont très élitistes : elles sont réservées à un très petit nombre de candidats très doués. Les examens d’admission généralement annuels ne retiennent que dix à vingt candidats, venus du monde entier.

Les études

Étudiantes de la Ballettschule der Oper de Leipzig  © picture-alliance / ZBÀ la différence des musiciens et des acteurs, ils reçoivent un enseignement de groupe, et pourtant c’est bien à titre individuel, qu’ils vont devenir des personnalités artistiques. Qu’apprennent-ils? Quelles techniques, quels styles, quelles connaissances de base historiques et théoriques et dans quelles proportions? On retrouve dans tous les programmes la danse classique, la danse moderne et les techniques dites contemporaines, les méthodes de conscientisation corporelle et d’entraînement, la composition et l’improvisation. Les détails et points forts de la formation peuvent varier d’un établissement d’enseignement supérieur à l’autre, d’une école spécialisée à l’autre, - comme les enseignants d’ailleurs. Cela dépendait jusqu’ici du type d’engagement pour lequel on formait le danseur, pour quel genre de compagnie, pour quel répertoire. Les écoles comme celles de Hambourg, Munich, Stuttgart et Dresde sont en relation étroite avec la compagnie de ballet du théâtre municipal ou du théâtre d’état de leur ville; celles de Mannheim et Essen le sont avec les ensembles de Karlsruhe et Wuppertal; cela fait penser à l’époque des maisons princières : à ce que l’on dit, on y formait la relève dans les “pépinières” du théâtre de la cour. Mais cela n’est vrai qu’en partie. Les offres de travail pour un danseur, autrement dit le “marché” est depuis longtemps global (comme la concurrence d’ailleurs). Les jeunes le savent et en profitent.

La transition

Soirée 2008, William Forsythe, Palucca Schule Dresden © Costin RaduIls ont terminé leurs études et pourtant on ne les croit pas encore prêts. Comme dans d’autres professions, l’employeur aimerait que le nouvel employé possède déjà une expérience professionnelle. Un système qui permettrait une initiation en douceur au sein de la compagnie - en commençant par les rôles les moins en vue - se fait de plus en plus rare dans les quelques 60 ensembles appartenant aux théâtres municipaux et dont les moyens ne cessent de diminuer; en dehors des quelques compagnies de ballets hiérarchisées reconnues et de plus grande envergure, cela n’existe pour ainsi dire pas. Un petit ensemble, disposant de peu de moyens, ne peut s’offrir le luxe d’être indulgent. Un élève ou un stagiaire qui par chance voit s’ouvrir une porte d’entrée, autrement dit se voit offrir un “contrat de débutant”, sera malgré tout chichement rémunéré. Il arrive que des commanditaires ou associations apportent une aide partielle. Mais, après une année d’initiation, ses chances de trouver une place sont grandes. Participer à la mise en place d’une production, être soir après soir sur scène constituent des expériences extraordinaires. Cela exige des danseurs une autonomie qui ne peut leur être transmise, ne serait-ce que dans ses rudiments, par le système rigide de l’établissement d’enseignement.

Claudia Voigt in *Darkland* © steptext dance project/Foto: Ursula KaufmannUn travail professionnel demande de la pratique. Les chorégraphes et enseignants attachés à la maison pratiquent avec les étudiants des pièces généralement assez courtes et les présentent en matinée, en soirée dans les écoles, lors de galas ou sur scène en dehors de leur institution d’enseignement. Fréquence de ces projets, style, participation réelle des danseurs à l’élaboration de la production voire pratique d’une pièce existante, tout cela peut être très variable. Bien souvent, les contacts avec des chorégraphes invités porteront des fruits à plus ou moins brève échéance : les jeunes danseurs font la connaissance de styles chorégraphiques, rencontrent des sommités, ce qui peut les aider à faire des choix professionnels : quel est mon but? qu’est-ce que je ne veux pas? Les chorégraphes sont proches de la relève et encouragent certains jeunes à faire des stages ou à se produire devant leur compagnie - dans des institutions permanentes ou dans des spectacles off. Les étudiants avancés peuvent eux aussi acquérir des expériences scéniques importantes en participant à des productions présentées par les ensembles de renom mentionnés. Les établissements d’études supérieures de Mannheim, Essen et Dresde ont chacun leur propre compagnie destinée aux finissants; mais elles admettent également des candidats de l’extérieur.

La candidature

*Das Frühlingsopfer*, Choréographie: Pina Bausch © picture-alliance / dpaAvant d’être admis dans une compagnie, il y a d’abord l’audition. Se démarquer dans un processus de sélection parmi parfois une centaine de candidats est difficile et ne tient pas seulement d’un savoir-faire technique, une condition préalable certes qui est également testée. Un intérêt réciproque, l’art, la façon de travailler, la personnalité, le style du mouvement, la composition du groupe, autant d’éléments qui jouent un rôle. Essuyer un refus, généralement sans raison, est décevant. On fait plusieurs essais et parfois cela marche une année plus tard auprès de son chorégraphe préféré. Ou ailleurs.

Une fois qu’il a “le pied dans l’étrier”, il est normal que le professionnel change d’employeur au bout d’un moment; Tel autre changera d’orientation dans la branche même. Certains diplômés se refusent immédiatement de travailler dans des institutions officielles. Ils dansent dans des groupes “libres” indépendants, sur des bateaux de croisière ou travaillent comme chorégraphe ou comme pédagogues, thérapeutes, conseillers artistiques, organisateurs, journalistes spécialisés. Enseignement et formations continues ainsi qu’activité pratique permettent de compléter les acquis. Devoir élargir et compléter ses connaissances, progresser pas à pas, en cela le danseur ressemble à bien d’autres professionnels. Mais pour que l’art de la danse ne disparaisse pas, il faut des enfants qui année après année pratiquent la danse avec passion afin de pouvoir un jour peut-être faire des études de danse, pour ensuite...

Melanie Suchy
a d’abord oeuvré dans les domaines du soutien à la culture et des échanges culturels internationaux; depuis 2005, elle est journaliste indépendante.

Copyright: Goethe-Institut e.V., Online-Redaktion
Traduction: Éliane Morillon-Räkel

Des questions sur cet article? Écrivez-nous!
(En allemand ou en anglais, merci.)
online-redaktion@goethe.de
Novembre 2008

Sur le même thème