Résumé
E-mails d'Afrique

E-Mails aus Afrika
Stuttgart: Thienemann, 2007
143 S.
ISBN 978-3522179508
Le père de la petite Lilli, onze ans, est insectologue. C'est justement lorsque Lilli arrive au lycée que celui-ci reçoit pour mission de se rendre en Gambie pour faire des recherches sur un type de moustique qui y propage une grave maladie: la cécité des rivières. Son père Hanno promet de lui envoyer régulièrement des e-mails et c'est ainsi que se développe une communication intense. Lilli raconte son quotidien dans sa nouvelle école pendant que Hanno décrit ses expériences dans la lointaine Afrique de l'Ouest.
Dès son arrivée, Hanno apprend que sa collègue, le Dr. Ana Kumani, n'est plus revenue d'un voyage qu'elle a effectué à l'intérieur du pays. Il se met aussitôt en route et trouve effectivement la femme médecin: elle avait été enlevée par des ravisseurs et emmenée dans leur village pour y administrer des médicaments contre la cécité des rivières, qui seraient autrement hors de prix. En chemin, Hanno rencontre Malika, qui a déjà perdu trois enfants à cause de la cécité des rivières et qui se bat désespérément pour sa quatrième fille, Almesi, qui est déjà infectée. Le père de Lilli décide de l'aider. Il passe le reste de son temps en Gambie à faire, ensemble avec Ana Kumani, des recherches en laboratoire et dans les villages sur le "moustique de la démangeaison" qui propage la maladie. Ni un vaccin ni un médicament pour enrayer le développement des moustiques ne sont en vue lorsque Hanno retourne un peu avant Noël en Allemagne en compagnie de sa collègue. Cependant, ils sont tous les deux devenus si proches l'un de l'autre qu'ils vont se marier.
Lilli a, elle aussi, beaucoup de choses à raconter à son père. Elle s'est liée d'amitié avec Aki, dont le père est originaire du Mali. Celui-ci est l'objet de l'hostilité de la classe en raison de la couleur de sa peau. Mais lorsque, stimulés par les rapports de Hanno, ils font ensemble un exposé sur la cécité des rivières, leurs camarades de classe sont impressionnés et décident d'aider. Ils rassemblent tous des restes de tissu avec lesquels Malika fabrique en Gambie des poupées pour les touristes afin de réunir suffisamment d’argent pour le médicament d'Almesi.
Analyse
Sigrid Heuck: E-Mails aus Afrika
(E-mails d’Afrique)
Cependant, une recherche plus approfondie sur l'attitude envers les médias des jeunes d'aujourd’hui aurait certainement fait du bien au livre. Par exemple, le langage des mails du père diffère à peine de celui de sa fille. Lilli tape ses mails dans le meilleur haut allemand – sans abréviations, souriants et langage jeune, en revanche péniblement avec deux doigts, car elle n'est pas habituée aux ordinateurs et doit emprunter l'ordinateur portable de sa grand-mère. Et alors qu'on lui avait aménagé une adresse e-mail depuis une longue période déjà, elle ne savait jamais comment l'utiliser ni même à qui et comment elle devait écrire. Il n'est jamais question de jeux vidéo, de téléphones portables avec des sonorités, de lecteurs MP3 et de choses similaires – ni chez Lilli, ni chez les camarades de classe de Lilli. Ils semblent tous avoir été transportés dans une machine à remonter le temps à une époque où, dans les lycées, les garçons étaient assis à droite et les filles à gauche, sagement séparés les uns des autres, et où un élève pouvait dire qu'un "Nègre empeste" sans que la maîtresse n'intervienne devant une telle expression grossièrement raciste.
Au lieu d'un CD des "Toten Hosen", son groupe préféré, Lilli reçoit pour son anniversaire "Götter, Gräber und Gelehrte", un livre qui fut autrefois un best-seller au début des années soixante – et trouve le livre "complètement captivant". Il se peut que de tels citoyens cultivés oubliés par le temps existent encore quelque part, et ainsi on peut donc aussi accepter le fait que Lilli baptise la poupée d'étoffe que son père lui envoie du nom de "Constance" en raison de son enthousiasme débordant après être allée voir "L'Enlèvement au sérail" de Mozart. Mais dans sa détermination inébranlable de toujours tenir à son ami malgré les hostilités et à travers l'organisation réussie d'une action humanitaire qui soude finalement la classe, Lilli paraît précocement adulte, et il ne sera pas toujours aussi facile pour des adolescents de s'identifier avec elle.
D'un autre côté, on en apprend beaucoup sur la Gambie, le petit pays situé à l'embouchure du fleuve Gambie et entouré presque entièrement par le Sénégal. On décrit ici comment de jeunes garçons fabriquent des jouets avec des fils de fer et du matériel de récupération, et Hanno rend même visite à un guérisseur pour porter chance à sa fille au Lycée. On en apprend surtout beaucoup sur l'insidieuse cécité des rivières qui terrorise les gens dans de larges régions d'Afrique. Ici, l'auteur s'est documenté de manière pertinente et a aussi, comme elle l'écrit dans la postface, utilisé des informations médicales détaillées. Mais en ce qui concerne l'environnement immédiat, une recherche plus approfondie – ou peut-être tout simplement une réflexion plus critique – aurait été plus utile. Dans le livre, les Gambiens vivent résignés dans la pauvreté et sont dépendants de l'aide de bons Européens- bien qu'il existe dans le pays même, comme on peut le reconnaître indirectement à l'existence du Dr. Kumani, une recherche sur la cécité des rivières et des programmes correspondants. On aurait bien aimé en savoir davantage à ce sujet. Dans le Sénégal voisin par contre, il semble qu'il n'y ait aucun programme de lutte contre la cécité des rivières. Cela explique l'attaque perpétrée sur le Dr. Kumani par une sorte de Robin des Bois sénégalais qui, dans l'ensemble, paraît quand même dans une certaine mesure peu crédible et artificiel.
L'action humanitaire pour soutenir Malika et sa fille Almesi à laquelle la classe de Lilli donne naissance de façon autonome est certainement censée servir de modèle à des actions similaires dans les écoles. Mais celui qui collecte des vêtements et des restes de tissu pour l'Afrique doit être conscient du rôle problématique des gigantesques marchés de friperies sur le continent. Ainsi, la bonne intention est en général poussée un peu trop loin, et la serviabilité et la bonté humaine lisse des acteurs paraissent un peu naïves. Cela est dommage, car il y a risque que de jeunes lecteurs, déçus, puissent mettre ce livre intéressant et captivant de côté – on remarque l'intention et on est contrarié.










