Résumé
Le Principe Malgré Tout: Instants africains

Das Prinzip Trotzdem: Afrikanische Augenblicke
Wien: Picus Verlag, 2007
148 S.
ISBN 978-3-85452-929-3
Ce volume peu épais regroupe les reportages que Bitala a réalisés pendant son séjour en qualité de correspondant Afrique du Süddeutsche Zeitung. Ce sont de petits épisodes, des faisceaux lumineux sur certaines situations ainsi que des descriptions de personnes que le reporter a rencontrées en Afrique.
Au Cap, il rend visite à l'équipage du yacht Shosholoza avec Mario Burricks, qui a réussi à sortir des townships à force de travail. A Gao, ville située dans le désert malien, Happiness, la "beaucoup trop jeune" barmaid, aimerait être emmenée en Europe pendant que Serge du Cameroun, 24 ans, essaie déjà pour la sixième fois le dangereux itinéraire à travers le désert et par la Méditerranée. Au Swaziland, il observe en secouant la tête les extravagances de Mswati III, le bizarre monarque du pays, et en Afrique du Sud, il essaie de comprendre pourquoi les anciens prisonniers, qui travaillent comme guides touristiques sur l'Ile de Robben Island, affichent tous un certain sarcasme. Il fait un reportage sur le médecin originaire de Stuttgart Matthias Rath, qui se sert du désespoir de personnes malades dans les townships d'Afrique du Sud pour faire des affaires.
Bien des choses sont porteuses d'espoir, comme une visite à Gaborone, la capitale du Botswana, "la ville la plus ennuyeuse" d'Afrique, ou la rencontre avec un entrepreneur allemand qui, au Congo en pleine guerre et au milieu des destructions, continue toujours sans se lasser à investir dans son usine. Bien des choses sont cocasses, comme les escapades de l'épouse du Président kenyan Mwai Kibaki ou la tentative de certaines autorités allemandes d'expulser par mégarde au Somaliland au lieu de la Somalie, un demandeur d'asile, dont la demande avait été refusée.
Pour d'autres reportages, on a le souffle coupé: il y a ici un réacteur nucléaire en plein centre de la ville de Kinshasa détruite par la guerre, où les paysans font traiter les semences de leurs plantes aux rayons Gamma pour augmenter le rendement de leurs récoltes; là, une famine est déclenchée au Malawi en raison d'un manque de coordination et d'une politique ratée de certaines organisations d'aide humanitaire; ailleurs encore, il règne une misère nue dans les "camps de désarmement" d'Angola après la guerre – et personne n'aide.
Analyse
Michael Bitala:
Das Prinzip Trotzdem: Afrikanische Augenblicke
(Le Principe Malgré Tout: Instants africains)
Comme cela fait du bien de voir pour une fois quelqu'un qui ne prétend pas comprendre "l'Afrique". Ce ne sont pas non plus n'importe quels jugements et théories sur l'état du continent qui l'intéressent, mais plutôt tout simplement les gens qu'il y rencontre. Il ne fait pas "d'interviews", il parle plutôt avec eux, de manière tout à fait informelle, et ainsi il en apprend beaucoup sur leurs idées et leurs espoirs. Cependant, il ne fait aucune différence entre Africains (noirs) et Européens (blancs); on le croit quand il affirme qu'il est tout simplement intéressé par les personnes, aussi bien des Noirs que des Blancs, qui se débrouillent dans des conditions souvent difficiles. Ses observations ne sont le plus souvent pas commentées, elles parlent de toute façon d'elles-mêmes; Bitala ne se risque que rarement à faire des commentaires, comme par exemple dans le chapitre sur Gao, où des Africains issus de différents pays attendent une bonne opportunité pour se faire passer clandestinement en Europe. "Même si on parle souvent de réfugiés africains qui pressent pour entrer en Europe, on ne trouve à Gao personne qui ait souffert de la faim chez lui ou qui y ait été persécuté pour ses opinions politiques. C'est la raison pour laquelle il est plus approprié de les qualifier d’émigrants. Ils ont tous entre vingt et quarante ans, ce sont en majorité des hommes, bien formés et extrêmement motivés. A la question de savoir pourquoi ils n'investissent pas dans leur pays l'énergie et l'argent que leur coûte le voyage en Europe, ils répondent: Parce qu'il n'y a pas d'espoir. Parce que les gouvernements sont corrompus. Parce que cela fait des décennies qu'ils attendent que quelque chose bouge dans leurs pays." Ou, avec des mots un tantinet plus cinglants, sur la famine au Malawi: "Quand on cherche les raisons de cette misère, il s'avère que plusieurs puissances étaient à l'œuvre au Malawi contre lesquelles aucun paysan n'a une chance. Car on peut voir ici – à titre d'exemple pour de nombreux pays du tiers-monde – ce qui se passe lorsque les coopérants, les pays donateurs et la Banque Mondiale essaient, plus les uns contre les autres que les uns avec les autres, d'imposer leurs idées le plus souvent contradictoires tout en étant dépendants d'un gouvernement qui – dit en des termes aimables – a beaucoup de choses à l'esprit, mais pas toujours le bien-être de la population."
Bitala est tout sauf un observateur naïf. Il connaît la toile de fond des choses, il a fait des recherches étendues. C'est seulement en apparence que ses reportages se présentent sans ambition; on a l'impression qu'on pourrait pour ainsi dire les lire couché dans un hamac, mais ce qu'on lit pèse sur l'estomac. Il appelle par leurs noms la misère et les injustices, et il en désigne aussi les responsables lorsqu'il le faut. Et lorsqu'il fait un reportage sur des choses cocasses, sur des cérémonies, des manières d'agir, des incapacités qui irritent un Européen, il ne le fait jamais en le prenant de haut, jamais de manière dégradante pour les acteurs, mais plutôt toujours avec retenue dans l'appréciation.
Dommage que Michael Bitala soit revenu à Munich – on aimerait bien lire davantage d'histoires écrites par des correspondants Afrique comme lui.










