Résumé
Le seul endroit

Der einzige Ort
Graz: Droschl, 2004
405 S.
ISBN 978-3-854-20649-1
Livre de poche: btb Verlag, 2006
Dans les années 20 du 19ème siècle, deux voyageurs européens entreprennent indépendamment l'un de l'autre une expédition en Afrique. Ce sont deux caractères différents, mais ils sont tous les deux des enfants de leur temps et de l'Europe ayant le même objectif: trouver la ville de Tombouctou entourée de légendes au Mali à l'histoire riche et jouir de la gloire d'être le premier européen à faire cette découverte. Le Major Alexander Gordon Laing part de Tripoli avec sa caravane composée de nombreuses personnes et fait route vers Tombouctou à travers le désert pendant que, deux ans plus tard, le Français René Caillié essaie tout seul d’atteindre la ville en partant du Sénégal et en traversant le Niger.
L'Anglais Laing pense avoir tout l'Empire derrière lui, mais très bientôt il se voit de plus en plus empêtré dans des intrigues organisées par les différents appareils administratifs, alors que Caillié espère dans une mission personnelle dévoiler le secret entourant Tombouctou pour le compte de l'Europe. C'est la raison pour laquelle ce dernier se fait passer pour un Arabe enlevé et emmené en France et qui vit dans la peur constante que son déguisement soit découvert. Ils bravent tous les deux les fatigues porteuses de nombreuses privations et atteignent finalement la ville qui leur ruinera la santé.
Le roman de Stangl creuse la question de savoir ce qui fascine tant les gens en Tombouctou. Comment des gens ont-ils pu surmonter des efforts et des résistances incroyables dans la recherche d'une ville dont l'existence, pour les Européens, ne reposait jusque là que sur des légendes? Qu'y a-t-il se si envoûtant à la seule évocation du nom Tombouctou?
Kira Schmidt, 2010
Analyse
Thomas Stangl: Der einzige Ort (Le seul endroit)
Tombouctou, ville dorée au cœur du Mali. Selon des étymologistes, ce nom de localité signifie "Puits de Bouctou", car la femme esclave Bouctou aurait été abandonnée par des Touaregs exactement à cet endroit du Tombouctou d'aujourd'hui pour y surveiller un puits. D'autres ont expliqué l'origine du mot par "Puits très éloigné". Le nom de la ville dans toutes ses variantes est aujourd'hui encore synonyme d'un endroit exotique et très éloigné dont l'existence paraît douteuse et c'est ainsi que Donald Duck lui-même s'enfuit régulièrement à Tombouctou quand c’en est trop pour lui à la maison. Mais ce ne sont pas seulement les dessinateurs de bandes dessinées modernes qui utilisent le mythe de Tombouctou. Cette localité était déjà citée dans l'Antiquité et au début des temps modernes: par Hérodote, Pline, Virgile et Léon l'Africain. Différents explorateurs de l'Afrique, comme par exemple le tristement célèbre Mungo Park, Leo Frobenius ou encore Heinrich Barth, se sont aussi penchés sur Tombouctou. Mais la vraie course de vitesse pour rallier Tombouctou commence au début du 19ème siècle – donc encore avant la colonisation systématique – avec le Britannique Laing et le Français Caillié, qui se mettent en route presque au même moment mais indépendamment l'un de l'autre.
Dans son extraordinaire roman d'aventures, Stangl a recours à toutes ces histoires gravitant autour de Tombouctou et étale artistiquement le tissu de la ville baignée de légendes devant le lecteur. Il lie ensemble un réseau d'espaces, d'époques et de personnages de telle sorte qu'un panorama de désert mélancolique se forme devant les yeux du lecteur.
Ce qui pousse les protagonistes Laing et Caillié, c'est surtout la soif de découvrir du chercheur couplée à la curiosité. Cependant, le lecteur perçoit aussi chaque fois – plus ou moins dissimulés – le désir de conquête, les aspirations au pouvoir et l'avidité de succès, et cela pas seulement chez les deux protagonistes: Laing surtout est cerné par différents représentants de l'Europe. Et par le biais de reprises et anticipations historiques, Stangl place de manière subconsciente l'histoire dans l'environnement du colonialisme commençant et des aspirations européennes et américaines à une suprématie coloniale et à des intérêts commerciaux correspondants.
L'Anglais Laing a, certes, tout l'Empire derrière lui, mais il est retenu par des formalités et par d'autres retards inexplicables (parmi lesquels aussi la corruption). A son voyage, qui ressemble plutôt à une attente, se mêlent des spéculations, des pressentiments et des accusations. Pendant qu'il attend le départ dans la maison du consul, une idylle amoureuse victorienne réservée naît entre lui et Emma, la fille du consul. Le fil narratif de Laing est surtout marqué par des histoires qui se construisent autour de lui-même.
Caillié par contre s'invente lui-même pendant son voyage. Pour dissimuler son arabe incorrect et se permettre d'entrer dans la ville interdite de Tombouctou, il se fait passer pour Abdullah, qui s'est enfui de France pour retrouver son prétendu pays natal. Mais, tout comme chez Laing, le voyage de Caillié est caractérisé par des suspicions qui résultent de sa peur d'être démasqué.
Ils sont et restent tous les deux des outsiders de leur société, mais aussi de celle, étrangère, dans laquelle ils essaient d'évoluer.
Avec son "amour sadique du détail", Stangl exige beaucoup de son lecteur: le voyage des deux "premiers découvreurs" oubliés de Tombouctou est décrit avec "une lenteur pénible". En outre, le roman est structuré de manière seulement grossière. Il suit une division classique en trois parties, et chaque partie est précédée d’une devise. […] Il est inhabituel de ne pas trouver dans tout le roman de discours direct d'un personnage. Tous les dialogues et conversations sont rendus au discours indirect, ce qui fait que le roman ressemble plutôt à un très long poème en prose.
Ce qui est également déconcertant, c'est la perspective changeante à partir de laquelle le récit est fait. Les expériences de Laing et de Caillié sont racontées de manière alternée, et c'est parfois seulement après quelques pages qu'on sait s'il est justement question du Britannique ou du Français. Toutefois, Stangl réussit de cette façon à mettre en relation les deux voyages de découverte, qui ne se déroulent pas chronologiquement de manière synchronisée: on se rend compte de manière toujours plus évidente combien les deux destins sont imbriqués l'un dans l'autre, bien que Laing et Caillié ne se soient jamais rencontrés.
Si on accepte ce rythme du langage de Stangl et aussi le fait que le temps ne joue aucun rôle dans ce roman, alors on peut se laisser transporter par le langage musical légèrement mélancolique. Le monde romanesque que Stangl ébauche, ressemble à un tapis multicolore dans lequel sont tissés des histoires et des destins tournant autour de la mystérieuse ville de Tombouctou.
Dans son extraordinaire roman d'aventures, Stangl a recours à toutes ces histoires gravitant autour de Tombouctou et étale artistiquement le tissu de la ville baignée de légendes devant le lecteur. Il lie ensemble un réseau d'espaces, d'époques et de personnages de telle sorte qu'un panorama de désert mélancolique se forme devant les yeux du lecteur.
Ce qui pousse les protagonistes Laing et Caillié, c'est surtout la soif de découvrir du chercheur couplée à la curiosité. Cependant, le lecteur perçoit aussi chaque fois – plus ou moins dissimulés – le désir de conquête, les aspirations au pouvoir et l'avidité de succès, et cela pas seulement chez les deux protagonistes: Laing surtout est cerné par différents représentants de l'Europe. Et par le biais de reprises et anticipations historiques, Stangl place de manière subconsciente l'histoire dans l'environnement du colonialisme commençant et des aspirations européennes et américaines à une suprématie coloniale et à des intérêts commerciaux correspondants.
L'Anglais Laing a, certes, tout l'Empire derrière lui, mais il est retenu par des formalités et par d'autres retards inexplicables (parmi lesquels aussi la corruption). A son voyage, qui ressemble plutôt à une attente, se mêlent des spéculations, des pressentiments et des accusations. Pendant qu'il attend le départ dans la maison du consul, une idylle amoureuse victorienne réservée naît entre lui et Emma, la fille du consul. Le fil narratif de Laing est surtout marqué par des histoires qui se construisent autour de lui-même.
Caillié par contre s'invente lui-même pendant son voyage. Pour dissimuler son arabe incorrect et se permettre d'entrer dans la ville interdite de Tombouctou, il se fait passer pour Abdullah, qui s'est enfui de France pour retrouver son prétendu pays natal. Mais, tout comme chez Laing, le voyage de Caillié est caractérisé par des suspicions qui résultent de sa peur d'être démasqué.
Ils sont et restent tous les deux des outsiders de leur société, mais aussi de celle, étrangère, dans laquelle ils essaient d'évoluer.
Avec son "amour sadique du détail", Stangl exige beaucoup de son lecteur: le voyage des deux "premiers découvreurs" oubliés de Tombouctou est décrit avec "une lenteur pénible". En outre, le roman est structuré de manière seulement grossière. Il suit une division classique en trois parties, et chaque partie est précédée d’une devise. […] Il est inhabituel de ne pas trouver dans tout le roman de discours direct d'un personnage. Tous les dialogues et conversations sont rendus au discours indirect, ce qui fait que le roman ressemble plutôt à un très long poème en prose.
Ce qui est également déconcertant, c'est la perspective changeante à partir de laquelle le récit est fait. Les expériences de Laing et de Caillié sont racontées de manière alternée, et c'est parfois seulement après quelques pages qu'on sait s'il est justement question du Britannique ou du Français. Toutefois, Stangl réussit de cette façon à mettre en relation les deux voyages de découverte, qui ne se déroulent pas chronologiquement de manière synchronisée: on se rend compte de manière toujours plus évidente combien les deux destins sont imbriqués l'un dans l'autre, bien que Laing et Caillié ne se soient jamais rencontrés.
Si on accepte ce rythme du langage de Stangl et aussi le fait que le temps ne joue aucun rôle dans ce roman, alors on peut se laisser transporter par le langage musical légèrement mélancolique. Le monde romanesque que Stangl ébauche, ressemble à un tapis multicolore dans lequel sont tissés des histoires et des destins tournant autour de la mystérieuse ville de Tombouctou.
Kira Schmidt, 2010
Liens
Perlentaucher: Der einzige Ort
Critiques commentées de divers journaux
Die Zeit: Der einzige Ort
Critique d’Olga Martynova, 24/6/2004
Literaturhaus Wien: Der einzige Ort
Critique d’Anne Zauner (30/4/2004), avec un lien sur un passage de lecture










