Littérature et narration orales

Cette section recense les initiatives qui étudient, rassemblent et diffusent des textes littéraires transmis oralement, ainsi que les projets axés sur l’expression artistique dans toutes les formes de la littérature orale, parmi lesquelles la narration, la création parlée, la musique, la danse et le théâtre.

Le Hira Gasy: Le théâtre musical de Madagascar

Foto: Simon Rawles
Le hira gasy est une forme de théâtre de narration intégrant des éléments musicaux dont la représentation a lieu le plus souvent lors de cérémonies rituelles et en plein air. S'inspirant d'influences asiatiques, il est apparu à Madagascar vers la fin du 18ème siècle. Il revêt encore aujourd'hui une fonction sociale importante.

L'éducation sur ordre du roi

Le hira gasy voit le jour vers la fin du 18ème siècle. Le souverain malgache Andrianampoinimerina voulait inciter le plus grand nombre de personnes possible à écouter ses discours. Il pria donc des musiciens de l'accompagner lors de ses apparitions. Ceux-ci devaient créer un spectacle divertissant de manière à ce que ses messages et ses opinions se transmettent rapidement et à un large public. Un mélange de discours et de musique : et le hira gasy était né. Depuis toujours une importance particulière est accordée au texte : le roi confiait explicitement à ses musiciens une mission d'éducation du peuple. On fait donc appel lors de la représentation à différentes formes de contributions : le kabary, l'art du discours ; le hain-teny, une sorte de poème court ressemblant au haïku japonais; les tonon-kalo lyriques et les ohabolana riches en signification – proverbes existant par milliers dans la langue malgache.

Un autre nom du hira gasy est le vakondrazana qui signifie « la tradition des ancêtres ». Des troupes de hira gasy sont ainsi souvent engagées pour assurer l'accompagnement des rites religieux dédiés au culte des ancêtres. Mais on peut également rencontrer des troupes de hira gasy au quotidien : le dimanche sur la place du marché par exemple ou dans le cadre d'une kermesse.

Des influences venues d’Asie

Le hira gasy est en partie issu de différentes traditions des peuples de l'Asie du Sud-est et d'Océanie. Ce sont de ces régions que sont venus les premiers habitants de Madagascar qui ont peuplé l'île. Encore aujourd'hui les mouvements des mains des danseuses rappellent les danses sud-est asiatiques et les mouvements vifs des jambes des danseurs évoquent un lien avec les arts martiaux asiatiques. Lors des représentations publiques, la plupart du temps, deux ou plusieurs troupes rivalisent en improvisant sur un thème convenu à l'avance. Le thème de l'amour joue souvent un rôle primordial, mais la politique, la morale et la philosophie sont également des thèmes courants.

Alternance de discours, de danses et de chants

La représentation d'un spectacle de hira gasy est dans la plupart des cas structurée de manière précise. La séance d'habillage et la préparation du lieu de la représentation font déjà partie de la pièce, elles en constituent le prélude : le sasitehaka. Un discours d'ouverture est ensuite tenu, la plupart du temps, par le meneur ou le doyen de la troupe. C'est à ce moment-là que les femmes font alors leur entrée sur scène. La partie principale qui suit, le renihira, « le chant des mères », dure environ une heure. Cette partie est consacrée au thème convenu. Les chanteuses s'adressent directement au public et changent plusieurs fois de place. Elles accompagnent et accentuent leurs chants par des mouvements de mains gracieux. Les spectateurs les encouragent par des acclamations et surtout en jetant des pièces de monnaie sur la scène lors de passage particulièrement réussis. Pour conclure, les danseurs interprètent la danse du dihy: seuls ou à plusieurs ils dansent en effectuant, en partie, des mouvements endiablés et saccadés et font quelquefois des acrobaties. À la fin les chants zanakira, dans lesquels de nouveaux thèmes sont abordés sont entonnés. Environ dix musiciens assurent l'accompagnement musical du spectacle. Ils jouent de la flûte traditionnelle, la sodina, du tambour, des timbales, du violon et des instruments à vent. Les rythmes sont fortement syncopés.

Une tournée soude la troupe

Une troupe complète de hira gasy est composée d'au moins trente membres. Un cuisinier et un guérisseur traditionnel en font impérativement partie. Les troupes font souvent leur tournée dans tout le pays pendant plusieurs jours : une organisation parfaite est donc très importante. Chacun doit pouvoir compter sur les autres, ce qui favorise l'unité et la solidarité du groupe. Souvent les troupes sont membres d'une même famille. Dès leur plus jeune âge, les enfants sont élevés dans la tradition du hira gasy et se produisent sur scène avec leur famille souvent dès l'âge de dix ans. Lorsque le meneur ou la meneuse de la troupe - ce sont souvent des femmes qui sont à la tête de ce genre de groupes - un membre de la famille plus jeune en prend la direction. L'ancrage dans la tradition et l'authenticité est ainsi garanti.

Une fête pour tout le village

Une représentation de hira gasy constitue un évènement important au village et on s'y prépare longtemps à l'avance. Nombreux sont les habitants des localités voisines qui doivent faire une longue marche à pied pour y assister. Une atmosphère festive et joyeuse règne, tous écoutent avec attention les textes. Souvent cette manifestation commence le matin et se prolonge jusqu'au coucher du soleil. Les artistes s'adressent de façon ciblée aux différents groupes de la population : les enfants, les hommes, les femmes de tous âges.

Depuis l'invention du hira gasy, l'évolution de la musique malgache n'a bien entendu pas cessé d'évoluer. Le hira gasy est toujours un spectacle populaire vivant qui n'a rien à voir avec un folklore terne et plagié. Son évolution se reflète essentiellement dans les textes souvent très actuels. Le hira gasy compte toujours aujourd'hui de nombreux et enthousiastes adeptes.
Ranja Raveloson, Madagascar, 2012

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