Où en est la photographie en ce début de XXIe siècle ? Quels en sont les représentants allemands les plus importants. Où se situe-t-elle par rapport aux autres arts ? Est-elle encore un art à part entière? « Appelez ça comme vous voulez, mais n’appelez pas ça de la photographie ! » Voilà ce que déclarait Grant B. Romer – chef du département de restauration du George Eastman House (Rochester N.Y.), le plus grand musée du monde consacré à la photographie – aux auditeurs venus écouter une conférence sur la sauvegarde des archives photographiques.
Il s’agissait pour lui de faire le distinguo entre les photographies obtenues par les différents procédés numériques, et la photographie d’origine quasi « analogique », obtenue par les procédés physiques et chimiques traditionnels. Un peu plus tard, une conférence sur le thème de « l’original en photographie » mentionnait que c’était là une « notion en voie de disparition », non seulement en ce qui concerne l’œuvre d’art photographique, mais aussi l’usage quotidien du média lui-même. Les collectionneurs présents eurent un choc en apprenant que s’ils n’entreposaient pas leurs photographies dans des chambres sombres et froides, ils pouvaient renoncer à les conserver à long terme.
La réalité est tout autre

Les plus grands fabricants au monde d’appareils photo fabriquent maintenant des téléphones mobiles. Et la pratique quotidienne consistant à faire des photos pour un souvenir rapidement consommable, s’exprime dans l’art et le design. Qu’il s’agisse de la peinture réalisée d’après des motifs mitraillés à toute allure, et qui a été institutionnalisé en « art » par l’École de Leipzig, ou qu’il s’agisse d’images de catastrophes qui gagnent une touche d’authenticité parce qu’elles ont été prises par des portables et trouvent une nouvelle traduction dans les formes d’action des arts plastiques, la photographie digitale est omniprésente. Elle ne se réfère plus, cependant, à un produit artistique, mais à une manipulation rapide et peu réfléchie, réalisée sur place. Ce que cela peut signifier à long terme pour le travail artistique a déjà été thématisé dans le domaine de l’art des médias. Mais celui-ci ne se veut plus – et à juste titre – appartenir à la photographie.
Les marchés de l’art et les forums de design se rejoignent sur un point : qu’importe le processus, on appelle aujourd’hui photographie tout ce qui, d’après un cliché réalisé avec un appareil, est passé par un processus de travail analogique ou digital pour atterrir finalement sur du papier, dans une forme quelconque. Comme dans les arts plastiques, on qualifie donc d’œuvre tout ce qui révèle sa transcription matérielle quand on le regarde directement, comme une photographie justement.
Peu importe la façon dont on nomme les procédés actuels qui eurent leur origine dans la photographie, ils sont tous et à égalité bien présents dans la conscience publique. La photographie est certes devenue ce que l’on peut appeler un « média de pointe ». Mais cela a également eu pour effet que les performances individuelles ne sont plus discutées au sein du média lui-même, mais au-delà. On peut donc se risquer à avancer que la photographie est parfaitement intégrée à la vie culturelle de l’Allemagne. Ce qui pourrait sans doute vouloir dire que c’est précisément ce qui lui a fait perdre son statut d’art à part entière.