Nouveau théâtre allemand - Théâtre

Das Werk (" L'ouvrage ")

La pièce, dernière partie de la trilogie des Alpes de Jelinek, traite de la quête démentielle du progrès technique à laquelle se livre l'être humain, symbolisée au plus haut point par l'histoire de l'usine d'accumulation de Kaprun.
Cette ville autrichienne devenue célèbre après la mort par combustion de 155 personnes dans le funiculaire de Kaprun - le thème central de la pièce In den Alpen (" Dans les Alpes ") - est aussi le cadre d'un autre sombre chapitre de l'histoire autrichienne dans lequel l'être humain cherche à dépasser la nature et devient sa victime, ou bien sacrifie d'autres personnes. Si, dans In den Alpen, on parlait encore de ce tourisme du ski que Jelinek déteste tant et de la destruction de la nature (le texte était réparti entre les différentes victimes de la catastrophe, qui servaient de porte-parole) dans Das Werk, l'édification techniquement brillante de l'une des plus grandes usines d'accumulation du monde entre en contradiction avec le grand nombre de personnes qui ont perdu la vie en construisant l'édifice.
L'arrière-plan historique - le début héroïque de la construction dans les années vingt, son prolongement par les nazis sous Göring, qui utilisa des travailleurs forcés et des prisonniers de guerre, le nombre officiel de 160 victimes et un chiffre officieux beaucoup plus important, pour finir le refoulement des faits historiques lors de l'achèvement du site en 1955 et sa transformation en mythe - le cadre essentiel dans lequel Jelinek place ses " personnages " : ici aussi, de nouveau, comme dans In den Alpen, un texte sans action est réparti entre des récitants sans identité plus précise, seulement cités d'après deux personnages bien connus, des clichés alpins, " Heidi " et " Geissenpeter ", à l'exception peut-être du personnage nommé " L'auteur ", alter ego et porte-parole de Jelinek.
Comme elle l'avait fait jadis dans Sportstück, l'échec du sportif qui tente de perfectionner sa nature en pratiquant le sport à outrance, Jelinek traite, cette fois de manière cynique l'échec de " l'ouvrier " Celui-ci n'est cependant pas victime de la seule nature, mais surtout des hommes qui l'utilisent dans leur mégalomanie technique.

À propos de la pièce :

" … Fascinée et écœurée, Elfriede Jelinek écrit sur la folie technique, rédige une œuvre, son 'ouvrage', une commande du Burgtheater, dans laquelle cela grouille de turbines, de grues, de masses d'eau et de murs de barrage. Kaprun est son sujet, la métaphore par laquelle elle désigne la foi dans le progrès, son utilité, ses coûts, pour la légion de travailleurs qui en sont victimes, pour la civilisaion moderne… L'édifice obéit aux nécessités de la civilisation ; c'est pourtant un document sur la force créatrice prométhéenne démesurée de l'homme, qui ne pense pratiquement jamais à sa face obscure et fait pourtant de temps en temps l'objet d'attaques tout aussi outrancières de la part des êtres humains. "
(Joachim Lux, Jahrbuch Theater heute, 2002)

" Comme dans toutes les pièces de théâtre écrites ces dernières années par Elfried Jelinek, toute dramaturgie est absente. Aucune trace d'action, de psychologie ou de dialogues. Juste des phrases furieuses, des calambours et des crypto-citations ; rien que la haine contre le hideux et de la moquerie sur ce qui est prétendu noble et que l'on a souillé. L'auteur s'en tient, de manière obsessionnelle, à ses thèmes physiques et à ses leitmotive : le sport est un meurtre, l'Autriche actuelle repose ou dort sur les cadavres d'un passé sur lequel pèse le silence. Elle dénonce avec éloquence l'exploitation de l'être humain - et l'exploitation qu'il fait subir à la nature. … Das Werk est un requiem sarcastique, au sens propre du terme, c'est-à-dire qui entaille la chair : de la musique parlée sans la grâce de la consolation, mais pleine de tristesse, d'indignation et d'humour amer. La compositrice des lettres monte en virtuose des vers du cycle La belle meunière de Schubert, pour en faire un ensemble extrêmement cru. La poésie devient ainsi une prophétie de malheur, le bruit commercial du bavardage étouffe le son du romantisme. Elfriede Jelinek demeure l'Erinnye poétique de l'Autriche, si l'on en croit la définition qu'elle donne de soi-même, celle d'un 'ange vengeur baroque' "
(Ulrich Weinzierl, Die Welt, 14 avril 2003)

Données techniques

Création 11 avril 2003, Burgtheater (Akademietheater) de Vienne
Mise en scène Nicolas Stemann
Personnel Variable. Décor fixe
Droits Rowohlt Theater Verlag
Hamburger Str. 17
21465 Reinbek
Postfach 1349
21453 Reinbek
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Traductions Bibliothèque théâtrale