La culture politique en Allemagne Les facteurs dits « mous » de la politique

Bundeskanzleramt bei Nacht

Par culture politique, on entend les facteurs dits « mous » de la politique : les opinions politiques (beliefs), les attitudes (attitudes) et les valeurs (values) caractérisant une société.

Il s’agit ici des mentalités collectives basées sur les sentiments ou la raison et formant l’identité d’une communauté. De nombreuses caractéristiques dépassent les frontières nationales. Ainsi, la culture politique allemande fait partie aujourd’hui de la « grande famille » des démocraties occidentales libérales et c’est l’une des plus stables d’entre elles. Face à la mondialisation, l’Allemagne joue un rôle majeur surtout sur le plan économique.

Parallèlement à cela, il existe des particularités spécifiques à chaque nation. En Allemagne, on trouve notamment la fondation tardive de la nation (1870/71) et ses liens rompus avec le monde occidental. Après un fort mouvement national démocratique actif au début du XIXème siècle, les élites de l’empire allemand ont emprunté une « voie à part » et autoritaire par rapport à ses voisins occidentaux, qui a abouti à une dictature nationale-socialiste.

« Anti-extrémisme »

Une caractéristique importante de la République fédérale d’Allemagne est que la population a voulu tirer des leçons de cette expérience catastrophique ; même les générations nées après 1945 ont endossé la responsabilité de l’holocauste, dernièrement en indemnisant les travailleurs forcés. La Constitution a souligné la refondation de la démocratie en Allemagne, un processus qui ne s’est achevé qu’en 1990 avec l’effondrement de la RDA et la réunification des États séparés en 1945. L’une des caractéristiques particulières est « l’anti-extrémisme » qui s’est manifesté à travers des dispositions aussi singulières que les Offices pour la protection de la Constitution, le seuil de cinq pour cent pour entrer à la Diète fédérale et à la Diète régionale, et la possibilité d’interdire des partis politiques.

Pendant de nombreuses années, le slogan suivant a été martelé : « Bonn » ne doit pas devenir comme « Weimar ». À cause de sa réserve sur le plan de la politique extérieure et militaire, et de sa force d’exportation, la République fédérale d’Allemagne était perçue à l’étranger comme un géant économique et un nain politique ; elle figurait aussi parmi les pionniers déclarés de l’unification européenne. Le souhait de voir l’Allemagne reprendre des responsabilités au niveau mondial, dont des interventions militaires, n’est apparu que récemment.

Une société civile ouverte

Depuis les années soixante surtout, suite à une vaste démocratisation, l’héritage de l’État autoritaire a été remplacé par une société civile ouverte, avide de participer. Ceci reposait en particulier sur le succès de la monnaie et de l’économie allemandes. « L’économie sociale de marché » contraste avec d’autres ordres capitalistes ; on parle de « capitalisme rhénan » dans lequel des groupements d’intérêts organisés et des partenaires sociaux autonomes jouent un rôle spécifique et où la tendance au consensus est forte. La séparation des pouvoirs et l’assurance d’une paix sociale par la représentation proportionnelle différencient la culture politique allemande des démocraties majoritaires comme les États-Unis et la Grande Bretagne. La communication politique, longtemps façonnée par les médias régis par le droit public, est aussi organisée de cette manière.

À la différence du bipartisme anglo-américain avec des élections selon le mode majoritaire, la majorité absolue est très peu répandue en République fédérale d’Allemagne ; on trouve couramment un gouvernement de coalition entre deux partis et plus, depuis le niveau communal jusqu’au niveau fédéral. En raison de son influence importante, l’Allemagne est considérée à juste titre comme une démocratie de partis. Après 1949, les forces radicales au niveau ethnique, religieux et idéologique n’avaient aucune chance ; le système politique est en effet orienté au centre, la légitimité et le soutien politique étant comparativement élevés. Deux grands partis populaires, le CDU/CSU et le SPD, dominent ; sinon, seuls les libéraux (FDP) et les VERTS nés du mouvement écologique ont pu s’établir au niveau national, en plus du PDS comme parti régional est-allemand. Ceci reflète les difficultés à surmonter quatre décennies de division allemande.

Le Président de la République fédérale d’Allemagne et la Cour constitutionnelle fédérale jouissent de la plus grande estime, tandis que la réputation des partis et du Parlement a fortement baissé ces derniers temps. Parce que les Chanceliers fédéraux depuis Konrad Adenauer jusqu’à Angela Merkel ont toujours eu une importance particulière enracinée dans la Constitution, on parle de démocratie du chancelier. Elle se distingue à la fois du parlementarisme classique et des démocraties présidentielles de l’Est et de l’Ouest. L’Allemagne est caractérisée en particulier par l’autonomie administrative des communes et l’indépendance des Länder dans la démocratie fédérale.