Société incivile - discussions entre artistes

Triangular Stories © Henrike Naumann

Mer, 28.04.2021

goethe.de/youtube

Henrike Naumann et Christina Varvia (Forensic Architecture)

Malheureusement, l'événement doit être reporté. Elle aura lieu à une date ultérieure.


Cette discussion réunit deux positions issues des arts visuels qui toutes deux accordent une place essentielle au travail de documentation et de recherche mais n’en développent pas moins chacune des travaux formellement très différents.

L’artiste plasticienne Henrike Naumann est née à Zwickau – ville où le groupe terroriste NSU a vécu caché pendant plusieurs années. Depuis la découverte du NSU en 2011, elle poursuit un travail de recherche à partir de meubles et autres objets domestiques, qui interroge la manière dont les convictions politiques peuvent se traduire dans les goûts personnels et l’esthétique du quotidien. Dans des installations immersives, telles que 14 Words ou Triangular Stories, elle reconstitue l’aménagement et la décoration d’appartements de membres de la subculture néonazie. En mettant en lumière la sphère des objets domestiques dans ce qu’elle a de très quotidien et prégnant à la fois, ces installations donnent aux visiteur·ices accès à certains aspects de la subjectivité néonazie.

Le groupe de recherche londonien Forensic Architecture a reconstitué, pour le besoin de ses recherches, le cybercafé de la ville de Cassel dans lequel son propriétaire, Halit Yozgat, fut tué par balle par le NSU. Une analyse du déroulement des faits dans cette reproduction des lieux du crime a permis de mettre en doute les déclarations du collaborateur des services de renseignements allemands Andreas Temme, qui affirmait ne plus être sur les lieux à l’heure du crime. Les résultats de cette reconstitution ont étés rassemblés dans la vidéo The Murder of Halit Yozgat: 77sqm_9:26min, présentée à la 14e Documenta de Cassel.

Le débat sera animé par le journaliste Matthias Dell.
 

Les invité·es :

L’artiste Henrike Naumann cherche à aborder des problèmes sociaux et politiques par le biais du design et des esthétiques domestiques, afin d’explorer les relations entre des opinions politiques contraires et leurs traductions dans le goût et les esthétiques du quotidien. Ses installations immersives faites de meubles et d’objets, dans lesquelles elle intègre des travaux vidéo et sonores, ont une forte dimension scénographique. Ayant grandi en (ex-)Allemagne de l’Est dans les années 1990, Henrike Naumann a fait l’expérience d’un milieu social où la subculture majoritaire chez les jeunes était l’idéologie d‘extrême droite. Sa pratique s’attache à rendre visibles les mécanismes de la radicalisation dans leur relation avec l’expérience individuelle.

Forensic Architecture (FA) est une agence de recherche basée à la Goldsmiths, University of London, et spécialisée dans l’enquête sur les violations des droits de l’homme – en particulier celles émanant des États, des forces de police, de l’armée et d’entreprises. Travaillant en collaboration avec des institutions de l’ensemble du spectre de la société civile – des activistes de base et collectifs d’avocats, jusqu’aux ONG internationales et aux institutions médiatiques – le but de l’agence et de mener des enquêtes avec et au nom d’individus et de communautés victimes de conflits armés, de crimes, de violences policières, de la protection des frontières ou encore de violences climatiques. Les enquêtes et analyses de l’agence s’appuient sur l’utilisation des dernières avancées technologiques, notamment l’analyse spatiale et architecturale, la modélisation numérique et autres technologies immersives open source, mais aussi sur la recherche documentaire, sur des méthodes d’interview et sur la collaboration avec des universitaires. Christina Varvia a dirigé pour FA l’enquête sur le meurtre de Halit Yozgat.

Matthias Dell est critique de cinéma, de théâtre et des médias. Il collabore notamment avec Deutschlandradio, Zeit-Online, Cargo, epd Film, Spiegel.de, FAS. Il est l’auteur des livres 'Herrlich inkorrekt'. Die Thiel-Boerne-Tatorte (2012), Über Thomas Heise (2014), et Duisburg-Düsterburg. Werner Ruzicka im Gespräch (2018).


 

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