SECOND LIFE - D’ART ET DE ROUILLE

  • Second Life 1 @ Goethe-Institut (Francois d'Assise Ouédraogo)
  • Second Life 2 @ Goethe-Institut (Francois d'Assise Ouédraogo)
  • Second Life 3 @ Goethe-Institut (Francois d'Assise Ouédraogo)
  • Second Life 4 @ Goethe-Institut (Francois d'Assise Ouédraogo)
  • Second Life 5 @ Goethe-Institut (Francois d'Assise Ouédraogo)
  • Second Life 6 @ Goethe-Institut (Francois d'Assise Ouédraogo)
  • Second Life 7 @ Goethe-Institut (Francois d'Assise Ouédraogo)
  • Second Life 8 @ Goethe-Institut (Francois d'Assise Ouédraogo)
  • Second Life 9 @ Goethe-Institut (Francois d'Assise Ouédraogo)
  • Second Life 10 @ Goethe-Institut (Francois d'Assise Ouédraogo)
  • Second Life 11 @ Goethe-Institut (Francois d'Assise Ouédraogo)
  • Second Life 12 @ Goethe-Institut (Francois d'Assise Ouédraogo)
  • Second Life 13 @ Goethe-Institut (Francois d'Assise Ouédraogo)

Le Kunstraum 226, la salle d’exposition de l’Institut Goethe de Ouagadougou a accueilli en juin 2019 une exposition photos de Henri Thierry. Le photographe expose des clichés qui sont comme des toiles peintes. Des captures de l’action de la rouille sur des surfaces métalliques. Et surprise ! on y découvre des images inattendues oscillant entre l’abstrait et le figuratif dans une pétulance de couleurs et de formes. Une féérie chromatique pleine de poésie.

Comment ne pas penser à Charles Baudelaire dès qu’on pénètre dans la salle d’expo et qu’on se confronte à ces photos et à la frustration du créateur exprimée dans un vers du poème « le Guignon » dans les Fleurs du mal : « Bien qu’on ait du cœur à l’ouvrage/ l’Art est long et le Temps est court ».  On se dit que Henri Thierry a résolu le dilemme baudelairien en confiant au Temps le soin de créer l’œuvre et au photographe l’art de révéler celle-ci. Au temps de Baudelaire, la photographie était au portrait et son ami Nadar songeait plus à rendre dans les portraits qu’il faisait de Baudelaire, la psychologie du poète que l’usure du temps sur le visage fatigué du poète.

En quoi consiste la poétique de Henri Thierry ? A traquer l’œuvre du temps qui se manifeste par l’oxydation sur le métal. Grâce à la photographie, il réussit à sublimer cette œuvre du temps. Dans ce travail de destruction du métal, il y a en même temps un travail de métamorphose, le temps y dessine des formes, dépose sa palette riche de couleurs et de nuances. L’œil du photographe cherche sur l’objet rouillé, ces chefs-d’œuvre du temps et par le grossissement que permet l’appareil, nous les restitue. D’où le titre de Second Life, pour signifier qu’après la première vie de l’objet, le Temps qui « mange la vie » selon Charles Baudelaire, donne ici une autre vie, plus belle sans doute, à l’objet.

Devant chaque toile, le spectateur est comme aspiré, embarqué dans un voyage où son imagination invente l’itinéraire et les récits. Comme devant ce décor bleu où l’imagination voit des personnages longilignes portant des tuniques ocres, les têtes dans une auréole d’or et pris dans une sorte de sarabande. Un peu comme un prélude à La Danse de Henri Matisse.  Ou cette image où une grande nappe de blanc occupe une grande partie de la photo avec quelques lignes noires. Cette image, l’esprit peut associer à une crème au chocolat ou à de la neige avec des griffures d’ocre telles des empreintes du vivant sur le manteau antarctique.

La plupart des photographies de cette expo sont des embrayeurs de l’imagination. On peut donc dire avec ces photographies qu’elles sont cosa mentale, c’est-à-dire chose mentale, fonction que Leonard de Vinci attribuait à la peinture.

Pour tous les amoureux de l’art et particulièrement pour les photographes, ce travail de Henri Thierry vaut le détour. Car elle démontre que la photographie peut se départir du réel pour emprunter les chemins de l’abstraction et de la poésie.