Art numérique et mondialisation Un nomadisme fréquent

Hartware MedienKunstVerein „World of Matter”, ingénieure en génie électrique et opératrice de gros engins, dans le garage d’une mine de fer d’une multinationale à Minas Gerais (Brésil)
Hartware MedienKunstVerein „World of Matter”, ingénieure en génie électrique et opératrice de gros engins, dans le garage d’une mine de fer d’une multinationale à Minas Gerais (Brésil) | © Mabe Bethonico

L’art médiatique se plaît à expérimenter les technologies de communication contemporaines. Celles-ci facilitent non seulement la mise en réseau internationale des milieux économiques, mais aussi de celles et ceux qui abordent le néolibéralisme et la mondialisation d’un point de vue artistique critique.

Un milieu en mouvement

Les artistes en arts médiatiques pratiquent souvent le nomadisme, leur mobilité ne se limitant pas uniquement au virtuel. Ils quittent leur pays pour étudier dans des universités spécialisées dans les médias, l’art et les technologies – des établissements basés jusqu’ici encore majoritairement en Europe et aux États-Unis. L’Institut de Technologie du Massachussets [MIT, Massachussets Institute of Technology], le California Institute of the Arts [CalArts], Goldsmith en Angleterre, l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Amsterdam aux Pays-Bas ou l’École supérieure des arts et des médias [KHM, Kunsthochschule für Medien] de Cologne, l’Université du Bauhaus [Bauhaus-Universität] à Weimar, l’Université des arts [UDK, Universität der Künste] de Berlin, l’École nationale supérieure pour la conception formelle [staatliche Hochschule für Gestaltung] à Karlsruhe ou encore l’Université d’arts et de design [Hochschule für Gestaltung] d‘Offenbach am Main, en sont quelques exemples.
„global aCtIVISm“ ZKM „global aCtIVISm“ ZKM | © Museum für Neue Kunst, „2.0/b.a.n.g. lab Transborder Immigrant Tool“, 2007 Les premiers contacts et réseaux internationaux s’établissent souvent dès la période des études. Ce qui motive surtout le « nomadisme » des artistes en arts médiatiques réside sans doute dans les potentialités de projets et d’emplois. Outre-Rhin, des jobs temporaires sont proposés par des bourses internationales, comme celle de l’Office allemand d’échanges universitaires [DAAD]. De plus, des récompenses telles le Nam June Paik Award, le prix de l‘Edith-Russ-Haus pour la promotion de la relève dans l’art médiatique ou les bourses de l‘Akademie Schloss Solitude ou de l‘European Media Artists in Residence Exchange (EMARE), supportent la formidable mobilité des acteurs de l’art médiatique mondial. Les portails Internet, „Trans Artists“ et „On The Move“ gewinnt man einen guten Überblick donnent un bon aperçu des bourses et incitations au voyage disponibles à l’échelle internationale.

De même, les structures de promotion de l’Union européenne soutiennent la mobilité des artistes. Elles encouragent les coopérations d’organismes culturels interpays, voire les déterminent. Pour le programme de soutien culturel et médiatique Creative Europe, il faut généralement que trois institutions culturelles européennes minimum entrent en collaboration. Il existe même des secteurs de promotion spécifiques pour les plates-formes et réseaux. Le dialogue interculturel, l’intégration des réseaux sociaux numériques et la mobilité des protagonistes font figure ici de critères non négligeables.

Peu de divergences culturelles

„global aCtIVISm“ ZKM „global aCtIVISm“ ZKM | Museum für Neue Kunst, „Na Faixa“ Photo : Baixcentro, avec l’aimable autorisation de : Baixcentro D’une part, les bourses étrangères sont souvent le sésame des échanges interculturels, l’accès à de coûteux moyens de production technique et l’opportunité de se consacrer à un projet. Mais elles ont d’autre part leurs inconvénients. Car la mobilité compte aujourd’hui parmi les conditions fondamentales d’une carrière pour laquelle l’artiste doit fréquemment laisser derrière lui famille et amis. La formation occidentale et l’utilisation des mêmes technologies dans le monde entier entraînent par ailleurs l’assimilation de l’esthétique et des stratégies. Les arts plastiques peuvent se caractériser par des traditions anciennes développées au fil des siècles, avec des connotations régionales ou nationales. De même, la littérature, le théâtre et le cinéma se dissocient par des modèles de narration et des codes culturels. Mais ces divergences culturelles font défaut à la forme d’art la plus récente qu’est l’art médiatique – des exceptions qui confirment la règle.

L’art médiatique au-delà des limites

„Generation i.2 - Ästhetik des Digitalen im 21. Jahrhundert“ Gabriel Mascaro, My Free Time, 2013 „Generation i.2 - Ästhetik des Digitalen im 21. Jahrhundert“ Gabriel Mascaro, My Free Time, 2013 | © Gabriel Mascaro Les artistes des zones australes et orientales s’inspirent volontiers des sources de conflit régionales. ; à l’image du collectif indonésien HONF [House of Natural Fiber Foundation], -inspiré par le mouvement national de protestation contre la réduction des subventions pour l’énergie, - dans son projet Micronation/Macronation sur la production alternative d’énergie et de nourriture. Ici, dépasser les limites et mêler science, technologie et art ne sont aucunement des stratégies régionales, mais ont été de tout temps des attributs des arts médiatiques. Les critères géographiques se distinguent essentiellement par l’accès aux moyens de production, comme la technologie et les ressources financières. Les pays émergents rattrapent actuellement leur retard. S’il est encore difficile d’y repérer des écoles et des styles nationaux, il vaudrait mieux parler de styles individuels et techniques spéciales de certains artistes en arts médiatiques et groupes.

Expositions

Ces dernières années, le phénomène de la culture et de l’art mondialisés a éveillé l’intérêt d’un grand nombre d’établissements culturels en Allemagne. La mondialisation est la thématique omniprésente de festivals comme la Transmediale à Berlin ou l‘European Media Ars Festival à Osnabrück. Dès 2003, l’artiste médiatique et commissaire de la Transmediale posait cette question critique dans le texte introductif de cette manifestation : « Dans quelle mesure l’art médiatique est-il mondial ? », pour constater que « les artistes ont tout à fait conscience de la mondialisation et de ses répercussions économiques, sociales et culturelles, et qu’ils prennent position sur le sujet par leur production artistique. »

En conséquence, l’Edith-Ruth-Haus d’Oldenburg a choisi d’emblée pour l’exposition 2014 Génération i.2 – Esthétique du numérique au 21è siècle la thèse selon laquelle l’interconnexion internationale crée de nouvelles tendances esthétiques mondiales, et que le Hartware MedienKunstVerein de Dortmund, dans son exposition World of Matter 2014, soumet l’exploitation des ressources mondiales à un examen critique. 

En 2009, l’internationalisation des formes de résistance en Europe et en Amérique du Sud fut la thématique de l‘expo Pratiques subversives – l’art sous la répression politique du Württembergischer Kunstverein. On pouvait y voir notamment la vidéo Marca Registrada dans laquelle Leticia Parente, pionnière brésilienne en art vidéo, se coud sous le pied la marque "Brasil" pour protester contre la junte militaire alors au pouvoir. 

Le Centre pour l’art et les médias [ZKM, Zentrum für Kunst und Medientechnologie] de Karlsruhe se penche également sur la résistance créative mondiale. Global aCtIVISm compose la première partie d’une exposition-marathon de 300 jours sur la pratique artistique mondiale. Les artistes médiatiques parcourent le monde et tissent entre eux des réseaux. Si leur art est donc forcément un miroir de la mondialisation, il en fait aussi toujours partie.
 

Expositions

« Génération i.2 – Esthétique du numérique au 21è siècle », Edith-Russ-Haus Oldenburg, 15 novembre 2013 au 16 février 2014

« World of Matter », Hartware Medienkunst-Verein Dortmund, 1er mars au 22 juin 2014

« global aCtIVISm », ZKM Karlsruhe, 14 décembre 2013 au 30 mars 2014