Move On Toronto
Media Arts Conference Recap

Scott Miller Berry, Images Festiva, Toronto; Heather Keung, Images Festival, Toronto; Peter Zorn, Werkleitz, Halle/Saale
Scott Miller Berry, Images Festiva, Toronto; Heather Keung, Images Festival, Toronto; Peter Zorn, Werkleitz, Halle/Saale | Photo : Goethe-Institut Toronto / Anne Lenhardt

"Move On" : il s’agit d’une vaste exposition sur les arts médiatiques qui s’est déroulée pendant deux ans sur trois continents. Elle a été mise sur pied par EMARE (European Media Art Residency Exchange) [résidence croisée sur les arts médiatiques en Europe], le Goethe-Institut ainsi que diverses institutions dans le domaine des arts partout dans le monde. Au terme du programme de résidences d’artistes, l’heure des bilans avait sonné; aussi le Goethe-Institut Toronto a-t-il organisé, en septembre dernier, un symposium international sur les arts médiatiques en marge de la 22e édition de Visible Evidence, un rendez-vous international sur les médias documentaires. Pendant un après-midi, des artistes venus des quatre coins du monde, des commissaires et des diffuseurs ont fait le point sur les résidences multinationales et réfléchi à leur expérience dans le cadre de Move On.

Cette exposition, créée par l’European Media Art Network [réseau européen pour les arts multimédias] en collaboration avec le Goethe-Institut et des partenaires en Australie et au Canada, a été financée par la Commission européenne pour la culture. C’est ainsi que 19 artistes en résidence ont réalisé de nouveaux projets en 2014-2015 dans les pays suivants : Allemagne, Angleterre, Australie, Canada, France et les Pays-Bas. De plus, Mike Stubbs, directeur de la Foundation for Art and Creative Technology, FACT Liverpool, a parlé de ce qu’il a retenu du rendez-vous à Toronto.

En réunissant des participants au programme EMARE (European Media Art Residency Exchange) de cette année, l’événement leur a donné l’occasion de faire connaître au public les tribulations des résidences d’artistes internationales en général et de souligner en particulier le franc succès du programme EMARE.

Peter Zorn a parlé de la genèse et de l’intention de son élan initial, il y a 20 ans. Il a mis en lumière le besoin qu’avait la Werkleitz  Gesellschaft, isolée en Saxe-Anhalt, d’entrer en contact avec d’autres organisations internationales et aussi des artistes travaillant avec les images animées et la technologie.

À ses débuts, la Werkleitz Gesellschaft se démarquait par la pratique du canapé d’hôte, les soirées animées et le techno positivisme. Il est évident que la détermination, l’engagement et la confiance entre les partenaires ont assuré la pérennité et la croissance de l’organisation, même lorsque les fonds étaient rares, voire absents. Sa réputation s’est faite de bouche à oreille, confirmant l’intérêt et le besoin des artistes d’avoir de nouvelles possibilités. L’un des premiers partenariats entre la Werkleitz et Hull Time Based Arts de Rotterdam a vu le jour grâce aux connexions haute vitesse (ISDN) et à l’arrivée du montage non linéaire. Une excellente collaboration s’est développée par un réseau fiable qui évoluait de façon soutenue vers une structure comportant des critères, des lignes directrices et des normes de qualité. C’est ainsi que la Werkleitz est devenue l’un des programmes de résidence croisée à l’échelle internationale qui existent depuis le plus longtemps : son réseau s’étend dans plusieurs pays et a permis d’accueillir au-delà de 150 artistes au total.

Au cours de sa présentation, Peter a décrit le flot d’organisations qui sont entrées et sorties du programme selon leurs moyens, et aussi l’établissement de partenariats avec des organisations non européennes depuis quelques années. Cette expansion, rendue possible grâce au soutien de l’Union européenne, englobe désormais le Centro Multimedia del Centro Nacional de las Artes (CMM) de la ville de Mexico, Experimenta Media Arts à Melbourne, Oboro à Montréal ainsi qu’Images Festival à Toronto.

Heather Keung, la nouvelle directrice de l’Images, Festival de Toronto, a soulevé d’importantes questions sur la manière d’aborder la responsabilité et le devoir de diligence envers les artistes étrangers parfois plus jeunes qui viennent passer deux mois dans une ville hôte. Qu’est-ce qu’un bon hôte? Comment peut-on rapidement intégrer des artistes à une scène culturelle, même si on sait qu’ils établissent naturellement des liens dans la communauté? On a également exprimé de la prudence dans l’évaluation des impacts qu’ont les résidences sur nos propres organisations et notre personnel, en particulier sur les organisations composées de plus petites équipes. Et que se passe-t-il lorsque les choses tournent mal? On a découvert, d’une part, la possibilité incroyable de coproduire et de commander du travail à de nouveaux artistes et, d’autre part, l’internationalité que cette façon de faire apporte.

Daniel Cockburn a livré un témoignage intéressant : alors qu’il était résident avec le festival Impact à Utrecht, des événements dans sa vie personnelle ont influencé son besoin de vivre une expérience plus solitaire. Les gens du festival ont été réceptifs à sa situation. Mathias Jud a présenté le nouveau projet qu’il a réalisé en résidence à la Queensland University of Technology (QUT), à Brisbane, avec son collaborateur Christopher Wachtler, un projet dont plusieurs aspects ont d’ailleurs posé un défi pour l’hôte, sur les plans tant techniques que politiques. Mathias a raconté qu’il a dû négocier avec les autorités australiennes en matière de migration afin de pouvoir entrer dans les centres de détention (BITA, à l’extérieur de Brisbane). Cette étape faisait partie d’un processus visant à établir des liens avec les détenus qui, en retour, allaient être connectés en temps réel aux visiteurs venus voir son exposition au Block at QUT.

Ce projet exceptionnel semble avoir littéralement captivé l’imagination du public par le fait qu’il pouvait entendre les détenus grâce à la téléphonie. L’art devient ici tant un processus qu’un produit : pour réaliser le travail, il aura fallu se familiariser avec des protocoles et un certain nombre de lois fondamentales (voire cachées) permettant aux détenus de recevoir des visiteurs.

On ne peut s’empêcher de tracer un parallèle avec le sort des réfugiés en attente d’un droit de résidence et dont la situation se reflète dans les mouvements actuels de masse formés de migrants fuyant des zones de guerre. Ces événements dans le monde réel mettent en évidence la véritable valeur des artistes qui sont des pionniers des échanges culturels et le besoin croissant d’un monde sans frontières.

La valeur fondamentale des résidences croisées repose sur la mobilité, l’acceptation des autres, apprendre à être un bon hôte et, réciproquement, un bon invité. Ainsi se créent des contextes pour que les artistes puissent courir des risques et pour que nous puissions nous souvenir du formidable programme qui permet aux participants de produire hors de leurs communautés et de leurs milieux habituels.
 

Les projets réalisés dans le cadre des résidences ont été présentés à Halle, en Allemagne, au festival Move On qui s’est tenu du 9 au 11 octobre. Le public a pu assister à un spectacle d’ensemble des projets Move On et à un congrès de clôture. Mike Stubbs est le directeur du FACT Liverpool (partenaire actuel au sein d’EMARE); en tant qu’artiste et commissaire, il a participé à quelques-uns des premiers programmes de résidence croisée organisés entre la Werkleitz et Hull Time Based Arts de Rotterdam.