Michael Buthe « Mon Marrakech intérieur »

Michael Buthe | Musée du Echnaton | Sonnenraum 1976, Foto: Friedrich Rosenstiel
Michael Buthe | Musée du Echnaton | Sonnenraum 1976, Foto: Friedrich Rosenstiel | © VG Bild-Kunst, Bonn, 2016

Prince arabe, magicien, maître de cérémonie et voyageur entre les mondes : Michael Buthe (1944–1994) fait partie des personnalités les plus flamboyantes de la scène artistique allemande. En tant que participant à l’exposition légendaire d’Harald Szeemann « When Attitudes Become Form » dans la Kunsthalle de Berne (1969) et aux Mythologies Individuelles des Dokumenta 5 (1972), il appartient à une génération d’artistes qui s’est tournée vers des mondes mythiques et d’autres cultures dans le cadre de l’extension du concept d’art. La Münchener Haus der Kunst consacre une rétrospective à Michael Buthe et expose des œuvres de 1960 à 1994.

« Il y a quelques siècles, une rencontre extraordinaire eu lieu à Samarcande, où régnait un roi sage qui favorisait les arts à sa cour avec générosité et bienveillance… », écrit Buthe dans son Hommage an einen Prinzen aus Samarkand (hommage à un prince de Samarcande) en 1977. Cet univers féérique correspond à l’installation du même nom, dans laquelle on entre comme dans une salle au trésor des Mille et Une Nuits : un intérieur parfumé et rougeoyant composé de lourdes étoffes, d’objets en plumes et scintillants et d’un disque solaire doré posé là.

Voyageur entre les mondes

L’œuvre de Michael Buthe crée une atmosphère narrative vitale, dans laquelle les couleurs, signes et objets trouvés appartenant au quotidien de cultures familières et étrangères sont arrangés pour former des symboles mythiques et des univers ludiques. Couleurs, signes et formes nous emportent dans le monde de « Michel de la Sainte Beauté », comme Buthe se nommait lui-même, lui qui aimait de temps à autres faire des apparitions excentriques recouvert de plumes. À partir des années 1970, il a vécu entre Cologne et Marrakech et a été perçu, tout comme son contemporain Joseph Beuys, comme un voyageur entre les mondes. Dans l’exposition munichoise de l’Haus der Kunst également, les images faites d’étoffes, les dessins, les assemblages et les installations incitent au voyage, à s’ouvrir à son Orient intérieur – où l’univers des désirs de l’artiste s’offre comme espace de jeu.
 
  • Michael Buthe | Landschaft (Spanische Energie) | 1985 | Courtesy Alexander and Bonin, New York | Foto: Jörg Lohse © VG Bild-Kunst, Bonn, 2016
    Michael Buthe | Landschaft (Spanische Energie) | 1985 | Courtesy Alexander and Bonin, New York | Foto: Jörg Lohse
  • Michael Buthe | Ohne Titel 1979 | Persische Pferdedeckte bemalt mit kleinem Wachsbild | Foto: Friedrich Rosenstiel © VG Bild-Kunst, Bonn, 2016
    Michael Buthe | Ohne Titel 1979 | Persische Pferdedeckte bemalt mit kleinem Wachsbild | Foto: Friedrich Rosenstiel
  • Michael Buthe | Die Heilige Nacht der Jungfräulichkeit 1992 | Foto: Maximilian Geuter © VG Bild-Kunst, Bonn, 2016
    Michael Buthe | Die Heilige Nacht der Jungfräulichkeit 1992 | Foto: Maximilian Geuter
  • Michael Buthe | Installationsansicht Haus der Kunst 2016 | Photo: Maximilian Geuter © VG Bild-Kunst, Bonn, 2016
    Michael Buthe | Installationsansicht Haus der Kunst 2016 | Photo: Maximilian Geuter
  • Michael Buthe | Taufkapelle mit Papa und Mama | 1984 | Installationsansicht Haus der Kunst | Foto: Maximilian Geuter © VG Bild-Kunst, Bonn, 2016
    Michael Buthe | Taufkapelle mit Papa und Mama 1984 | Foto: Maximilian Geuter
  • Michael Buthe | My Love to Etienne 1969 | Photo: Andri Stadler © Pro Litteris, Zürich © VG Bild-Kunst, Bonn 2016
    Michael Buthe | My Love to Etienne 1969 | Photo: Andri Stadler
  • Michael Buthe | Installation view Haus der Kunst | Photo: Maximilian Geuter © VG Bild-Kunst, Bonn, 2016
    Michael Buthe | Installation view Haus der Kunst | Photo: Maximilian Geuter
  • Michael Buthe | Installation view Haus der Kunst | Photo: Maximilian Geuter © VG Bild-Kunst, Bonn, 2016
    Michael Buthe |Installation view Haus der Kunst | Photo: Maximilian Geuter

Au centre de l’installation Taufkapelle mit Mama und Papa (baptistère avec papa et maman), que Buthe a créée en 1984 pour son exposition Inch Allah au musée Stedelijk de Gand, se trouve un large parallélépipède rectangle recouvert de cire. Une couleur dorée liquide en recouvre – comme dans les fonts baptismaux – la surface. Un espace ouvert et séparé par des paravents, des cartons et des objets du quotidien peints dans des couleurs expressives a été tracé tout autour. Espace rituel, religieux mais aussi espace de jeu improvisé où des objets sont restés, vestiges d’un acte. Dans tous les cas, l’installation dégage une impression de dynamisme et d’improvisation qui laisse l’observateur libre. Beaucoup d’œuvres de Buthe sont conçues d’un point de vue dynamique, sont les reliques de ses installations ou rituels ou ont été développées sur plusieurs années. Par exemple le travail Boulli Africaa : un arrangement très varié d’objets venus du continent africain qui a eu pour point de départ une paire de chaussures qu’un ami du Sénégal avait offerte à Buthe.

Lieux de nostalgie et espaces de jeu de l’Orient

Devant le langage visuel parfois exubérant, souvent contemplatif et méditatif et toujours exotique de l‘artiste, se pose la question du traitement de l’« Orient » dans l’œuvre de Buthe. Le spécialiste en littérature américain Edward Said a critiqué l’Orient comme une construction issue de l’imaginaire occidental et de stratégies défensives. Une magie artistique défensive qui s’oppose à un quotidien occidental perçu comme rationnel et violent constitue en effet un thème chez Michael Buthe, mais autant les mises en scène orientales de sa personne que l’intensité de ses procédés picturaux soulignent que Buthe comprend l’étranger comme faisant partie de sa propre position. Il en va de même pour les rituels, signes et étoiles hautement personnels avec lesquels Michael Buthe construit et peint sa cosmologie. Cette cosmologie n’est pas seulement exotique, elle représente aussi un système de valeurs dans lequel spiritualité, jeu et le contact avec l’imprévisible sont considérés comme des potentiels de l’humain.

Exploration de son être propre

La dernière grande installation de Buthe laisse clairement entendre qu’il s’agit pour lui avant tout d’explorer et de sonder son être propre. Les 14 plaques de cuivre de Die Heilige Nacht der Jungfräulichkeit (la nuit de Noël de la virginité) font apparaitre l’homme comme un être mystérieux, pris entre « l’instant précédant la naissance et l’instant suivant l’extinction de la lumière ». Buthe apparait ici clairement comme un artiste préoccupé par la spiritualité et le religieux – au-delà de toute attitude exotique. Ces expériences se rattachent aux voyages de l’artiste au cœur d‘un Marrakech aussi bien intérieur que réel. .
 
L’exposition de Michael Buthe se déroulait du 8 juillet au 20 novembre 2016 à l’Haus der Kunst. En parallèle, des peintures, objets et collages étaient exposés à la collection Goetz du 9 juillet au 3 décembre 2016.