Initiative « Pulse of Europe » La politique, c’est ce que vous en faites

“Pulse of Europe” founder Daniel Röder at one of the demonstrations for Europe, surrounded by blue balloons and flags in Frankfurt am Main
Photo (detail): © Tim Wegner

Depuis plusieurs mois, des dizaines de milliers de personnes manifestent en Allemagne en faveur de l’Europe, lors de rassemblements comme « Pulse of Europe » par exemple. Le message qu’elles souhaitent transmettre est le suivant : pour nous, citoyens, l’Europe a de l’importance.

Chaque dimanche depuis des mois, des dizaines de milliers de personnes descendent dans les rues en Allemagne. La particularité : elles manifestent en faveur de quelque chose, et non contre quelque chose. De plus, cette chose qu’elles défendent peut paraître relativement abstraite au premier abord, institutionnelle et éloignée : l’Union européenne (UE). Cependant les manifestants sont au rendez-vous, qu’il vente ou qu’il neige, ils brandissent des ballons bleus, forment des chaînes humaines et crient haut et fort dans un micro ce qu’ils aiment dans l’Europe. Leur mouvement s’intitule « Pulse of Europe ». Depuis longtemps maintenant, ce ne sont plus seulement des Allemands qui participent. En effet, depuis avril 2017, ils ont été rejoints par des citoyens de 120 villes dans 13 pays membres de l’UE. Pourquoi ?

Le fondateur du mouvement, le juriste Daniel Röder, originaire de Francfort, avait deux objectifs en tête lorsqu’à la fin 2016, il appela à la première manifestation. Premièrement, son épouse et lui étaient encore sous le choc de l’élection de Donald Trump en tant que président américain ; le Brexit était encore très frais dans leur esprit. Manifester pour l’Europe, cela devait les motiver, eux, mais d’autres également et renforcer le sentiment qu’ils n’étaient pas seuls. Ensuite, Röder souhaitait envoyer un message aux responsables politiques allemands et européens : pour nous, citoyens, l’Europe a de l’importance, ne cessez pas de vous battre – nous nous joignons à vous !

De 200 à 40 000 participants

Röder, âgé d’une quarantaine d’années, n’avait jamais participé à une autre manifestation auparavant et n’appartient à aucun parti. Toutefois, il voulait désormais s’engager en faveur de l’Europe au vu et au su de tous. Nombre des participants aux manifestations de « Pulse of Europe » ressentent la même chose. En particulier les plus jeunes. Quand on leur demande s’ils avaient déjà été actifs en politique auparavant, les réponses les plus fréquentes sont : « Non, mais aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, j’ai peur qu’une guerre éclate en Europe. » Ou bien : « Non, jusqu’à présent, ça me semblait normal que l’UE existe, mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. » Ou encore : « Non, mais j’ai peur que l’Europe éclate, et je veux faire quelque chose pour l’empêcher. »

En peu de temps, « Pulse of Europe » a pris une grande ampleur. Lors de la première manifestation, ils n’étaient encore que 200, à l’heure actuelle, ils sont plus de 40 000 chaque semaine. De nombreux participants apprécient le fait que le mouvement vienne des citoyens eux-mêmes, et qu’il n’émane d’aucun parti ni d’aucune institution. C’est donc plus facile pour eux d’y participer. En outre, le cadre détendu leur plaît également. Celui qui souhaite participer aux manifestations hebdomadaires est le bienvenu ; celui qui n’a pas le temps ne vient pas, tout simplement. Chacun peut suivre le mouvement et voir ce qu’il a manqué sur les réseaux sociaux grâce au hashtag #pulseofeurope. Et chacun sait qu’il ne doit pas régler les problèmes dans la rue, des problèmes qui existent en Europe également. Pour le moment, il ne peut qu’exprimer sa sympathie pour une Europe unie.

Voir le bon côté de l’Europe

Dans d’autres pays également, les jeunes ont ressenti le besoin de faire de même. À Londres, dix mille personnes sont descendues dans les rues en mars 2017 en signe de rejet du Brexit. Le mouvement « European Movement United Kingdom » n’a pas encore baissé les bras. Par ailleurs, la campagne pro-européenne « The European Movement », à laquelle participent entre autres les jeunes Européens de « Junge Europäische Bewegung » et « Stand Up for Europe », a appelé à des manifestations exceptionnelles avant les élections en France. Les participants partagent le même souhait : vivre dans une Europe dont l’histoire ne sera pas dictée par les nationalistes.

Le fondateur de « Pulse of Europe », Daniel Röder, est lui-même surpris du succès de son idée. Bien évidemment, dès le début il espérait qu’une « majorité jusqu’ici silencieuse » puisse se faire entendre ; toutefois, il est toujours surpris de voir qu’autant de personnes le suivent dans la rue. Il se réjouit d’entendre tant de gens lui dire ce que représentent pour eux ces manifestations. Surtout ce que ça représente de faire partie d’une grande communauté qui voit en cette Europe unie, au-delà de toutes les difficultés, ses bons côtés. Une communauté qui sort de l’ombre alors que les mouvements nationalistes perdent de leur éclat.

Dès le début, Röder souhaitait que ses manifestations continuent au moins jusqu’au deuxième tour des élections en France. Et ensuite ? Le pro-européen ne voulait simplement pas redevenir invisible. Depuis le 7 mai 2017, « Pulse of Europe » a adopté un nouveau rythme : les manifestations ne sont plus hebdomadaires, mais elles ont lieu tous les premiers dimanches du mois. Parce qu’après tout, même quand aucune élection n’est prévue, il y a toujours une raison de se battre pour l’Europe.
  • Christian Wilhelm, 37 ans, Berlin Foto (Ausschnitt): © Friederike Haupt
    Christian Wilhelm, 37 ans, Berlin

    « En participant à « Pulse of Europe », je souhaite montrer que je suis en faveur de l’Europe. Même au quotidien ! C’est pourquoi j’ai acheté ce pull « Europe » à Kreuzberg. Je pense que c’est une bonne chose que l’Allemagne fasse partie de l’Europe ; ensemble, nous sommes bien plus forts que si nous étions seuls. L’Europe représente une partie de mon identité, je l’ai remarqué lorsque j’ai fait mon service civil en Hongrie. La crise grecque m’avait particulièrement touché. Et aujourd’hui, je me préoccupe énormément du Brexit et des élections en France. »
  • Johann von Alversleben, 16 ans, Berlin Foto (Ausschnitt): © Friederike Haupt
    Johann von Alversleben, 16 ans, Berlin

    « Je suis en dixième à l’école où on vient justement de voir l’Union européenne. Mais en privé, je m’y intéresse aussi beaucoup ; chaque année, je me rends avec ma famille dans une grande ville européenne pour mieux connaître l’Europe. Nous étions à Londres il n’y a pas si longtemps. Je pense qu’il est extrêmement important aujourd’hui de brandir le drapeau européen pour contrer les nationalistes. Ils ne devraient pas décider de l’avenir de l’Europe. Pour l’Allemagne, c’est on ne peut plus important de rester dans l’UE. »
  • Johanna von Hellfeld (gauche) et Mia Schneemelcher, les deux 25 ans, Bonn Foto (Ausschnitt): © Friederike Haupt