Unabhängige Filmproduktion Des cinéastes allemands explorent de nouvelles avenues

„Love Steaks“ de Jakob Lass
„Love Steaks“ de Jakob Lass | Photo (extrait) : © Daredo, BeMovie

Du point de vue de nombreux cinéastes étrangers, les conditions de travail en Allemagne sont quasi paradisiaques; en effet un système d’aide et de financement très diversifié y appuie la création cinématographique. Malgré ce fait, de plus en plus de cinéastes choisissent délibérément de nouvelles avenues en marge des structures en place. Et cela non sans succès.

Exemple de projet indépendant : Love Steaks, un long métrage créé avec très peu de moyens par le réalisateur Jakob Lass à l’École supérieure du film et de la télévision de Potsdam. Sur la scène nationale et internationale, il a remporté de nombreux prix et s’est même classé - aux côtés de productions financées à coup de millions - parmi les films nominés pour le prix du film allemand. Cela a été rendu possible grâce à l’appui de nombreux commanditaires, mais aussi et surtout grâce aux idées du projet Fogma.

Fogma - dynamiser le potentiel collectif

Fogma, c’est un manifeste pour un cinéma indépendant dont s’est doté un groupe de cinéastes; et ce dernier s’y conforme rigoureusement pour la création de ses films. Leur plaidoyer en faveur de la liberté (« Fogma expérimente la liberté ») se double aussi d’une promesse de qualité (« Fogma ne permet pas le pseudo-professionnalisme »). Love Steaks a été tourné sans dialogues écrits mais avec une vision collective et un travail de mise en scène cohérent. Le mélange improvisation, documentation, fiction s’est fait dans des conditions normales de travail. « Après huit heures de tournage, on arrêtait”, nous ont expliqué les producteurs Ines Schiller et Golo Schultz. Fogma c’est faire des films, mais c’est aussi vivre ».

Les films mengamuk - un engagement féroce et passionné

À l’image de Fogma, Michel Balagué et Marcin Malaszczak de Mengamuk Films n’acceptent pas les recettes esthétique ou dramaturgique. « Nous voyons le film comme une forme d’art et un instrument de résistance esthétique. Nous recherchons la collaboration de créateurs qui, appartenant aux domaines du film et de l’art, souhaitent contribuer au développement de cette forme d’art novatrice, sont convaincus que l’art naît fondamentalement d’un esprit indépendant et qu’il doit s’engager avec force et passion », tel est le credo de Mengamuk Films.

Presque toutes les productions de Mengamuk ont jusqu’ici été réalisées en marge du système de financement du film allemand . Comment cela a-t-il été possible? « Nous ne sommes pas des coproducteurs qui s’assurent d’un financement dans leur propre pays; par contre, pour chaque film, nous nous engageons personnellement. En termes concrets, nous engageons nos compétences individuelles, nous avons par exemple nos propres postes de montage et pouvons nous-mêmes procéder à la correction des couleurs », commente Balagué. « Nous voulons créer un lieu qui permette de produire des films avec des infrastructures propres et en toute indépendance. Notre objectif, c’est d’être le plus flexible possible, ce qui n’exclut pas de demander éventuellement un financement officiel de l’Allemagne », ajoute Malaszczak.

Jusqu’ici des coproductions ont pu se réaliser avec des cinéastes de Belgique, de Jordanie ou de Pologne. Toutes ces productions ont reçu des distinctions, comme Sieniawka de Malaszczak (FID Marseille : Meilleur premier film, Prix du documentaire de Arte lors de la semaine du film à Duisburg). Les sommes d’argent reçues sont systématiquement partagées entre les partenaires et sont affectées aux projets à venir.

Distribution alternative et nouvelles avenues

Un des grands espoirs des cinéastes indépendants est d’accéder à de nouveaux réseaux de distribution, en particulier à l’Internet. Mais ce n’est pas toujours aussi facile. Pour la distribution de Love Steaks, qui, grâce à la collaboration de la maison de distribution en ligne Daredo, a pu se faire sans les complications bureaucratiques que suppose la participation des maisons de distribution et de la télévision, l’équipe Fogma avait mis au point une nouvelle idée. Ce concept prévoyait que par le biais de leurs pages Web, les 20 cinémas participants offrent le film en flux payant, parallèlement à son lancement en salle. Mais peu de temps avant le lancement, l’association des cinémas d’art et d’essai s’est opposée à ce modèle de diffusion.

Quelques cinéastes sont par ailleurs en quête de nouvelles formules qui permettraient au public de s’exprimer et de discuter. C’est ce cadre que Verena von Stackelberg, conceptrice et organisatrice indépendante de programmation cinématographique, aimerait créer à Berlin-Neukölln avec Wolf, son projet de cinéma interdisciplinaire. « Le cinéma doit quotidiennement instaurer une atmosphère de festival, il doit être un lieu recherché pour la communication; il doit se présenter avant tout comme un lieu de culture, comme un terrain d’échanges. Il doit amalgamer les habitudes culturelles du café, de l’exposition et du cinéma et offrir un lieu publique qui redonne tout son sens à la Art House » , nous dit Stackelberg.

Pour la première fois en juin 2014, Wolf a ouvert ses portes à l’occasion de la fête de quartier 48 Stunden Neukölln (48 heures Neukölln). Au programme : des ateliers et des présentations de films. En 2015 on prévoit la fin des travaux pour deux salles de cinéma numérique, un bar et un lieu d’exposition sur l’emplacement d’un ancien bordel berlinois et d’un snack; ce sera un « lieu d’accueil du cinéma, de l’art cinématographique, des réalisateurs et des cinéphiles ».

La combinaison abonnement plus distribution en flux n’inquiète pas Verena von Stackelberg. « On n’a pas encore essayé de fidéliser le public par cette combinaison. S’ouvrir à la curiosité du public, à l’indépendance du marché, aux autres formes d’art et aux nouveaux médias, voilà l’avenir du cinéma. »