Future Perfect Des patrouilleurs de macareux à Witless Bay

Macareux
© Colourbox/Hardyuno

Un couple d’Allemands ayant une maison de vacances à Witless Bay, Terre-Neuve, a mis en œuvre une initiative afin d’empêcher les macareux moines, les célèbres oiseaux de mer de la côte de l’Atlantique du Canada, d’échouer sur les rues côtières en raison de la pollution lumineuse. Peut-être sont-ils attirés par les lumières scintillantes de la ville? Après tout, il s’agit d’un attrait pour les jeunes partout dans le monde. Toutefois, dans le cas des jeunes macareux moines, cet attrait pour les lumières vives de la petite ville de Witless Bay sur la péninsule d’Avalon pourrait leur coûter la vie. 

Chaque année, des centaines de jeunes macareux provenant de sites de nidification tout près sur Gull Island, sont déroutés par les lumières de la ville lors de leurs premiers vols en solo et se posent sur terre à Witless Bay.
Aboutir à Witless Bay ou dans une ville voisine est une erreur de débutant – en effet, seuls les plus jeunes macareux à peine sortis de leur nid sont éblouis par les lumières.

Jürgen Schau Jürgen Schau | © CPAWS Au total, 260 000 paires d’oiseaux nichent à Gull Island, ainsi que sur deux autres îles voisines dans la réserve écologique de Witless Bay, nourrissant leurs petits de capelans qui sont venus pour frayer. Ces petits oiseaux de mer au bec de couleur vive font partie intégrante de l’économie du tourisme : les excursions en bateau font d’ailleurs le tour de ces îles pour observer les baleines et les macareux, et la région est parsemée d’images de macareux, entre autres sur les panneaux routiers. Il y a même un festival annuel du macareux moine à la fin de juillet.

Un danger pour les oiseaux

Malheureusement, les jeunes macareux perdus aboutissent souvent morts sur la route. En 2006, Jürgen et Elfie Schau, un couple d’Allemands dont la maison de vacances est située à Witless Bay, ont décidé d’agir. Jürgen, un réalisateur de film de Berlin, avait aperçu le corps de jeunes macareux moines dans les rues de la ville.
« Il a vu ces petites choses écrasées dans la rue, et il a commencé à questionner les habitants locaux qui lui ont répondu “bien, ce sont des macareux”. Il a donc pris l’initiative de les sauver lui-même, puis a fait appel à quelques familles du quartier, et ensemble, ils ont commencé à capturer les oiseaux et à les relâcher », explique Suzanne Dooley, codirectrice administrative de la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) de Terre-Neuve-et-Labrador. La Société s’est associée à Schau en 2011 afin de gérer ce qui est devenu la Patrouille de sauvetage des macareux. « Jusqu’à maintenant, ils ont été assez généreux pour nous permettre d’utiliser leur garage comme quartier général, où nous hébergeons les oiseaux pour la nuit. Ensuite, Schau descend le matin pour nous décrire le processus. Sa présence et celle de sa femme sont très appréciées ».

« Je suis vraiment fier, car tout cela a Suzanne Dooley Suzanne Dooley | © Suzanne Dooley commencé par une intervention personnelle à petite échelle… c’est-à-dire moi-même et quatre enfants de mon quartier, et maintenant, il s’agit d’une organisation bien établie », indiquait Schau à CBC, après que la SNAP se soit engagée à l’initiative.
 
Aucun des quelque 2 000 macareux capturés, bagués et relâchés à Witless Bay et dans les villes voisines comme Tors Cove, Bay Bulls et Mobile n’est revenu. « Nous n’avons jamais trouvé de macareux bagués qui avaient échoué. Cela s’explique par le fait que les jeunes macareux qui quittent le nid pour la première fois utilisent la Lune et les étoiles pour s’orienter », explique Dooley. Les oiseaux âgés de 45 à 60 jours ne cherchent pas vraiment la terre – ils recherchent la mer libre. « Les macareux adultes ont plus d’expérience ».
 
Par nuit claire, les jeunes macareux moines s’orientent à l’aide de la lumière de la Lune et des étoiles. Par contre, lorsqu’il y a du brouillard ou de la brume, ils sont plus facilement distraits par les lumières vives sur la rive. Et sur la côte Est rocheuse d’Avalon, nommée aussi la rive sud, les vents du large sont souvent accompagnés de brouillard. Caleb Ryan, étudiant en écologie environnementale, est l’un des deux employés de la SNAP qui travaillent de nuit cet été pour préparer les bénévoles et les aider avec les oiseaux qu’ils ont capturés. Combien de jeunes macareux s’attend-il à voir? « C’est lorsque le temps est plutôt humide et brumeux que nous voyons les oiseaux – lorsque le ciel est dégagé, vous ne verrez pas autant de macareux. Mais cela varie vraiment, selon l’année, le nombre d’œufs éclos, et bien d’autres facteurs ».
 
Caleb Ryan Caleb Ryan | © Caleb Ryan La Patrouille de sauvetage des macareux est formée de bénévoles qui vont à la recherche de jeunes macareux moines échoués. L’an dernier, plus de 1 000 bénévoles participaient à l’initiative. « Bien des gens viennent nous aider, alors c’est formidable pour la communauté, affirme Ryan, cela attire les touristes, nous avons même du monde de St. John’s et des gens locaux aussi ». Les bénévoles se promènent dans les rues de la ville de 20 h 30 à 00 h 30, sept jours sur sept, dès le début d’août jusqu’à septembre, « au moment où les oiseaux cessent de venir », affirme Ryan.
 
Les jeunes macareux moines qui sont capturés sont ramenés au quartier général de la patrouille – cette année, ce sera la première fois qu’ils n’utiliseront pas le garage des Schau – où ils sont bagués et pesés, et tous les détails sur leur condition sont pris en note. « Nous remettons nos données à Environnement Canada et à toute personne désirant les connaître », indique Ryan. « De plus, nous localisons l’emplacement de tous les oiseaux, où les gens les ont trouvés, pour pouvoir repérer les zones à problème, et ce qui attire tous ces oiseaux ». Des échantillons sont également prélevés pour vérifier toute présence de l’influenza aviaire. 

Les oiseaux sont relâchés le lendemain matin. Mais à ce moment-là, les jeunes macareux sont devenus des célébrités. « Le week-end de Fête du travail l’an passé (2016), nous n’avions qu’un seul oiseau, je crois », affirme Dooley. « Je suis allée à la plage et j’ai dit “il y a un oiseau à relâcher”, et il y avait 35 personnes présentes qui attendaient mon arrivée avec cet unique oiseau ». En fait, le nombre varie. Le plus grand nombre d’oiseaux a été en 2014 alors que 414 macareux ont été bagués.
Trouver les oiseaux échoués ne représente que la moitié des efforts : comme l’expliquent Ryan et Dooley, le mieux serait de prévenir complètement les arrivées accidentelles.

Une solution de rechange à la pollution lumineuse 

« Avec un peu de chance, les oiseaux seront moins attirés par les lumières grâce à la grande participation de la communauté à l’adoption des mesures d’atténuation que nous avons essayé de mettre en œuvre au cours des trois à quatre dernières années », affirme Dooley. « Dans un monde parfait, aucun oiseau n’échouerait ». 
 
  • Gull Island, Witless Bay © Russell Wangersky
    Gull Island, Witless Bay
  • The bulk of the juvenile puffins are found in Witless Bay, the closest town to the Ecological reserve © Russell Wangersky
    The bulk of the juvenile puffins are found in Witless Bay, the closest town to the Ecological reserve
  • Birds are also found at Tor's Cove © Russell Wangersky
    Birds are also found at Tor's Cove
  • Capelins © Russell Wangersky
    Capelins
  • Tour boats, like this one in Bay Bulls, count puffins and whale-watching as their main attractions © Russell Wangersky
    Tour boats, like this one in Bay Bulls, count puffins and whale-watching as their main attractions

M. Dooley parle de l’éducation des résidents sur les types d’éclairage qui n’attireront pas les oiseaux.
« Nous allons directement frapper à la porte des gens dans les zones populaires c’est-à-dire les zones dangereuses, et nous disons “voici une solution de rechange pour vos lumières” », raconte Dooley. Les ampoules de lumière ambrée et les DEL n’attirent pas autant d’oiseaux; les lumières qui visent vers le bas aident aussi. Il existe déjà un guide sur l’éclairage adapté aux macareux et bientôt il y en aura un contenant des suggestions sur la construction de nouvelles maisons qui respectent les besoins des macareux moines.

« Nous donnons à ces oiseaux la meilleure chance de survie possible », affirme Dooley. Quant à Schau, il participe toujours aux activités. « C’est l’amoureux des macareux! », s’exclame Ryan.

Selon Dooley, qui a grandi à Witless Bay, Schau était au bon endroit au bon moment pour jeter un nouvel éclairage sur un vieux problème. « Les gens ne savaient pas vraiment quoi faire de ces oiseaux, ou n’arrivaient tout simplement pas à trouver une solution. Schau est arrivé et a dit « mais enfin, ce sont des oiseaux écrasés! ».

Et ainsi est née une patrouille de sauvetage de macareux.