Portrait Rimini Protokoll

Rimini Protokoll portrait
©: World Climate Conference: Benno Tobler; 100% Montreal: Sandra Then; Portrait: David von Becker; Breaking News & Herrmann’s Battle: Barbara Braun/ MuTphoto; Situation Rooms: Jörg Baumann / Ruhrtriennale 2013; Brain Project: Christian Bartsch/Dt. Schauspielhaus

Les membres du collectif Rimini Protokoll se sont connus dans les années 1990 lorsqu’ils étaient étudiants à l’Institut d’études théâtrales appliquées de l’Université de Gießen, une école « élite » de l’avant-garde théâtrale allemande.

Rimini Protokoll est composé de Helgard Haug, Stephan Kaegi et Daniel Wetzel, qui collaborent de différentes façons sous ce nom. Les trois travaillent régulièrement ensemble; Haug et Wetzel coopèrent souvent en tant que duo, et Stephan Kaegi travaille seul fréquemment, bien qu’il s’est aussi associé à Bernd Ernst dans le passé sous le nom d’Hygiene Heute.
Rimini Protokoll a fait ses premiers pas en théâtre expérimental, mais le collectif a été bienvenu sur des scènes municipales depuis le début de la décennie : durant la saison 2006-2007, il entreprenait déjà trois projets au Schauspielhaus Zurich.
Rimini Protokoll a en outre beaucoup travaillé à l’étranger au cours des dernières années, surtout sur des commissions du Goethe-Institut.

RIMINI PROTOKOLL : PORTRAIT

On ne peut définir le collectif théâtral/trio de réalisation au nom particulier de « Rimini Protokoll » sans utiliser les termes de la réalité et de la fiction. Rimini Protokoll s’inspire de la « vraie vie » pour aborder leurs thèmes. Chacun de leurs projets est conçu à partir d’une situation concrète dans un lieu précis sur la base d’une recherche exhaustive. Le groupe réalise toujours ses productions en collaboration avec des acteurs amateurs qui se jouent eux-mêmes. Haug, Wetzel et Kaegi préfèrent appeler ces acteurs – qu’ils trouvent lorsqu’ils mènent leurs recherches – des « spécialistes ».
 
C’est là où il devient difficile de séparer la réalité et la fiction, car le réel et l’imaginaire se transforment, s’influencent et se chevauchent : le public ne sait pas où commence et où se termine la réalité. Il n’est pas possible de savoir où tracer cette ligne et l’on ne cherche pas à le faire. Le collectif ne se livre toutefois pas seulement à des tours de passe-passe. En effet, cette ambiguïté confirme invariablement que la réalité n’est véritablement révélée que sur scène. Le théâtre de Rimini Protokoll ne crée pas d’opposition entre la scène et le public, mais intègre les deux sphères dans des configurations expérimentales en constante évolution. Ainsi, le collectif s’intéresse à la perception et à la connaissance du monde, en particulier à la connaissance des êtres humains. L’objectif est de briser le complexe que constitue notre réalité en le montrant sous toutes ses facettes afin de l’interroger. Rimini Protokoll applique cette méthode avec une remarquable subtilité et une curiosité audacieuse, et rassemble les gens et les idées dans des constellations qui sont toujours surprenantes. En conséquence, le collectif est devenu une figure de proue du mouvement documentaire qui a grandement influencé le théâtre allemand au cours des dernières années.
 
Après avoir terminé leurs études à Gießen et présenté leurs premières pièces sur la scène expérimentale, Rimini Protokoll pouvait remercier le président du Bundestag allemand, Wolfgang Thierse, pour leur célébrité soudaine. Sous le titre « Germany 2 », ils voulaient recréer la séance du Bundestag allemand qui avait eu lieu à l’étage du bâtiment du Reichstag à Berlin le 27 juin 2002 dans la chambre plénière abandonnée du Bundestag à Bonn. Les discours seraient prononcés par les personnes au nom desquelles le parlement avait délibéré, soit des citoyens ordinaires. Thierse a cependant refusé que l’événement ait lieu, citant comme raison la « dignité du parlement ». Cette réponse a déclenché une discussion sur la liberté de l’art, la relation entre la politique et l’art, et les limites de la fiction et de la réalité. Depuis lors, le public connaît le type de terrain sur lequel s’aventure Rimini Protokoll. L’événement a finalement eu lieu au Theater-Halle à Bonn Beuel, avec les paroles des parlementaires diffusées directement dans les écouteurs de citoyens de Bonn qui tentaient de les répéter aussi simultanément que possible.
 
En travaillant sous différentes formes, le trio continue de façonner de nouvelles pièces à partir de matériel fourni par la réalité. La pièce « Deadline » (Haug/Kaegi/Wetzel) a été créée par Rimini Protokoll dans le Neues Cinema, un lieu de performance utilisé par le Deutsches Schauspielhaus Hamburg qui devait fermer ses portes. Sur la scène – qui perdrait bientôt sa vocation – se tenait une série de personnes ayant fait face à la mort dans le cadre de leur travail. On y trouvait un maire obligé d’assister aux funérailles de citoyens locaux éminents, un maître de pierre, un locuteur funéraire et un étudiant en médecine. Tous ont témoigné à propos de la fin de la vie. La pièce a été habilement structurée en termes dramatiques : les contributions individuelles se reflétaient et se nourrissaient les unes des autres. Le public a assisté à un tableau de pensées contemporaines sur la mort en plus d’accueillir les expériences et les idées étonnantes des personnes concernées.
 
La pièce « Sabenation: Go Home & Follow the News » (Haug/Kaegi/Wetzel) était structurée de manière aussi sophistiquée et concernait les milliers de salariés licenciés par la compagnie belge Sabena. Une fois de plus, les artistes ont été choisis brillamment : des « spécialistes » qui jouaient leurs propres vies. Le public a beaucoup appris sur les antécédents et le destin de ces personnes et s’est retrouvé confronté, une fois de plus, à une réalité multiforme.
 
Le théâtre de Rimini Protokoll est capable de se hausser à des nouveaux insoupçonnés, comme l’atteste assurément la pièce « Wallenstein » (Haug/Wetzel), organisée dans le cadre du Festival Schiller de Mannheim. Leur première pièce basée sur un texte dramatique classique a été un triomphe de distribution. Il était stupéfiant tant cette production avait à dire sur le pouvoir et la résistance. Un jeune politicien qui avait été choisi, et ensuite abandonné, comme candidat de son parti pour la mairie de Mannheim, un chef de police de Weimar et, surtout, un vétéran de la guerre du Vietnam vivant à Heidelberg ont révélé une quantité abondante d’informations sur ces sujets. La pièce semblait si authentique et si riche que l’on pouvait presque penser que l’on assistait à la disparition du théâtre, mais il s’agissait en fait d’une ingéniosité artistique. La réalité a été représentée sans perdre son authenticité.
 
L’intelligence de la réalisation des pièces de Rimini Protokoll s’est particulièrement bien exprimée dans « Call Cutta » (Haug/Kaegi/Wetzel). Chaque membre du public a reçu un téléphone mobile à partir duquel on pouvait entendre quelqu’un parler depuis Calcutta et les guider dans les rues de Berlin. Le public a été conduit dans la capitale allemande depuis le centre d’appels lointain tout en devenant plus ou moins intime avec ses employés. Dans leur pièce la plus récente, « Cargo Sofia » (Kaegi), le public s’assoit dans un camion dans lequel on leur montre des films sur les longs trajets des camionneurs. Le public voit le paysage passer et observe les camionneurs faire des rencontres fortuites dans des stations-service; il plonge dans le monde de ces travailleurs qui conduisent à travers l’Europe avec des salaires minimums. Aucune troupe de théâtre allemande ne rapproche le public de la réalité autant que Rimini Protokoll. 

Rimini Protokoll: 100% Montréal est présenté dans le cadre de „L’Allemagne @ Canada 2017 – Partenaires: de l’immigration à l’innovation