L'Allemagne @ Canada 2017 Arriving Eyes - L'immigration allemande vers la Colombie-Britannique

Jack et sa mère sur le bateau de l’Allemagne au Canada 1956
Jack et sa mère sur le bateau de l’Allemagne au Canada 1956 | © Heinrich Ploesser

Pour trouver réponse, une équipe de chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) s’est attelée sur Arriving Eyes, un projet d’histoire publique combinant entretiens et photographies de famille qui rapporte les récits de germanophones qui ont immigré au Canada au cours des XIXe et XXe siècles.

Pour le lancement du site web, Kyle Frackman, professeur adjoint en études germaniques à l’UBC, Marc Stoeckle, ancien étudiant à la maîtrise à l’UBC (et actuellement bibliothécaire à l’Université de Calgary) ainsi que Keith Bunnell, bibliothécaire de référence à l’UBC, ont entrepris des recherches dans les archives et puisé dans leurs réseaux pour recueillir le plus de matériel possible. « Nous voulions savoir pourquoi, justement, le choix s’était posé sur la Colombie-Britannique », dit Frackman. « D’autant plus que tant de gens devaient traverser l’Amérique du Nord d’un bout à l’autre après leur arrivée. »
 
Puisque la plupart des immigrants allemands arrivaient par l’un des principaux centres de l’Est canadien, la traversée supplémentaire vers l’Ouest représentait un défi logistique. Comprendre pourquoi les Canadiens germanophones étaient poussés à entreprendre ce périple constitue un détail important de l’histoire de l’Ouest canadien. Il n’est donc pas étonnant d’apprendre que de nombreuses raisons ont incité la population germanophone (de l’Allemagne, de l’Autriche et de la Suisse) à s’installer à Vancouver et dans les régions des basses-terres continentales. La plupart des Allemands « débarquaient » dans l’Est canadien, et « nous avons souvent constaté qu’ils avaient un intérêt pour la nature et les paysages, ce qui les a amenés ici », affirme Frackman. De même, « au début, c’était souvent des personnes qui étaient prêtes à aller dans les montagnes pour chercher de l’or ou qui s’intéressaient au travail dans des industries comme l’exploitation forestière ».
 
L’interview avec la famille Milewski à Maple Ridge, C.-B. L’interview avec la famille Milewski à Maple Ridge, C.-B. | © Martin Milewski Stoeckle était motivé par le désir de combler les lacunes culturelles au sein de l’histoire germanophone au Canada. « Historiquement, les recherches démontrent que les Allemands s’assimilent très rapidement. C’est pourquoi nous avons décidé de faire quelque chose à ce sujet. »
 
Frackman et son équipe s’attendaient à ce que leur principal défi soit de trouver des sources disposées à partager leur expérience, mais tout s’est avéré étonnamment facile. En fin de compte, Stoeckle a dû écarter des participants. Puis il est allé sur le terrain pour effectuer des recherches dans les archives, réaliser des entretiens avec des sources dans leurs foyers tout en parcourant avec elles leurs albums photo. Il a cherché un juste milieu parmi les sources de l’histoire orale : un couple marié, quelqu’un qui avait déménagé au Canada à un très jeune âge, un routard arrivé dans les années 1960, et un « conteneur allemand » plus moderne qui avait déplacé toute sa vie de l’Allemagne au Canada. Malgré la diversité d’expériences, certains points de vue se rapprochaient, ce qui a étonné Stoeckle. « Une des premières choses qui les avaient surpris était les maisons ténues », dit-il en riant. « Tout le monde en a parlé. Les maisons d’ici ne sont que du bois! »
 
Combler l’écart linguistique entre l’anglais et l’allemand a posé un plus grand défi pour l’équipe. « La plupart de nos trouvailles étaient en allemand », explique Frackman. L’équipe faisait face à une difficulté inhérente lorsqu’elle transmettait les expériences de germanophones à un auditoire principalement anglophone. « À maintes reprises, on se demandait si l’on allait traduire certaines choses ou plutôt les paraphraser pour les présenter de manière convaincante », ajoute Frackman.
 
Mais cette difficulté faisait partie du plaisir pour Stoeckle qui voulait laisser les Allemands s’exprimer le plus librement possible. Le mélange des deux langues était donc courant lors des entretiens. Lorsqu’il fallait finalement relater ces expériences, la narration du projet était enracinée dans le site web intuitif d’Arriving Eyes, meublée de photos d’archives et enrichie de fichiers audio et de textes d’archives. Le petit projet de l’UBC s’était soudainement étendu bien au-delà de son format initial, c’est-à-dire une bibliographie de textes sur l’expérience germano-canadienne.
 
Evelin McCarvill sur l’Île de Vancouver, C.-B. Evelin McCarvill sur l’Île de Vancouver, C.-B. | © Rob McCarvill Selon Frackman, on doit la réussite du projet au fait qu’il présente la vie quotidienne des Canadiens germanophones. « Certains sont venus et ont fait leurs premiers voyages il y a 50 ans », dit-il. « À l’époque, ils faisaient quelque chose de vraiment inhabituel. Les immigrants allemands ne se rendaient pas souvent dans l’Est canadien ou aux États-Unis, et encore moins dans l’Ouest canadien. Pour certains, en partant, c’était une bonne raison en soi de faire le voyage. Je pense que plusieurs éprouvaient le besoin d’expliquer pourquoi ils avaient été poussés à le faire. »
 
Stoeckle espère poursuivre le projet et rendre le site web plus accessible. « Il y a tant à apprendre », dit-il. « On nous a demandé : “Pourquoi voulez-vous nous interviewer? Nous n’avions pas une vie extraordinaire, nous n’avons rien accompli”. Mais c’est précisément cette réalisation qui compte : une vie. Voilà ce qui est le plus extraordinaire. »