Le collectif d’artiste MAMAZA
Asingeline

MAMAZA - Asingeline
MAMAZA - Asingeline | © Laurent Diby

En-dessous d’un stand de marché, à travers un salon ou une cour intérieure, jusqu’au centre culturel d’Abobo. Dans le cadre d’un festival de danse international « Un pas vers l’avant 2015 », le collectif d’artiste MAMAZA a mené une action artistique dans l’espace public.

Dubitatifs, curieux, intrigués ou méfiants, les passants et les commerçants de ce petit marché de rue à Abobo, une des communes les plus populaires d’Abidjan, ont assisté à un petit manège inhabituel ce matin. Des étrangers accompagnés d’Ivoiriens sont venus dérouler le « tapis rouge » devant eux, au milieu des stands bancals de fruits et de légumes, des bouchers occupés à hacher leurs pièces de viande, des marchandes qui présentent leurs boubous.

Le tapis rouge, c’est une bande adhésive de la même couleur, large de quelques centimètres, qui va relier le marché au centre culturel de la commune. Invité pour la seconde fois sur le continent africain par le Goethe-Institut pour réaliser leur projet « Asingeline » (lire « A single line » - une ligne unique), le collectif MAMAZA a eu l’opportunité de poursuivre son aventure artistique dans la ville d’Abidjan, avant de s’envoler ensuite pour Kampala et Nairobi.

Franchir des obstacles 

Dans leur projet « Asingeline », le trio de danseurs a pour objectif de promouvoir le théâtre et la culture en reliant deux points géographiques stratégiques d’un quartier, partant généralement d’un centre urbain pour atteindre un bâtiment culturel tel qu’un musée, une salle de spectacle, ou encore un théâtre. Cette liaison se matérialise par une bande droite de couleur rouge longue de plusieurs centaines de mètres.
 
Leurs auteurs ne la considèrent ni comme une installation, ni comme une représentation mais comme une action artistique de réflexion. La ville est une zone régie par d’innombrables normes et règles sociales. Par cette action originale, le collectif veut partager l’idée selon laquelle la ville peut devenir un endroit d’expression et d’action plus libre. La ligne tente de franchir le plus d’obstacles, physiques et sociaux, sans interruption ni détour. Elle reprend sa course derrière chaque mur qui la coupe en deux, vient à la rencontre de ceux qui se trouvent sur sa trajectoire.
 
  • MAMAZA - Asingeline © Laurent Diby
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  • MAMAZA - Asingeline © Laurent Diby
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  • MAMAZA - Asingeline © Laurent Diby
    MAMAZA - Asingeline
  • MAMAZA - Asingeline © Laurent Diby
    MAMAZA - Asingeline

Provoquer un échange

Dans leur démarche de sensibilisation artistique, les auteurs du projet entrent en contact avec les habitants du quartier de manière très spontanée pour expliquer le but de leur action. Le but n’est pas de poser la ligne à tout prix mais de convaincre ceux qui sont fixés à un endroit par le biais de leur stand de marché, de leur maison, ou de leur bureau, de l’intérêt d’accepter son passage. L’intérêt est justement de relier les habitants du quartier à leur centre culturel, dont ils sont les acteurs.
 
Ce véritable travail d’approche, de présentation, voire de négociation dans certains cas, constitue un premier niveau de communication. La ligne, en symbolisant ce lien physique entre les habitants et le centre, les invite à s’y rendre. Ce fut le cas de nombreux danseurs comme Joël Bousson et Massidi Adiatou, qui ont fait leurs armes dans ce lieu essentiel pour développer la danse, l’art et la culture dans la commune.
 
La discussion naît et se répand au fur et à mesure que la ligne avance. La curiosité qu’elle suscite forme un deuxième niveau de communication. Riverains et passants se retrouvent au cœur d’une dynamique d’échange voulue par les artistes du collectif MAMAZA. Fabrice Mazliah explique que le choix de la trajectoire de la ligne joue un rôle essentiel dans le succès du projet. Il ne peut se contenter de rester dans la rue. Partie d’un marché, la ligne est passée au pied de plusieurs stands avant d’entrer dans les boutiques et les habitations pour ressortir sur un chantier, courir le long d’une immense place dégagée, traverser des avenues et la mairie de la commune avant d’atteindre enfin son but ultime, le centre culturel d’Abobo.

Donner vie à la culture

Transposé dans un milieu urbain africain, ce type de projet prend une dimension humaine et culturelle insoupçonnée. Sa réalisation dans le quartier appelé « Texas », situé sur la commune d’Abobo, est un évènement majeur pour ses habitants. Son caractère extraordinaire suscite la curiosité et invite à la discussion. La réouverture du centre culturel de la commune, dont les portes étaient restées closes depuis la dernière crise post-électorale, a offert l’opportunité de mettre en valeur la culture dans le quartier.
 
En concertation avec le Goethe-Institut d’Abidjan, Ange Aoussou et Joël Bousson, les coordinateurs du festival de danse « Un pas vers l’avant » et partenaires locaux d’ « Asingeline », ont justifié le choix du lieu par une volonté commune de soutenir la danse et le théâtre auprès du plus grand nombre. S’en est suivi une rencontre entre deux mondes qui ne peuvent vraiment s’imaginer mais qui tentent de le faire en l’espace d’une journée dans une chorégraphie humaine naturelle et originale, toujours en mouvement.
 
Liberté est laissée aux habitants du quartier de ne pas accepter la ligne ou de la retirer sitôt le groupe passé. Le collectif MAMAZA, par sa sensibilité et son sens du contact, est parvenu à convaincre des habitants de poser la ligne dans leur magasin, leur cour intérieure et parfois même dans leur salon. Aucune porte n’est restée fermée, pas même celles de certaines salles de la mairie pourtant en pleine audience.
 
En clôture de cette action, la directrice du centre culturel d’Abobo, Mme Békouan, a prononcé un discours émouvant dans lequel elle a défendu le rôle de la culture face à la crise politique et humaine qu’a connue la Côte d’Ivoire, dans un contexte pré-électoral sensible. Les gamins du quartier, dont certains semaient autrefois la terreur en bandes armées connues sous le nom de « microbes », se sont joyeusement emparés de la scène pour réaliser des figures de « Breakdance », montrant toute l’étendue de leur talent. Joel Bousson, originaire d’Abobo, en a profité pour rappeler qu’il a, comme eux, appris à danser dans la rue.