Hommage
Hommage à Henrike Grohs

Henrike Grohs
Photo (detail): © Laurent Diby

Henrike Grohs dirigeait le Goethe-Institut à Abidjan depuis le 1er décembre 2013. Le 13 Mars 2016, elle a été victime d'une attaque terroriste. Elle avait 51 ans.

C'est en Afrique du Sud que j'ai connue Henrike. Elle s'est très vite intéressée à mon travail. Nous avons collaboré ensemble, et progressivement notre amitié s'est renforcée. C'est contre toute attente que nous nous sommes retrouvés à Abidjan. Je rentrais officiellement dans mon pays après une longue période d'absence. Et Henrike venait à Abidjan pour diriger les activités culturelles du Goethe Institut. J'étais en quelque sorte sa première référence. Nous avons continué notre collaboration tout en maintenant notre relation d'amitié qui gagnait en âge. Avant qu'ils ne viennent lui prendre violemment sa vie, nous étions ensemble sur cette plage de Grand-Bassam, qui allait être le témoin de cet acte odieux, partageant notre dernière bière de l'amitié. Nous avions aussi des projets en gestation. Elle me manque. J'aurai un grand mal à l'oublier, à oublier ce jour du 13 mars 2016.
Ananias Leki Dago est photographe ivoirien

Elle [était] une femme de grande cordialité et d'ouverture d'ésprit qui déployait toute sa force pour une vie commune sensée. Elle était une fonceuse dans le meilleur sens du terme, pleine d'énergie et de vitalité, pleine d'idées pour la mise en œuvre pratique, ouverte à l'inspiration et à la participation des partenaires locaux, consciente de la bonne qualité, incorruptible, et elle avait un sens de l’autocritique.
Henrike Grohs suivait toujours des chemins non conventionnels, et ces chemins lui ont ouvert une perspective qui restait cachée aux autres. Son guide n’était pas le statut ou la carrière, mais l'intérêt personnel et la passion pour la culture. Elle a cru en la puissance de la culture. Pour elle, la culture n'était pas l’aire de jeu des artistes et des intellectuels, mais le fondement de la société.
Klaus-Dieter Lehmann, Goethe-Institut

Un chant hip-hop en nouchi, langage des jeunes en Côte d’Ivoire :
A toi ma viey mère Henrike ke je kpokpo la go cracra du Goethe, toi ki a soutra le gbahement ivoirien, ki a bognan le mouvement artissia de Côte d'Ivoire, ta siance
(Jesus Christ Soutrassair)
ton esprit est dans nos keur, on peut jamais gnan sur toi car tu es une vraie ziguehi gratahoun, tu es prête pour l'hoe. Ke Godani siance à tout ce ke tu as lah
(Jesus Christ Soutrassair)
Sur le dougou, pour te toufa sur son côté djidji. Crô tranquille omanh. Ta dôgôssèr de keur Nash la go cracra du Djassa.
(Jesus Christ Soutrassair)
Flora Natacha ‘Nash’ Sonloué est artiste hip hop ivoirienne

[Elle] représentait précisément ce que les fondamentalistes détestent tant : la compréhension, l'humour, la joie de vivre. Et l'autodétermination. ... Si vous entendez ce que ses amis et ses collègues de travail disent, il n'y existait pas une personne plus appropriée pour les échanges culturels. ... Il lui était important de promouvoir les artistes locaux. Elle se faisait des contacts et des amis rapidement, elle débordait d’enthousiasme – et elle faisait tout pour partager cet enthousiasme. Elle ne disait pas : « on devrait », elle disait « on va le faire ! ».
David Ensikat, Der Tagesspiegel

Tuée, dans les attentats à Grand-Bassam, Henrike Grohs était une femme heureuse, peu conventionnelle et débordante d'énergie et d'idées. Elle aimait son travail qui a réuni un grand nombre de personnes et de cultures ...
Sabine Vogel, Berliner Zeitung

Comment est-il possible que tu sembles si présente pour moi ? Certains disent que tu n'es plus là. Mais moi, je suis convaincu que tu es encore avec nous, parce que presque tous les jours, à chaque instant, je sens que ma vie est liée à toi, tu me parles, je te sens complètement. Merci d‘être là.
Pendant mon voyage, seul dans l’avion, tu commences à me manquer, mais quand j’arrive, je sens mon corps rempli de vie parce que tu m’as montré que tu es toujours avec moi. Tu es devenue ma muse, tu es devenue la vie.
Jems Koko Bi, sculpteur ivoirien

Henrike était manager culturel, comme il a été dit à plusieurs reprises au cours des nombreux discours. Si l'on le dit à Berlin, vous pourriez penser qu’il y en a beaucoup. A Berlin peut-être, ou à Munich, ou à Francfort, c’est vrai. Mais dans un pays africain c’est différent. Le gouvernement ne soutient presque jamais les artistes, même s’ils bénéficient de leur gloire une fois devenus célèbres ... Mais les artistes sont à peine soutenus, ils doivent compter sur eux-mêmes - ou pas tout à fait. ... Henrike est arrivé à Abidjan en 2013, la guerre civile qui avait duré de 2002 à 2011, était déjà terminée, mais la réconciliation était - et est toujours - pas atteinte. Dans les … institutions culturelles les artistes peuvent rencontrer les groupes ethniques rivaux et construire des ponts ensemble. Henrike a appuyé sans réserve ces rencontres au Goethe-Institut Abidjan. ... Dans les pays africains, nos instituts culturels sont l’espoir des créatifs et des démocrates. Henrike Grohs y a trouvé son achèvement, beaucoup trop tôt.
Karl Prinz, ambassadeur de l'Allemagne à Abidjan de 2011 à 2014

Chère sœur que cette force t'accompagne et qu'elle nous soit transmise et qu'on puisse continuer nos combats et les tiennes pour la culture en Cote d'Ivoire. Que les esprits vodou de ma terre d'Haïti puissent te faire danser, chanter, boire une bière, fumer une cigarette, rire, revenir, manifester avec nous, comme tu sais si bien le faire, ma boucantière, tu dindin devant rien même devant la mort, tu es resté magistrale, va en peace, on va s'attraper ou biennnnn?
Née en Haïti, Jenny Mezile est chorégraphe, scénographe et danseuse qui habite à Abidjan

Hommage à Henrike Grohs Henrike Grohs participe à « Asingeline » avec la compagnie MAMAZA | © Laurent Diby