En 1819, Johann Wolfgang von Goethe publiait le recueil de poème « West-Östlicher Divan avec lequel il entreprit de faire vivre artistiquement l’échange entre l’Est et l’Ouest, l’occident et l’Orient
Avec le programme « Nord-Südlicher Divan », le Goethe-Institut Côte d’Ivoire essaie d’emprunter la même démarche : le dialogue entre le grand Nord et le grand sud à travers des contributions de différentes disciplines artistiques, des sciences sociales, de la philosophie doit recevoir de nouvelles inspirations
La prochaine manifestation de cette série aura lieu le 13 décembre 2018 à 15h30 à l’auditorium du Goethe-Institut et s’intéressera au thème suivant :
SENGHOR ET LE TRIANGLE FRANCE-AFRIQUE-ALLEMAGNE »
Avec l’avènement de la mondialisation il s’impose de « corriger l'aspect réducteur d'une approche binaire des faits de culture » qui devraient être désormais appréhendés dans « un contexte d'interactions culturelles plus complexes » intégrant plusieurs pôles culturels. Le traité de Versailles (1919) qui a décidé de la dépossession de l’Allemagne de ses colonies entre autres en faveur de la France, imposa le stationnement, sur le territoire rhénan, de l’armée française. La présence de soldats coloniaux dans les troupes d’occupation françaises fut qualifiée par l’Allemagne de « Schwarze Schmach/Schande « Honte noire ». Entre les deux guerres l’Afrique a été un objet de la discorde franco-allemande. Elle constitua un véritable enjeu politique franco-allemand. En témoigne l’instrumentalisation politique du discours littéraire de l’époque. De part et d’autre en France et en Allemagne on constate une récupération du discours littéraire sur l’Afrique dans une perspective idéologique. Cette discorde franco-allemande sur l’Afrique aurait même été un obstacle à l’édification d’une identité commune européenne (Cf. Porra 1995).
Dans les années 1930 les précurseurs de la Négritude, exilés à Paris, découvrent le romantisme allemand, alors en mode en France ainsi que les écrits du célèbre ethnologue et africaniste allemand Léo Frobenius (1873-1938). Bien accueillie par l’intelligentsia noire d’Afrique et de la diaspora, la réhabilitation des cultures négro-africaines par Frobenius avait suscité sympathie et admiration pour sa culture d’origine, la culture germanique, contribuant ainsi à faire basculer la balance sentimentale des Africains du côté des Allemands au détriment des Français. Dans le feu de la quête identitaire et anticoloniale des années 60 et 70, une grande partie de l’élite intellectuelle francophone va puiser dans la mémoire coloniale allemande pour se guérir de la France. Quant à Senghor, défenseur convaincu de la « Civilisation de l’Universel », chantre de la Négritude, précurseur de la Francophonie, fervent admirateur de la culture germanique parmi ses compatriotes de la Négritude, il s’est toujours employé à résoudre les contradictions par le compromis en se situant au-delà des antagonismes, d’où la nécessité et la pertinence de convoquer sa pensée qui s’offre ici comme un creuset de la réconciliation afro-franco-allemande. En relayant cette dimension de l’œuvre poétique, critique et politique de Senghor, nous voulons mettre en évidence les interactions et interpénétrations passées et présentes entre Négritude, Francité et Germanité.
Cette manifestation s’adresse à
UN PUBLIC GERMANOPHONE : étudiants en germanistique, Docteurs, professeurs et tous ceux qui s’intéressent à la langue allemande.
Introduction et Discours inaugural : Dr.phil. Markus Litz, Directeur du Goethe-Institut Côte d’Ivoire
Conférencier : Professeur Yéo Lacina, Département de Germanistique à l’Université Felix Houphouët Boigny de Cocody, Abidjan
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