Arts plastiques dans l’espace public Identité culturelle ou simple décoration ?

Dans l’espace public de la ville de Ouagadougou sont placés plusieurs monuments. Ces œuvres d’arts plastiques et architecturaux, pour la grande majorité, sont des commandes de l’administration publique ou de sociétés privées. On remarque également quelques-unes relevant de l’initiative de certains artistes, notamment les graffiti. Ces œuvres, sont-elles liées à une histoire ou juste pour un embellissement de la ville.

Le concept d’arts plastiques dans l’espace public date de bien longtemps ; en témoigne la présence dans l’Egypte ou la Grèce antique de différents monuments. Cette donne n’a pas changé au fil du temps. Au Burkina Faso, les arts plastiques ont largement trouvé leur place au sein de l’espace public et architectural. Ainsi, plusieurs œuvres acquises par l’Etat burkinabè ou des investisseurs privés trouvent leur rôle dans les villes.
Ce concept a connu une période de grâce durant la Révolution d’Août 1983 avec notamment la réalisation de plusieurs monuments. On peut citer au nombre de ces derniers, La place ou le monument des Cinéastes africains ;La bataille des rails «Kon menem-moogho», La place «Naaba Koom» ou le monument de l’hospitalité et de bienvenue, Le square Princesse Yennenga, etc.

Ces œuvres, faites de divers matériaux : bronze, béton, fer, etc. véhiculent des messages dont les plus récurrents sont la solidarité, le pardon, l’hospitalité, l’amitié, la politique ou des évènements. Elles sont faites également pour honorer la mémoire d’illustres personnalités de l’histoire passée et contemporaine du pays. Tous ces monuments répondent surtout à la  question d’identité. Ils sont l’expression aussi d’une créativité, même s’ils relèvent de commandes souvent orientées. 

«L’art dans l’espace public est à la fois une question d’identité ; il est surtout une expression artistique, et aussi de décors. Mais ici au Burkina, les œuvres semblent plus être une quête d’identité, d’affirmation», a expliqué le directeur des arts plastiques et appliqués du Burkina (DAPA)(1) , Prosper Tiendrebéogo. Il ya donc  une expression artistique dans ces œuvres. Certaines sont décoratives et donnent une embellie, un look à la ville. En exemple, on reconnaît Ouagadougou par le monument des cinéastes africains ou celui de la place Naaba Koom.

Les graffiti, quant à eux, très souvent l’exercice favoris de la jeune génération, sont des œuvres de revendication, ils ne sont pas là pour plaire toujours et font peur à la vieille génération. Ici, l’artiste est un avant-gardiste et il donne le ton avec le burin ou le pinceau. L’avènement de l’insurrection populaire en octobre 2014 (2) a occasionné une floraison de ces genres d’œuvres à Ouagadougou.Il faut donc dire, qu’outre le simple embelli ou l’identité culturelle, l’art plastique dans l’espace public peut aussi être un outil de revendication.

Brèves présentation et historique de quelques œuvres dans l’espace public à Ouagadougou

A-    Le Panthéon des martyrs
Réalisé à Ouaga 2000, au bout du boulevard Mouamar Kadhafi, ce monument a été conçu pour honorer la mémoire des Burkinabè qui se seraient particulièrement illustrés au service de la patrie. Initialement appelé Mémorial aux héros nationaux, il a été rebaptisé le 30 mai 2015 lors de la cérémonie d’hommage aux victimes de l’insurrection populaire au Burkina en mémoire de ceux qui sont tombés.

B-      La place ou le monument des Cinéastes africains 
De forme dynamique, roquette prête à s'envoler vers la victoire, c'est ainsi que le décrit l'artiste qui l'a conçu. A côté de la mairie centrale de Ouagadougou, ce monument, qui a été bâti en 1987 symbolise les outils de travail des cinéastes. Il a été érigé dans le but de rendre hommage à ces derniers.

C-      La place Naaba Koom ou le monument de l’hospitalité et de bienvenue 
Située en face de la gare ferroviaire, elle est dominée par un monument de 6 mètres de haut représentant une femme portant l’eau de bienvenue aux étrangers arrivant à Ouagadougou par le train. Cette place a été érigée en l’honneur de Naaba Koom, un des rois des Mossés (3) , dont elle porte le nom et sous le règne duquel le chemin de fer, construit depuis la Côte d’Ivoire, serait arrivé à Ouagadougou. C’est en 1986 que ce monument dit de bienvenue a été installé.



1) Direction des arts plastiques et appliqués (DAPA) du ministère de la Culture et du Tourisme du Burkina Faso. Nouvelle direction née en 2012 de la scission d’une direction générale, à savoir celle des arts de la scène, des arts plastiques et appliqués. Elle contribue à l’émergence du secteur des arts plastiques par la mise en œuvre d’une politique nationale en matière d’arts plastiques et appliqués. Les autorités en charge de la culture veulent mettre l’accent sur certains aspects de ce secteur. La direction envisage une favorisation de la création artistique, l’aide à la structuration de cette filière et à la professionnalisation de ses acteurs. En outre, son but est la promotion au Burkina et en dehors, ainsi que la consommation des œuvres d’arts

2)L’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 contre l’ex-président burkinabè, Blaise Compaoré, qui a conduit à sa fuite.

3)À compter du XIeauXIIe siècle, les premiers royaumesMossis se sont formés. Le royaume de Ouagadougou était le plus influent et dirigé par le Mogho Naba, descendant de la princesse Yennenga, mère du peuple mossi. En français, on utilise « Mossi », alors qu'en langue moré (mooré), on dit « Moossé » (« moose » ; pluriel de « moaga »).