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Bal trad
Alors on danse ?

On voit une salle de bal baignée d'une lumière rose, dans laquelle de nombreux couples dansent.
© Wikimedia

Difficile de saisir en quelques mots la grande diversité du bal trad (ou bal folk) et des personnes qui le font vivre aujourd’hui. Le Monde, France Inter, Libération ont tenté ces derniers mois de dépeindre cet espace varié. Alors le Goethe-Institut aussi aura son papier pour rendre compte de cet engouement renouvelé pour le bal trad. Tour d’horizon des ponts entre la France et l’Allemagne, en passant par Berlin et Bockendorf.

De Claire Géhin

D’abord, c’est quoi le bal trad ? On trouve sur l’encyclopédie du site Occitania.eu un décor assez complet : « Si les appellations diffèrent selon les régions, les balètis, bals gascons, bals auvergnats, bals trads, elles, recouvrent un même phénomène social et culturel, le renouveau du bal dit “traditionnel”. » Observable dans l’Europe entière, ce phénomène est « le signe d’une évolution générale de la société vis-à-vis de formes musicales et dansées qui ont pâti au cours du xxe siècle de la fin de la société rurale traditionnelle et de ses sociabilités locales, mais également d’une image dévalorisée qui a rompu les transmissions, traditionnellement orales et de génération en génération […] » Depuis le mouvement revivaliste des années 1970, de nouveau, en France comme en Allemagne, et même dans toute l’Europe, dans les villes et dans les campagnes, on danse valses et bourrées, rondeaux et mazurkas.

On vérifie cet engouement auprès de Mélanie, une jeune française installée à Berlin, membre de l’équipe d’organisation de Spreefolk, association dont le festival annuel aura lieu du 30 janvier au 1er février 2026. Elle y trouve un côté communautaire et des valeurs d’inclusion, de bienveillance « et puis le bal trad, précise Mélanie, c’est le plaisir de la musique live, qu’on ne retrouve pas nécessairement dans d’autres bals, qui jouent plutôt de la musique out of the box ». Elle qui a commencé à fréquenter les bals toute petite dans son Limousin natal, confirme : « Quand je suis arrivée à Berlin, je me suis dit : waouh, le parquet il vit ! Il y a des gens qui savent danser la bourrée trois temps, le Kost ar c'hoad ! »

Si ces danses ne vous disent rien, jetez-vous à l’eau : à Berlin on danse toute l’année le mardi soir (en été ça se passe sur l’île aux musées), un vendredi par mois au Wabe ou tout un week-end à la fin de l’hiver pour le festival annuel organisé par l’association. Entre autres groupes venus de France jouer à Berlin, on compte Bargainatt, la Man Encantada, Cosmos Chocolat, Ciac Boum, Farenheit, Trio Loubelya… Mélanie n’hésite d’ailleurs pas à parler de bal européen, constatant dans les festivals une envie de se fédérer, de s’entraider entre organisateur.ices de bals de toute l’Europe.



C’est ce qui s’est passé à Comboros, festival organisé depuis 10 ans en Auvergne par les Brayauds. Une petite délégation de l’association du Centre culturel JohannesHof s’y est rendue pour danser et faire du bénévolat. Quelques mois plus tard, dans l’ancienne auberge du petit village de Bockendorf, quatre duos des Brayauds, toutes générations confondues, se sont rendus en novembre 2025 pour un week-end d’échanges artistiques et méthodologiques, rendus possibles grâce au soutien du Fonds citoyen franco-allemand. Accordéons, banjos, cornemuses sur le dos, les musiciennes et musiciens d’Auvergne ont interrogé, avec leurs accolytes de Saxe, le développement de modèles durables et inclusifs d'organisation d'événements et le renforcement des valeurs démocratiques européennes grâce à une coopération concrète, des formats d'échange et une médiation musicale et culturelle.

Rencontres, ateliers de danse et, bien sûr, bals ont donc rythmé ces deux jours de rencontres dans le petit village de 250 habitant⸱e⸱s. Ringo, du Centre culturel JohannesHof, se réjouit de cette popularité croissante du bal-folk : « Le réseau de musique folk et de bal-folk de Saxe est très actif et investit beaucoup d'énergie et de temps dans l'organisation et la réalisation de merveilleux événements. » Comme Mélanie, il relève l’importance des liens créés grâce au bal : « Le bal folk dans chaque village aurait un impact considérable sur la vie communautaire et les processus participatifs démocratiques. »

Loin d’être espace daté et hors du monde, le bal est en effet traversé par toutes les questions de société. En témoigne le projet Queeringbalfolk porté par le duo de danseuses Line et Mara qui, comme le collectif français Matière vivante, propose de se réappropier les danses qui perpétuent des hétéronormes (un genre guide, l’autre suit, pour les danses de couple par exemple) ou la tribune des acteurs et actrices du mouvement folk pour un front commun antifasciste. Car le bal trad n’échappe pas aux tentatives actuelles de mainmise de l’extrême droite sur les folklores et cultures régionales.

Avant de vous retrouver sur les parquets de France, d’Allemagne et de toute l’Europe pour mener de front cette bataille culturelle, on vous laisse vous échauffer en musique !

Komred : bourrée à Funambals - YouTube