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Les contes en Europe
Il était une fois…

Le chat botté effraie les faucheurs
Le chat botté (1900) | Wikimedia Commons / archive.org

Faut-il être un enfant pour apprécier les contes ? Peut-être faut-il l’être un peu resté pour les aimer toujours. Mais même les enfants savent que les contes sont un patrimoine universel et pas seulement européen.

De Jean-Charles Margotton

Comme les récits mythologiques, ils voyagent de pays en pays et changent de visage au gré des différentes cultures. Ils sont, avec la chanson, un des fleurons de la culture populaire, une culture fondamentalement orale (la grand-mère racontant, près de la cheminée le soir, des contes à ses petits-enfants) qui a pourtant, depuis toujours, été transmise par l’écrit, une fixation sans doute contraire à leur nature, mais qui n’a nullement freiné leur diffusion. Et d’ailleurs, les contes de Perrault ou de Madame d’Aulnoy étaient-ils seulement destinés aux enfants ? Le conte, c’est le domaine du merveilleux qui nous projette d’un coup (il était une fois, es war einmal, once upon a time, c’era una volta …) dans un monde qui connaît d’abord un désordre, une injustice, un manque, mais qui, inévitablement, au bout d’une série d’épreuves et grâce à une force supérieure, va connaître un retour à l’ordre, comme la cadence apaisante d’une belle musique.

L’Europe donc, n’est pas seule dans cette tradition et elle a, depuis des siècles, montré une belle curiosité pour les contes du monde entier, mais elle a aussi été le lieu d’une grande et admirable fécondité. Pensons à l’Anglais Chaucer au XIVe siècle déjà, aux Italiens Straparola, dans la Venise du XVIe, et Basile, dans la Naples du XVIIe, voilà les pionniers qui ont préparé la voie aux grands noms du conte européen que furent Charles Perrault, en France, à la fin du XVIIe, et les frères Grimm dans l’Allemagne romantique du XIXe siècle. On pourrait bien sûr citer encore bien des noms, mais il est plus important de dire qu’en Europe, le conte a été très tôt la matière non seulement de récits littéraires, mais de pièces de théâtres, de films, d’opéras et même de ballets, de tableaux, de bandes dessinées.

Un félin rusé parcourt l’Europe - l’exemple du Chat Botté

  • Deux tailleurs prennent les mesures des jambes du chat pour fabriquer les bottesers Maß für die Stiefel Illustrateur inconnu. Domaine public
    Ludwig Tieck - Der gestiefelte Kater. Première édition de 1797
  • Tête d'un chat (dessin) Illustration : Otto Speckter, 1807-1871
    Das Märchen vom gestiefelten Kater. Ill. Otto Speckter 1807-1871
  • Chat criant vêtu de façon humaine Gustave Doré, 1832-1883
    Le chat botté - Gustave Doré, 1832-1883 (gravure, estampe)
  • Le chat botté devant le roi (à table) Gustave Doré (1832-1883)
    Gustave Doré - illustrations des contes de Perrault - Le chat botté
Pour illustrer ce propos, on a l’embarras du choix. Mais entre mille possibilités, prenons l’exemple du Chat Botté qui non seulement est familier à chacun, mais qui montre parfaitement le caractère transfrontalier de ce genre. Ici aussi, on part d’un désordre, d’une injustice apparente (le troisième fils du meunier ne reçoit qu’un chat en héritage), mais le chat (un fameux trickster) saura par la ruse (ses bottes lui permettent d’apparaître comme un gentilhomme) amener son pauvre maître au statut de gendre du roi. Or, on trouve cette histoire – avec bien sûr de nombreuses variations dans le récit, les noms des personnages etc., sans que l’essentiel en soit affecté – déjà chez les Italiens Straparola (Costantino fortunato) et Basile (Cagliuso) avant qu’elle ne paraisse sous la plume de Charles Perrault, à l’époque de Louis XIV. Et, avant même qu’elle soit reprise par les frères Grimm, elle avait été le sujet d’une comédie satirique du Romantique Ludwig Tieck qui opposait le monde merveilleux du conte au public philistin du théâtre. Et avant même que l’Allemand Tankred Dorst en ait fait sa première pièce (jouée en 1964), l’adaptation anglaise (Puss in Boots) était parue avec grand succès, le peintre Gustave Doré en avait fait le sujet de célèbres gravures et Walt Disney en avait fait un film dès 1922. Qui parle de frontières ?
Kunst, Literatur und Sprache

Ein Beitrag aus Frankreich

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