Architecture durable Au sujet de la création d’espaces agréables à vivre

« Lumière dans bidonville » grâce aux lanternes faites maison et technologie solaire
© Jana Revedin/Gernot Gleiss pour LOCUS Foundation

Architecte, scientifique et auteur, Jana Revedin s’engage pour la durabilité en matière d’architecture et d’urbanisme. À cet effet, elle a créé une association à but non lucratif, lancé le prix Global Award for Sustainable Architecture et mis en œuvre des projets de renouvellement urbain dans le monde. Son travail est un plaidoyer contre la précipitation et en faveur d’une qualité de création durable.

Jana Revedin distribue des poignées de main cordiales aux lauréats : ils ont fait le voyage des quatre coins du monde pour se voir remettre le Global Award for Sustainable Architecture au mois de mai à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine à Paris. Cette année encore, ils sont au nombre de cinq : des architectes originaires du Chili, d’Espagne, du Danemark, de Belgique et de Finlande. « Avec ce prix, nous distinguons de grands pionniers et précurseurs, tout comme de jeunes talents subversifs », commente Mme Revedin, directrice de la fondation LOCUS.

Santiago Cirugeda, originaire de Séville, est l’un des lauréats. Avec sa jeune équipe, il conçoit dans son pays des constructions publiques réalisées à partir de matériaux au rebut– et notamment dans des régions particulièrement touchées par la crise économique. Il a construit entre autres des aires de jeux publiques, parmi lesquelles on compte une bascule réalisée avec des matériaux recyclés désormais connue.

Le Global Award et la fondation LOCUS

C’est en 2007 que Jana Revedin a lancé le Global Award for Sustainable Architecture en coopération avec des instituts scientifiques internationaux. Afin de garantir une base scientifique indépendante à ce prix, elle a créé la fondation LOCUS seulement deux ans plus tard. Celle-ci n’est pas uniquement organisatrice du prix, mais met également en réseau différents acteurs du secteur – des urbanistes, des étudiants et des citoyens. Sous l’égide de la fondation, de nombreux projets de participation citoyenne sont réalisés, l’idée centrale étant toujours la création commune. Le crédo de Jana Revedin se résume ainsi : «  Je crois au développement par le développement de soi-même, par l’éducation et le civisme, je crois à la construction avec et par les hommes, et non pas uniquement pour eux ».

Des réverbères au Caire – un projet phare

L’un des projets phares de la fondation LOCUS est la production de réverbères photovoltaïques dans le quartier pauvre du Moqattam au Caire, appelé aussi le quartier des chiffonniers. Le projet est en cours depuis 2009. « Pendant plus de deux ans, nous avons mené une analyse de la ville et des besoins avec mes étudiants et leurs camarades égyptiens », raconte Revedin. Ils en sont arrivés à la conclusion que ce qui manquait le plus était la lumière ! Avec des ouvriers locaux, les chiffonnières et l’expertise de l’architecte indien Bijoy Jain, lauréat du Global Award en 2009, ils ont construit les réverbères qui fonctionnent à l’aide d’un système photovoltaïque.

Aujourd’hui, l’éclairage de la place principale du Moqattam est indépendant du réseau d’électricité cairote. C’est ainsi que les plus pauvres des pauvres avaient de la lumière lorsqu’au Printemps arabe, les rues du centre-ville s’éteignirent. Par ailleurs, le projet a changé le quotidien des femmes : ce sont elles qui fabriquent les réverbères et qui dorénavant les vendent dans le monde entier par Internet. De ce fait, les réverbères durables n’éclairent pas uniquement le quartier des chiffonniers du Caire. Le projet rayonne au-delà de la ville et du pays. La lumière pour les bidonvilles est devenue porteuse d’espoir pour beaucoup de minorités tout aussi exclues – qu’il s’agisse des minorités religieuses, sociales ou politiques » affirme Mme Revedin. En effet, ce sont justement souvent ces gens-là qui manquent de l’essentiel dans leurs espaces de vie.
 
  • Beleuchtungsstudien für das Projekt „Licht in die Slums“ in Kairo. © Jana Revedin/Gernot Gleiss für LOCUS Foundation
    Beleuchtungsstudien für das Projekt „Licht in die Slums“ in Kairo.
  • Die "LOCUS N° 1"-Leuchten aus recycelten Metallscheiben, handgemacht. © Jana Revedin/Gernot Gleiss für LOCUS Foundation
    Die "LOCUS N° 1"-Leuchten aus recycelten Metallscheiben, handgemacht.
  • Die „LOCUS N° 1“-Leuchten aus recycelten Metallscheiben, handgemacht. © Jana Revedin/Gernot Gleiss für LOCUS Foundation
    Die „LOCUS N° 1“-Leuchten aus recycelten Metallscheiben, handgemacht.
  • Gemeinsames Entwerfen der Lumpensammlerfrauen und Revedins Studierenden. © Jana Revedin/Gernot Gleiss für LOCUS Foundation
    Gemeinsames Entwerfen der Lumpensammlerfrauen und Revedins Studierenden.
  • Das „Baumaterial“ der Laternen: recycelte Metallblätter von Getränkedosen. © Jana Revedin/Gernot Gleiss für LOCUS Foundation
    Das „Baumaterial“ der Laternen: recycelte Metallblätter von Getränkedosen.
  • „Licht in die Slums“ durch Selbstbaulaternen und Solartechnologie. © Jana Revedin/Gernot Gleiss für LOCUS Foundation
    „Licht in die Slums“ durch Selbstbaulaternen und Solartechnologie.
  • Die stolzen Lumpensammlerfrauen beim Eröffnungsabend im November 2012. © Jana Revedin/Gernot Gleiss für LOCUS Foundation
    Die stolzen Lumpensammlerfrauen beim Eröffnungsabend im November 2012.
  • Prof. Dr. Jana Revedin bei der Montage der Laternen mit ihren Studierenden. © Jana Revedin/Gernot Gleiss für LOCUS Foundation
    Prof. Dr. Jana Revedin bei der Montage der Laternen mit ihren Studierenden.
  • Stillhalten in der sonst geschäftigen Müllstadt: Die Laternen werden montiert. © Jana Revedin/Gernot Gleiss für LOCUS Foundation
    Stillhalten in der sonst geschäftigen Müllstadt: Die Laternen werden montiert.
  • … dann über den Straßen des Hauptplatzes installiert. © Jana Revedin/Gernot Gleiss für LOCUS Foundation
    … dann über den Straßen des Hauptplatzes installiert.
  • LOCUS N°1, designed by Bijoy Jain, handmade in APE Cairo. © Jana Revedin/Gernot Gleiss für LOCUS Foundation
    LOCUS N°1, designed by Bijoy Jain, handmade in APE Cairo.


Mais le projet au Caire n’est qu’un des nombreux engagements de celle qui fut à l’origine de la fondation. Elle n’est pas seulement architecte, scientifique et directrice de la fondation, elle est également titulaire d’une chaire d’architecture et de design au Blekinge Institute of Technology en Suède et elle élabore sa propre théorie de conception. À l’automne prochain paraîtra son nouveau livre La ville rebelle: démocratiser le projet urbain aux éditions Gallimard (en allemand : Rebellenstädte: Wie demokratisieren wir die Stadtplanung?). Elle s’y interroge comment nous pouvons aménager de façon organique et adapté pour tous cet espace de vie si inégalement réparti.

Les qualités d’une ville durable

Qu’est-ce qui confère donc un développement durable à un espace de vie ? Pour l’auteur, la ville du futur sera caractérisée par la mixité sociale, elle continuera à se développer de façon organique à partir de ses ressources existantes, elle sera dense, intégrative et verte. Pour Mme Revedin, durabilité signifie responsabilité – d’un point de vue écologique et économique –, mais aussi empathie sociale et authenticité culturelle. « Le rôle de l’architecte est exactement celui-ci : saisir les besoins des gens et les mettre en œuvre de manière adéquate, avec les moyens les plus simples, mais avec la plus grande exigence de qualité ». Elle applique cet idéal dans son projet actuel : un centre communautaire à Rio de Janeiro, réalisé en coopération avec les habitants des favelas.
Jana Revedin a déjà reçu beaucoup de soutien et de reconnaissance pour son travail. En 2011, le Global Award for Sustainable Architecture a obtenu le haut patronage de l’UNESCO et Jana Revedin a été nommée déléguée de l’UNESCO à la Commission d’éducation et de recherche de l’Union internationale des architectes. En 2014, son œuvre de pionnière en faveur d’une éthique de développement durable en architecture et en urbanisme lui ont valu d’être nommée chevalier de la Légion d’honneur de l’ordre des Arts et des Lettres. Et en 2016, le Global Award mettra à nouveau des collègues novateurs à l’honneur – le thème central étant « Le temps est offert. La précipitation coûte cher ». Car, selon

Jana Revedin, la patience est la compagne de route indispensable pour une création durable : « C’est seulement en partageant, en échangeant et en prenant suffisamment de temps qu’en urbanisme, des espaces de vie urbains peuvent être conçus dans un équilibre social et écologique ».