Au Coeur de la Littérature Ken Bugul : Cacophonie

Ken Bugul: Cacophonie
Photo (détail) : Angelika Prox-Dampha

Cette première rencontre littéraire de l'année « Au cœur de la littérature », a été consacrée à la présentation du livre « Cacophonie », de Ken Bugul édité chez Présence Africaine. C'est dans une atmosphère décontractée que tout a commencé. Le micro a d'abord été remis à Kemit, un artiste slameur qui a présenté sommairement l'ouvrage de Ken Bugul dans un style poétique assez particulier.

Suite aux applaudissements du public, ce fut Ken Bugul qui prit la parole pour se présenter. Assise près des modérateurs Michael Jeismann et Bouya Fall, avec un sourire qui ne l'abandonne jamais, elle a commencé en disant qu'elle est née d'une famille maraboutique avec une mère analphabète, au milieu des baobabs, là où il n'y avait pas une seule école. Lorsqu'elle avait 5 ans, son père en avait 90 et venait de perdre la vue, il a donc fallu qu'elle lui serve de guide. Elle était la seule femme de sa famille à aller à l'école et c'est l'écriture qui lui a permis de prendre sa vie en main.

C'est en Belgique qu'elle connait sa première crise identitaire, qui lui a ouvert les yeux sur la quête de l'individu au milieu des brisures de sa naissance. La rencontre avec l'écrivain Boubacar Boris Diop, sera un tournant décisif dans sa vie. C'est en écrivant « La folie et la mort », que sa passion pour l'écriture verra jour. Elle se souvient que sa mère, qu'elle n'a pas eu le temps de réellement connaitre, lui disait que pour être un écrivain, il faut écrire au moins cinque livres, ironie du sort, « Cacophonie »  en est son dixième.

Elle explique que c'est à travers une autre de ses œuvres, « De l'autre côté du regard » qu'elle a essayé de se réapproprier sa mère et que chaque jour elle a l'impression d'en être sa réincarnation. Lorsqu'elle parle de ses origines, elle le fait avec passion, et précise que dans sa vie, il n'y a que deux hommes qui comptent, cet érudit qui est à la fois pour elles père et grand-père, et son grand frère qu'elle manipule avec amour : « les choses de l'enfance restent pour la vie ». Passionné de la liberté, lorsqu'elle aborde le livre « Cacophonie », c'est avec beaucoup de sobriété.

Cet ouvrage retrace l'histoire d'une femme en perpétuelle quête de soi, détenue dans une cellule, veuve et regrettée par les siens, son seul souhait sera non pas de mourir mais de décéder. Ce livre plonge le lecteur dans la spiritualité, l'existence et la liberté. Ken Bugul précise qu'il ne faut jamais se contenter des acquis, mais toujours aller au-delà. C'est avec une voix mélodieuse qu'elle se mettra à lire quelque extrais du livre, tout en prenant le soin de les commenter avant l'ouverture aux questions du public.

L'écrivaine Mariama Ndoye Mbengue, présente dans cette assistance, va féliciter Ken Bugul dont, elle confie, admirer le talent et la clarté du style. La rencontre littéraire va s'achever avec une autre prestation de slam de Kemit.