Au Coeur de la Littérature Fatou Kandé Senghor : Wala Bok

Fatou Kandé Senghor
Photo (détail) : Stéphanie Nikolaidis

Après un mois de vacances, 'Au cœur de la littérature' n'a pas redémarré timidement. «Seul celui qui a des idées personnelles est capable de rendre hommage aux idées d'autrui», si cette citation est pleine de sens, c'est que Fatou Kandé Senghor mérite des honneurs pour le travail accompli avec son œuvre intemporelle « Wala Bok ». Un trésor de 300 pages qui rend hommage au hip hop à travers les paroles brutes et authentiques de ses précurseurs.

C'est par une prestation de slam de Kemit et quelques mots de Sulaiman Adebowale, directeur de la maison d'édition Amalion que tout a commencé. Suite aux ovations, la parole était désormais à l'auteur, confortablement installée près de Bouya Fall et Binta Ndiaye les modératrices.

Pour se présenter, Fatou Kandé Senghor reviendra d'abord sur l'origine de son nom avant de rappeler qu'elle est le cumul de plusieurs choses mais que la casquette d'artiste est celle qui lui correspond le mieux. Ce livre était une nécessité pour restituer un patrimoine à toute une communauté, «c'est un livre venu naturellement après dix ans d'investigation». Si elle a restitué ces témoignages, c'est pour garder la matière première même si elle a tout de même établi des bases solides avant d'introduire ces témoignages, dans le respect de la différence des niveaux entre les artistes. Sur les femmes dans le hip hop (les nanas), elle précise qu'elles doivent travailler sur l'expression pour être plus compétitives et que bien souvent elles se servent de la séduction pour avoir des ouvertures (comme Lil'Kim aux Etats-Unis).

C'est avec beaucoup d'émotion qu'elle raconte ensuite plusieurs anecdotes sur Daara J (les vedettes des écoles) Duggy Tee, Gaston, Xuman « c'est un univers dans lequel on peut mourir de faim, j'ai grandi dans ce monde, ce live m'est cher ». Elle définit ensuite l'Underground comme le moment où tout est passionnel «les petits font des choses sans porter un regard sur la contribution des grands», dans les banlieues, on croise un nouveau langage qui marque une différence radicale entre le rap et le tassou. La formulation de «Wala Bok» permet à l'auteur de garder l'esprit urbain et son livre s'affranchit des formes préétablies. « Nous sommes partis d'une forme orale pour donner naissance à l'écrit». Le slang a eu un impact sur le hip hop sénégalais, «On ne peut pas arrêter la marche du monde, le hip hop était trop dans le fun, il lui fallait un coup de fouet».

Plusieurs intervenants ont apporté leurs contributions, à l'instar d'Andrée Marie Bonané (professeur de français) qui de son âge avancé, a découvert le hip hop par hasard et n'a eu d'autres alternatives que de l'intégrer pour être en phase avec la réalité de notre temps. Fatou Kandé terminera par : «ma responsabilité était de faire entendre ceux qui ont le plus de choses à dire dans ce pays, ce livre permet de comprendre le combat de ces artistes afin que chacun puisse faire sa propre philosophie». C'est le rappeur Matador qui va clôturer la rencontre par une remarquable interprétation de ses titres : «Sonn Boy, Matador et Nguur gui».