AU COEUR DE LA LITTÉRATURE Arra M’Baye, le flic conteur

Arra Mbaye
Photo : Stéphanie Nikolaïdis

Policier à la retraite, « slameur du troisième âge »,  Arra M’Baye puise dans cette expérience pour offrir un conte sur un sujet sensible, encore tabou dans l’Afrique contemporaine.
 

Les questions de sorcellerie, et les anecdotes qui vont avec, sont très présentes dans les sociétés africaines où les personnes accusées ou reconnues comme tel sont généralement craintes, fustigées, marginalisées.
 « Quand on travaille dans un commissariat, des querelles et des accusations de sorcellerie, on en vit régulièrement », confie Arra M’baye invité d’Au cœur de la littérature, le café littéraire du Goethe Institut de Dakar, du 26 juillet 2017.
« Je me suis inspiré de ses histoires et d’autres expériences de ma carrière de policier pour produire cet ouvrage », ajoute-t-il.
Le maître sorcier d’Arra M’Baye est riche en rebondissements, émouvant. C’est l’histoire d’une famille accusée de sorcellerie et mise au ban de la société. Le personnage principal, Ansa, portera cette stigmatisation partout où l’emmènera son métier d’enseignant, la faute au génie destructeur d’un certain Fakhoudia, celui sur qui reposent toutes les péripéties de ce livre.
Derrière cette histoire, M’baye offre à travers ce livre de poche de 160 pages publié chez Edicef en 2004, des détails sur les pratiques traditionnelles africaines et particulièrement sénégalaises. C’est un conte agrémenté ou tourné à la sauce des traditions africaines : rituels et pratiques, charlatanisme, scènes folkloriques.
L’auteur veut aussi transmettre à travers Le maître sorcier, le poids que les préjugés sociaux peuvent avoir sur une famille, une personne, une vie, un destin. Il veut semer, faire appel, au sens de tolérance ; de la persévérance face à l’adversité, à l’oppression, aux supplices de la vie. Mais encore, Mbaye enseigne à cette tendre jeunesse la négation du jugement hâtif et des préjugés.
L’ouvrage est donc particulièrement intéressant et utile pour une jeunesse qui - n’hésitons pas à le dire – se détache de ses valeurs morales et culturelles. A travers les lignes de ce conte moderne de par son cadre spatio-temporel, l’enfant, le jeune lecteur africain ne sera pas loin de son époque et s’imprègnera en même temps de ses traditions.