AU COEUR DE LA LITTÉRATURE Mauvaise pente, auteure en roue libre

Amina Seck
Photo (détail) : Ina Makosi

Amina Seck oppose ses décomplexions à des croyances et des pratiques de sa société, dans un roman finalement très porté sur la condition féminine.

Si « Mauvaise pente » est si bon à lire, c’est que le roman doit toute sa force, son charme, au bon maniement de l’art de la description de son auteure sénégalaise.

Publié en novembre dernier aux Editions Diaspora, le roman d’Amina Seck raconte l’histoire d’une femme en combat contre elle-même et contre son monde.

La romancière nous fait vivre l’histoire de son œuvre à travers le journal intime de l’héroïne, Alimatou Ly, une femme de 46 ans qui se replonge dans ses mémoires, lesquels révèlent qu’il y a 28 ans, elle perdit sa virginité ou l’offrit à Amadou, le copain de sa meilleure amie Fama.

Une turpitude lourde de conséquences pour la suite de sa vie, avec presqu’autant de rebondissements que de malheurs : un enfant échangé et déclaré mort-né, un mariage annulé le jour même des noces, la mort de sa mère dont elle est tenue responsable…Bref, à lire !

Style et intérêts du roman

Et si l’auteure refuse que l’on catégorise son roman dans le rayon tout fait du féminisme, il y a, tout au long de cette Mauvaise pente une mise en lumière de la condition des femmes dans la société sénégalaise. Amina Seck alerte.

De bout en bout,  son livre est captivant ; ce qui n’est pas gagné d’avance dans cet exercice. Il s’inscrit parfaitement dans la vision d’Alain pour qui « tout l'art du roman vise sans doute à nous tirer d'impatience et à nous composer un plaisir d'attendre qui ne s'use point ». « Par cette précaution, un vrai roman est toujours trop court », poursuit le philosophe français. Il faut dire que cette Mauvaise pente n’est longue que de 165 pages.

Mais aussi, ce roman révèle une auteure décomplexée qui étale son art de la description et son aptitude à alterner entre narration omnisciente et narration interne.

A l’évidence, le livre joue le rôle qu’on attend de lui en évoquant certains faits de société au Sénégal : la difficulté qu’on encore certains à accepter les mariages islamo-chrétien,  l’avortement, la religion à propos de quoi, l’auteure écrit : « Les croyances s’imposent souvent avec autorité aux personnes. Le pacte d’allégeance devant nous lier à Dieu est rarement le fruit d’un choix individuel. On est né de parents musulmans ou chrétiens et ainsi l’on adapte leur croyance, à force de les suivre ».

A sa manière, Amina Seck aura mis les pieds dans les plats, à travers un ouvrage qui témoigne aussi – pour peu qu’on soit rêveur – de l’importance de l’écriture comme thérapie, de la guérison par l’écrit, du pouvoir de l’écriture.